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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305792

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305792

mercredi 16 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12, 14, 15 et 16 août 2023, M. B A, représenté par Me Goret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 11 août 2023 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- le préfet doit justifier des délégations de signature ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- il n'a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 253-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 août 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Devys pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 16 août 2023, au cours de laquelle, après rapport de l'affaire, ont été entendues :

- les observations de Me Goret, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A, requérant.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien né le 21 décembre 2000, déclare être entré en France en 2014. Par les décisions attaquées, la préfète du Bas-Rhin lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, les décisions attaquées, signées le 11 août 2023 par M. C D, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, en vertu d'une délégation accordée le 6 avril 2023 et publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, ne sont pas entachées d'incompétence.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".

7. Si M. A, né le 21 décembre 2000, soutient qu'il est entré en France à l'âge de treize ans, il se borne à produire un certificat de fin de scolarité pour l'année scolaire 2014-2015, qui ne démontre en tout état de cause pas sa résidence en France avant l'âge de treize ans. Il ne peut dès lors se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement soutenir qu'il disposait d'un droit au séjour dès lors qu'il exerçait une activité professionnelle puisque l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet est fondée sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui dispose : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à de nombreuses reprises, et notamment à 6 mois d'emprisonnement en 2019 pour des faits de récidive de vol en réunion, à 4 mois d'emprisonnement en 2020 pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule sans permis et en ayant fait l'usage de stupéfiants, à 18 mois d'emprisonnement en 2021 pour des faits de récidive de trafic de stupéfiants, à 6 mois d'emprisonnement en 2022 pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de stupéfiants. Compte-tenu de la répétition et de l'actualité des délits commis, la préfète du Bas-Rhin a pu considérer à bon droit que le comportement personnel du requérant constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

10. En dernier lieu, M. A, célibataire et sans enfant, entré en France en 2014, fait valoir qu'il réside avec sa mère, qui souffre de la maladie de Crohn, et son frère et qu'il n'a plus d'attaches familiales en Italie. Toutefois, et alors que le comportement du requérant constitue une menace à l'ordre public ainsi qu'il a été dit au point 9, il ressort des pièces du dossier et de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des conditions de séjour de M. A en France, que la décision attaquée n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et en l'absence de toute autre précision, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 août 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le comportement personnel du requérant constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et justifie ainsi de l'urgence à réduire le délai de départ volontaire. M. A ne peut utilement soutenir qu'il ne présente pas de risque de fuite dès lors que la décision est fondée sur l'urgence.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 août 2023 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

17. En second lieu, si M. A soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 août 2023 fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie

d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.

20. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

21. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 août 2023 portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur le surplus des conclusions :

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 11 août 2023. Sa requête doit être en conséquence rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Goret et à la préfète du Bas-Rhin.

Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des Outre-mer.

Lu en audience publique le 16 août 2023.

La magistrate désignée,

J. Devys,

Première conseillère

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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