mercredi 9 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2305605 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PELLETIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2023, et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 8 août 2023, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Geispolsheim, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet du Doubs a méconnu les dispositions des 2°, 3° et 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, de sorte que le préfet du Doubs ne pouvait l'éloigner sur ce fondement ;
- le préfet du Doubs a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
Sur l'interdiction de retour en France :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- la durée de l'interdiction de retour en France est excessive.
Par deux mémoires en défense, enregistré le 8 août 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Victor Pouget-Vitale en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- M. Pouget-Vitale, magistrat désigné, qui a lu son rapport et, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, a informé les parties que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office, tiré de ce que le tribunal était susceptible de substituer aux dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les dispositions du 2° du même article ;
- les observations de Me Pelletier, avocate de M. A, qui a indiqué qu'une nouvelle demande de titre de séjour avait été déposée au profit du requérant ;
- les observations de M. A.
Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né en 1978, est entré en France en 1981, à l'âge de trois ans, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Il a bénéficié de cartes de résident entre 1996 et le 19 novembre 2015. Depuis cette date, M. A n'a pas séjourné en France en étant muni d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 4 août 2023, le préfet du Doubs l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de trois ans.
2. En premier lieu, par arrêté du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Doubs le 25 juillet 2023, le préfet du Doubs a donné délégation à M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture, pour signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de l'arrêté, manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'ensemble des décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () ".
5. M. A soutient qu'il bénéficie d'une protection contre l'éloignement au regard des différentes dispositions invoquées au point précédent, dès lors qu'il est entré en France avant l'âge de 13 ans, et qu'il réside sur le territoire depuis 1981. Toutefois, d'une part, aucune pièce du dossier ne permet d'établir la résidence habituelle en France de M. A depuis qu'il a atteint l'âge de 13 ans, dès lors qu'il ne produit aucun document en ce sens pour l'intégralité de la période allant de 2014 à 2020. Interrogé lors de l'audience sur ce point, le requérant s'est borné à affirmer qu'il vivait dans la région de Montbéliard, sans apporter davantage de précision. D'autre part, dépourvu de tout titre de séjour depuis 2015, M. A ne peut être regardé comme séjournant régulièrement en France depuis plus de dix ou vingt ans à la date de l'arrêté. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".
7. L'obligation de quitter le territoire français attaquée trouve son fondement légal notamment dans les dispositions 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Doubs ayant estimé que les antécédents judiciaires du requérant caractérisaient une menace à l'ordre public. Une telle appréciation apparaît erronée dès lors que la dernière condamnation pénale de M. A date du 25 janvier 2018, pour des faits de vol par effraction commis en novembre 2017, pour lesquels le requérant a été condamné à la peine de six mois d'emprisonnement délictuel. Cette peine a été mise à exécution début 2023 en raison du rejet de la demande d'aménagement de peine du requérant, et non au regard d'un nouveau comportement délictueux. Par suite, cette condamnation ancienne, tout comme ses condamnations encore plus anciennes pour des faits d'atteinte aux biens, ne permettent pas de considérer que le comportement de M. A constitue une menace actuelle et sérieuse pour l'ordre public. Néanmoins, les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à celles du 5° du même article dès lors que M. A s'est maintenu en France au-delà de la durée de validité de sa dernière carte de résident, sans en demander le renouvellement, et séjourne irrégulièrement en France. Cette substitution de base légale, sur lesquelles les parties ont été invitées à présenter leurs observations par le tribunal au cours de l'audience, n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie. Ainsi, et le préfet du Doubs ayant d'ailleurs relevé dans l'arrêté que M. A séjournait irrégulièrement en France malgré le rejet de sa demande de titre en 2022, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. M. A se prévaut du fait qu'il a vécu depuis l'âge de trois ans sur le territoire français, de sa scolarité menée en France, de son expérience professionnelle, et du fait qu'il dispose de membres de sa famille en France qui l'hébergent. S'il est vrai que M. A a vécu de manière habituelle sur le territoire entre 1981 et 2014, il convient de relever qu'à partir de cette dernière année, aucune pièce ne permet d'établir que M. A aurait vécu en France, et ce jusqu'en 2020. Durant cet intervalle de temps, le seul élément objectif permettant d'indiquer que M. A était sur le territoire français est sa condamnation pénale citée au point 7 du présent jugement, qui concernait des faits du 7 novembre 2017, à la suite de laquelle il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. M. A a par la suite fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français le 22 janvier 2022. En outre, les pièces du dossier tendent à établir que le requérant a cessé toute activité professionnelle à compter de 2014.Par ailleurs, M. A est célibataire sans charge de famille, et les liens familiaux allégués avec ses frères et cousins résidant en France sont insuffisants pour établir qu'il aurait maintenu en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, le requérant ayant à ce titre indiqué que certains membres de sa famille résidaient ailleurs en Europe. Par suite, en l'état du dossier, il n'est pas établi que le préfet du Doubs aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect d'une vie privée et familiale de M. A, en prenant l'obligation de quitter le territoire français attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
10. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ, fixant le pays de destination, et interdiction de retour, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. Pour prononcer une interdiction de retour en France à l'encontre de M. A et fixer la durée de cette interdiction à trois ans, le préfet du Doubs a considéré que la durée de présence régulière en France du requérant ne présentait pas de caractère d'ancienneté suffisant au regard des conditions de son séjour, que les justifications sur sa vie privée et familiale étaient insuffisantes, et que son comportement était de nature à troubler gravement l'ordre public. S'il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que le comportement de M. A ne peut être considéré comme caractérisant une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet du Doubs aurait pris la même décision, d'une même durée, sans retenir le critère de la menace pour l'ordre public, dès lors que le requérant a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français auxquelles il s'est soustrait, qu'il ne prouve pas l'intensité et la stabilité de liens familiaux ou personnels en France, et que ses condamnations pénales, même anciennes, illustrent un défaut d'intégration dans la société française. Ainsi, en dépit de sa présence régulière en France entre 1981 et 2014, le préfet du Doubs a légalement pu prononcer à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée de trois ans. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit en conséquence être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Doubs. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 9 août 2023.
Le magistrat désigné,
V. Pouget-Vitale Le greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui la concerne ou à
tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les
parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026