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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305963

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305963

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAARPI TALARIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de Mme Amrani contestant plusieurs décisions de la DDETS du Bas-Rhin relatives à son placement en congé de maladie ordinaire, en disponibilité d'office, et à des prélèvements sur traitement. La requérante invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence des signataires et des erreurs de droit et d'appréciation. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de Mme Amrani, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et du décret n°86-442 du 14 mars 1986.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 août 2023, 20 décembre 2023 et 15 avril 2024, Mme A... Amrani, représentée par Me Diaby, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le directeur départemental adjoint de la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) l’a placée en congé de maladie ordinaire du 23 octobre 2021 au 18 septembre 2022 et l’a placée en disponibilité d’office pour raisons de santé du 19 septembre 2022 et jusqu’au 16 janvier 2023 ;

2°) d’annuler la décision, révélée par son compte ENSAP, de la placer en disponibilité d'office à compter du 19 septembre 2022 ;

3°) d’annuler la décision, révélée par son bulletin de paie du mois de juillet 2023, de procéder à des prélèvements sur ses traitements à compter du mois de juillet 2023 ;

4°) d’annuler l’arrêté du 17 octobre 2023 par lequel la directrice de la DDETS l’a placée en congé provisoire pour invalidité temporaire imputable au service provisoire du 23 octobre 2021 au 9 décembre 2022 ;

5°) d’annuler l’arrêté du 26 octobre 2023 par laquelle la directrice de la DDETS a rapporté les dispositions des arrêtés du 24 avril 2023 et du 2 mai 2023 ;

6°) d’enjoindre au directeur de la DDETS de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 23 octobre 2021 jusqu’à la date de sa réintégration en temps partiel thérapeutique, de reconnaître les arrêts de travail comme une rechute de l’accident de trajet du 4 décembre 2019, de placer la requérante en temps partiel thérapeutique du 16 janvier 2023 au 15 avril 2023, et de procéder au reversement des traitements indument prélevés ;

7°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le non-lieu à statuer :
le litige conserve son objet ;
sa situation après le 9 décembre 2022 ne fait l’objet d’aucune discussion ;

Sur la légalité de la décision du 11 janvier 2023 :
- elle est entachée d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
- elle est entachée d’un vice de procédure tiré du défaut de consultation du médecin du travail ;
- la DDETS ne pouvait faire procéder à une expertise et saisir le comité médical départemental au-delà des délais prévus aux articles 47-5 et 47-10 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- en toute hypothèse, les conditions de déroulement de l’examen devant le médecin expert agréé n’étaient pas régulières ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors que la DDETS ne pouvait retirer des décisions devenues définitives ; elle a ainsi méconnu les dispositions des articles L. 242-1 et L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation ;

Sur la légalité de la décision de placement en disponibilité d’office :
- elle est entachée d’un vice de procédure, le conseil médical ne s’étant pas prononcé sur son placement en disponibilité d'office ;
- elle ne pouvait être placée en disponibilité d'office au-delà du 15 janvier 2023, date de sa reprise de fonctions ;
- elle est illégale, par voie d’exception, en raison de l’illégalité de la décision du 11 janvier 2023 ;
- est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation ;

Sur la légalité de la décision de prélèvement sur salaire au titre d’un trop-perçu :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l’article L. 115-1 du code général de la fonction publique ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation ;

Sur la légalité de l’arrêté du 17 octobre 2023 portant mise en congé provisoire pour invalidité temporaire imputable au service :
- la décision est entachée d’incompétence du signataire de l’acte ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle ne pouvait être placée de manière provisoire, mais seulement définitive, en CITIS ;
- cette décision n’a pas été prise en exécution de l’ordonnance du juge des référés, mais comme un placement provisoire en CITIS ;


Sur la légalité de l’arrêté du 26 octobre 2023 portant retrait de prolongation de congé maladie ordinaire :
- la décision est entachée d’insuffisance de motivation en fait ;
- elle est entachée d’incompétence du signataire de l’acte ;
- elle manque en fait et elle est fondée sur des éléments inexacts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer sur les décisions portant placement en congé de maladie ordinaire et retrait du bénéfice du CITIS et remboursement des prélèvements indus, et de rejeter les conclusions tendant à l’annulation des décisions prises en exécution de l’ordonnance du juge des référés.

Elle soutient que la situation administrative et financière de Mme Amrani a été régularisée et que l’administration ne peut ignorer les injonctions du juge des référés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Boutot,
- les conclusions de M. Therre, rapporteur public,
- les observations de Me Diaby, avocat de Mme Amrani.


