jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2305900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2023, et un mémoire enregistré le 10 juin 2024 et non communiqué, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le maire de Thionville s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 22 mars 2023 en vue de l'implantation d'un massif en béton enterré pour l'accueil d'un pylône, avec création d'une zone technique enterrée et clôturée, sur un terrain situé chemin des Labours ;
2°) d'enjoindre au maire de Thionville de lui délivrer une décision de non opposition aux travaux déclarés, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Thionville une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Free Mobile soutient que :
- l'arrêté du 19 juin 2023 est entaché d'incompétence ;
- c'est à tort que le maire de la commune de Thionville a, pour s'opposer à la déclaration préalable déposée, estimé qu'il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai les travaux portant sur le réseau public d'électricité pourraient être réalisés ;
- c'est à tort que le maire de la commune de Thionville a, pour s'opposer à la déclaration préalable déposée, estimé que le projet méconnait les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, dès lors que celles-ci présentent une portée supplétive au regard de celles de l'article L. 332-8 de ce code, applicables en l'espèce.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la commune de Thionville, représentée par la SELARL Soler Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Thionville soutient que :
- les conclusions à fin d'injonction sont dépourvues d'objet, compte-tenu de la décision de non-opposition à déclaration préalable intervenue le 12 février 2024 en exécution de l'ordonnance du juge des référés n° 2308975 du 11 janvier 2024 ;
- les moyens soulevés par la Société Free Mobile ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction immédiate a été prononcée par une ordonnance du 10 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Malgras,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- et les observations de Me Vilchez, avocate de la commune de Wintzenheim.
La société Free Mobile n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 mars 2023, la société Free Mobile a déposé un dossier de déclaration préalable tendant à l'implantation d'une station relais de téléphonie avec un pylône en treillis métallique, servant de support à des antennes de téléphone mobile et la mise en place d'installations techniques sur une parcelle cadastrée section IL n° 21 située chemin des Labours à Thionville. Par un arrêté du 19 juin 2023 dont la société Free Mobile demande l'annulation, le maire de la commune de Thionville a fait opposition à cette déclaration préalable.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. La société requérante conteste la légalité des motifs de refus du permis de construire.
3. Il ressort des énonciations de la décision attaquée que le maire de Thionville, qui a fondé sa décision sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, a retenu que la société Enedis a émis un avis en date du 26 avril 2023, indiquant que l'alimentation du projet nécessite une extension du réseau électrique - sur une longueur de 381 mètres dont 220 mètres en dehors du terrain d'assiette de l'opération - " dont la participation financière à la charge de la commune s'élève à 15 372,60 euros " et que cette dernière n'était pas en capacité d'indiquer dans quel délai les travaux portant sur les réseaux publics d'électricité pourraient être exécutés.
4. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
5. Il ressort de l'avis émis le 26 avril 2023 par Enedis que le délai d'exécution des travaux est estimé à 4 à 6 mois à compter de l'ordre de service de la collectivité publique et de l'accord du client au sujet des devis respectifs. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le motif de refus retenu par le maire de Thionville, tiré de ce qu'il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai les travaux portant sur le réseau public d'électricité pourraient être réalisés, est entaché d'erreur de fait.
6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
En ce qui l'exception de non-lieu à statuer :
7. Une autorisation d'urbanisme délivrée à la suite du réexamen ordonné en conséquence d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés revêt un caractère provisoire.
8. En l'espèce, par une ordonnance n° 2308975 du 11 janvier 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a suspendu l'exécution de de l'arrêté du 19 juin 2023 en litige et ordonné au maire de Thionville de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée le 22 mars 2023 et complétée le 25 mai 2023 par la société Free Mobile et de prendre, à titre provisoire, une nouvelle décision.
9. Compte-tenu de ce qui a été exposé au point 7, la décision de non-opposition à déclaration préalable intervenue le 12 février 2024 en exécution de l'ordonnance du juge des référés mentionnée au point précédent, qu'elle vise expressément, a par nature un caractère provisoire. Par suite elle ne rend pas sans objet les conclusions à fins d'injonction et l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune sur ce point doit dès lors être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions aux fins d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution/ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
11. Lorsque l'exécution d'un jugement ou d'un arrêt implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement ou de cet arrêt, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire, le cas échéant d'office, à l'autorité compétente.
12. Aux termes l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ". Par ailleurs, aux termes de l'article de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Les dispositions introduites au deuxième alinéa de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision.
13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou s'il décide de la prononcer d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
14. Il résulte de ce qui précède que le motif de la décision d'opposition à déclaration préalable attaquée est entaché d'illégalité. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions applicables à la date de la décision annulée s'opposeraient à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou qu'un changement de la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle, alors au demeurant qu'il résulte de l'instruction que l'équipement public de desserte en énergie électrique nécessaire pour la réalisation du projet en litige doit en l'espèce être regardé comme ayant le caractère d'un équipement public exceptionnel au sens de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme, que la société Free mobile s'est engagée dans le dossier de déclaration préalable à réaliser et à financer sur le fondement de cet article. Le présent jugement implique dès lors nécessairement que le maire de Thionville délivre la décision de non-opposition à déclaration préalable en cause dans le présent litige. Il y lieu de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Thionville le paiement de la somme de 1 500 euros à la Société Free Mobile au titre des frais liés au litige.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Thionville demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le maire de Thionville s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 22 mars 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Thionville d'exercer les diligences définies au point 14 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Thionville versera à la Société Free Mobile une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de de la commune de Thionville présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Free Mobile et à la commune de Thionville. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Malgras, première conseillère,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
S. MALGRAS
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
H. CHROAT
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026