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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306125

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306125

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, M. A D, représenté par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée de défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations sur la mesure d'éloignement en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le refus du délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée de défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de présentation est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Richard pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Berry, substituant de Me Gaudron, avocate de M. D, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien, déclare être entré en France le 23 avril 2023. Sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet le 10 août 2023. Le 25 août 2023, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol à l'étalage avec dégradations. A l'issue de sa garde à vue, la préfète du Bas-Rhin a pris à son encontre le 26 août 2023 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, décision assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an et fixant le pays de destination, ainsi qu'un arrêté portant assignation à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation et les moyens communs :

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 juillet 2023 régulièrement publié, portant délégation de signature durant les permanences des sous-préfets, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, pendant sa permanence, à M. C B, sous-préfet de l'arrondissement de Molsheim, à l'effet de signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen particulier et suffisant de la situation de M. D avant de prendre les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen réel et sérieux doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été mis à même de former ses observations dans le cadre de sa demande d'asile. Il n'indique d'ailleurs pas quels éléments il n'a pas été mis à même de présenter à l'administration avant l'édiction de la mesure en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit dès lors être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

8. Il est constant que la qualité de réfugié a été refusée à M. D par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 10 août 2023 à la suite de l'examen de sa demande en procédure accélérée, l'intéressé venant de Géorgie, pays d'origine sûr. La préfète du Bas-Rhin pouvait ainsi, sans entacher sa décision d'erreur de droit, lui faire obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le requérant fait valoir qu'il est venu en France pour assister son père malade. Il n'est toutefois entré que récemment en France après avoir résidé habituellement dans son pays d'origine où il ne justifie pas ne plus disposer d'attaches privées et familiales. Il a d'ailleurs indiqué lors de son audition ne pas disposer de famille en France. Dans ces conditions et alors qu'il fait l'objet de poursuites pour faits de vol à l'étalage, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit également être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. Il ressort des pièces du dossier et la préfète rappelle sans être sérieusement contestée que le requérant a déclaré être sans domicile fixe lors de son audition et ne peut justifier d'une résidence effective et stable. Il doit donc être regardé comme ne présentant pas de garanties de représentation suffisantes et le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut donc être regardé comme établi. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à la suite d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation que la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Le requérant n'assortit son moyen d'aucune précision et ne produit aucun élément probant sur la réalité des risques encourus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont propres aux conditions d'exécution de l'interdiction et sont sans incidence sur sa légalité

18. En dernier lieu aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

19. Pour justifier l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. D pour une durée d'un an, le préfet a tenu compte de la durée de son séjour, de l'absence de toute insertion particulière en France et de liens familiaux déclarés. En se fondant notamment sur ces éléments alors que le requérant n'établit pas que sa situation relèverait de circonstances humanitaires susceptibles de faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour et alors même que sa garde à vue pour les faits de vol à l'étalage ne caractériseraient pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées et les moyens correspondants doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

21. En second lieu, ainsi qu'il ressort des termes de la décision attaquée, la préfète du Bas-Rhin a adopté à l'encontre de M. D une mesure d'assignation à résidence, au lieu d'une mesure de rétention, au motif que l'intéressé disposait de garanties effectives de représentation. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'assignation, eu égard à sa durée et aux obligations limitées de présentation une fois par semaine imposées au requérant, soit disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, le requérant, qui n'invoque aucun argument particulier, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, l'ensemble des autres conclusions de la requête.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. RichardLa greffière,

G. Trinité La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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