Considérant ce qui suit :

Mme Amrani, secrétaire administrative de classe exceptionnelle à la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) du Bas-Rhin, a été victime, le 4 décembre 2019, d’un accident survenu sur le lieu de son travail et qui a été reconnu imputable au service par arrêté du 3 février 2020. Le 23 octobre 2021, Mme Amrani a déclaré une rechute de cet accident, entraînant un nouvel arrêt de travail. Par des arrêtés des 28 mars 2022, 24 avril 2022 et 17 août 2022, elle a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) pour la période du 23 octobre 2021 au 9 décembre 2022. À la suite, toutefois, de l’avis défavorable du 2 décembre 2022 du conseil médical départemental, le directeur adjoint de la DDETS, par une décision du 11 janvier 2023, a requalifié le congé de Mme Amrani en congé de maladie ordinaire à compter du 23 octobre 2021 jusqu’au 19 septembre 2022, date à laquelle elle a été placée en disponibilité d’office pour raisons de santé jusqu’à la reprise de ses fonctions. Au mois de juillet 2023, Mme Amrani a constaté un prélèvement de 1 537 euros correspondant à une récupération de trop-perçu et elle a également constaté, sur son compte ENSAP, qu’elle était placée en disponibilité d'office pour raisons de santé jusqu’au 31 juillet 2023. Par une ordonnance du 8 septembre 2023, le juge des référés a suspendu l’exécution de la décision du 11 janvier 2023 et de celle portant retenue de traitement. À la suite de cette ordonnance, par deux arrêtés des 17 octobre 2023 et 26 octobre 2023, la DDETS a, respectivement, placé Mme Amrani provisoirement en CITIS et a procédé au retrait de la prolongation de son congé de maladie ordinaire. Mme Amrani demande d’annuler la décision du 11 janvier 2023, la décision de prélèvement sur salaire révélée par son bulletin de salaire de juillet 2023, la décision de placement en disponibilité d'office jusqu’au 31 juillet 2023 révélée par son compte ENSAP, les décisions des 17 et 26 octobre 2023, et d’enjoindre à l’administration de lui rembourser les sommes prélevées.

Sur le non-lieu à statuer :

Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite de la requête dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2024, qui n’a pas été contesté et est donc devenu définitif, le directeur adjoint de la DDETS a, à l’article 2 de cet arrêté, placé Mme Amrani en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre définitif pour la période du 23 octobre 2021 au 9 décembre 2022. Cet arrêté procède nécessairement au retrait de l’arrêté contesté du 11 janvier 2023 portant placement en congé de maladie ordinaire du 23 octobre 2021 au 9 décembre 2022 et placement en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter de cette dernière date. Si Mme Amrani soutient qu’il demeure une incertitude sur sa situation entre le 9 décembre 2022, date à laquelle l’arrêté du 1er mars 2024 a fixé le terme de son congé de maladie imputable au service, et le 16 janvier 2023, date de sa reprise du travail, cette circonstance n’est pas de nature à faire obstacle au non-lieu, dès lors que l’arrêté du 11 janvier 2023 a disparu de l’ordonnancement juridique. Par suite, les conclusions présentées par Mme Amrani à fin d’annulation de l’arrêté du 11 janvier 2023 sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

En deuxième lieu, il en va de même de la décision, révélée par le compte ENSAP de Mme Amrani, de placement en disponibilité d'office jusqu’au 31 juillet 2023, qui a nécessairement disparu de l’ordonnancement juridique du fait du retrait de l’arrêté du 11 janvier 2023.

En troisième lieu, et d’une part, il ressort des pièces du dossier que l’administration a, au mois de septembre 2023, remboursé à la requérante les sommes prélevées aux mois de juillet et d’août 2023. D’autre part, l’article 3 de l’arrêté du 1er mars 2024 dispose que Mme Amrani percevra l’intégralité de son traitement au titre de la période litigieuse du 23 octobre 2021 au 9 décembre 2022. Dans ces conditions, la régularisation opérée en septembre 2023 revêt un caractère définitif. Par suite, la décision de retenue sur traitement, révélée par le bulletin de paie de juillet 2023, a nécessairement été retirée, et les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont devenues sans objet, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de remboursement des sommes prélevées. Il n’y a plus lieu d’y statuer.

En quatrième lieu, l’arrêté du 1er mars 2024 procède, en son article 1, au retrait de l’arrêté n° MSO000061676226 du 26 octobre 2023. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le numéro de cet arrêté correspond, non pas à l’arrêté du 26 octobre 2023 portant « retrait de prolongation CMO », mais à l’arrêté du 17 octobre 2023 portant « mise en congé provisoire pour invalidité temporaire imputable au service ». Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de l’arrêté du 17 octobre 2023 sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

En dernier lieu, l’arrêté du 26 octobre 2023 portant « retrait de prolongation CMO », pris en exécution de l’ordonnance du juge des référés du 8 septembre 2023, a nécessairement disparu de l’ordonnancement juridique à la suite de la régularisation opérée à titre définitif par l’arrêté du 1er mars 2024. Les conclusions à fin d'annulation de cet arrêté sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme Amrani à fin d’annulation, de même que par voie de conséquence sur celles à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme Amrani à fin d’annulation et à fin d’injonction.

L’État versera à Mme Amrani une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le présent jugement sera notifié à Mme A... Amrani et au ministre du travail et des solidarités.

Délibéré après l’audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,
M. Boutot, premier conseiller,
Mme Lecard première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 novembre 2025.


Le rapporteur,





L. Boutot
Le président,





S. Dhers


La greffière,





N. Adjacent

La République mande et ordonne ministre du travail et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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