mardi 29 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2305767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCHWEITZER |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête, enregistrée le 11 août 2023 sous le n° 2305767, M. A C, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler les décisions du 10 août 2023 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente de jours, a désigné un pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine au service de gendarmerie, ainsi que la décision du préfet du Haut-Rhin du même jour l'assignant à résidence ou, à titre subsidiaire, de suspendre la décision jusqu'à l'obtention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de remise de l'original du passeport et obligation de présentation une fois par semaine aux services de gendarmerie :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la demande de suspension de la mesure d'éloignement :
- il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
II/ Par une requête, enregistrée le 11 août 2023 sous le n° 2305768, Mme E D, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler les décisions du 10 août 2023 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné un pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine au service de gendarmerie, ainsi que la décision du préfet du Haut-Rhin du même jour l'assignant à résidence ou, à titre subsidiaire, de suspendre la décision jusqu'à l'obtention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de remise de l'original du passeport et obligation de présentation une fois par semaine aux services de gendarmerie :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la demande de suspension de la mesure d'éloignement :
- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 17 août 2023, au cours de laquelle, Mme B a présenté son rapport.
M. C et Mme D et le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqués, n'étaient ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2305767 présentée pour M. C, et n° 2305768 présentée pour Mme D présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. C et Mme D, ressortissants géorgiens nés respectivement le 25 septembre 1990 et le 26 mai 1992, déclarent être entrés en France le 3 octobre 2022. Par les décisions attaquées, le préfet du Haut-Rhin leur a prescrit l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné un pays de destination, leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, leur a fait obligation de remettre leur passeport et de se présenter une fois par semaine au service de gendarmerie et les a assignés à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées. Il ne ressort pas des pièces des dossiers ni des mentions des décisions attaquées qu'elles seraient entachées d'un défaut d'examen particulier.
4. En deuxième lieu, les requérants font valoir qu'ils sont présents en France avec leurs deux enfants. Cependant, il ressort des pièces des dossiers que M. C et Mme D ne sont entrés en France que le 3 octobre 2022, à l'âge de 32 et 30 ans, que rien ne fait obstacle à ce qu'ils puissent reconstituer avec leurs enfants la cellule familiale dans leur pays d'origine et qu'ils n'établissent pas y être dépourvus d'attaches familiales. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la faible durée de séjour en France des requérants, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions et méconnaîtraient par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. Il ressort des pièces des dossiers que les enfants des requérants peuvent repartir avec leurs deux parents dans leur pays d'origine. Par ailleurs, à supposer que les enfants soient scolarisés, la scolarisation en France est récente et peut être poursuivie dans ce pays. Ainsi, en prenant une obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants des requérants.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
8. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. M. C et Mme D, dont la demande d'asile a été rejetée le 28 mars 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision que la Cour nationale du droit d'asile a confirmée le 5 juillet 2023, ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils encourraient des risques les visant personnellement en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises en violation des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
11. En second lieu, si M. C et Mme D soutiennent que les décisions sont disproportionnées, leur moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de remise de l'original du passeport et obligation de présentation une fois par semaine aux services de gendarmerie :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
En ce qui concerne les décisions d'assignation à résidence :
13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
Sur la demande de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
15. Il ressort des pièces des dossiers que l'ordonnance de rejet de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile a été notifiée aux requérants le 31 juillet 2023, avant l'introduction de leurs requêtes. Leur demande de suspension est par suite irrecevable et ne peut qu'être rejetée.
Sur le surplus des conclusions :
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 10 août 2023. Leurs requêtes doivent être en conséquence rejetées, y compris les conclusions aux fins de suspension des mesures d'éloignement et d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. C et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme E D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2023.
La magistrate désignée,
J. B,
Première conseillèreLa greffière,
G. Trinité La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Nos 2305767, 2305768
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026