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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306193

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306193

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête, enregistrée le 30 août 2023 sous le numéro 2306192, Mme D, représentée par Me Gaudron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de l'introduction de sa demande d'asile, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le paiement à Me Gaudron d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que sa famille est contrainte de vivre dans des conditions particulièrement instables et précaires ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige et sont tirés du défaut de motivation, de la violation du principe du contradictoire, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet au fond.

Il soutient que la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire est intervenue le 30 août 2023. Cette décision s'étant substituée à la décision du 6 juin 2023, la requête est irrecevable. A titre subsidiaire il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

II/ Par une requête, enregistrée le 30 août 2023 sous le numéro 2306193, M. E, représenté par Me Gaudron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de l'introduction de sa demande d'asile, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le paiement à Me Gaudron d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que sa famille est contrainte de vivre dans des conditions particulièrement instables et précaires ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige et sont tirés du défaut de motivation, de la violation du principe du contradictoire, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet au fond.

Il soutient que la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire est intervenue le 30 août 2023. Cette décision s'étant substituée à la décision du 6 juin 2023, la requête est irrecevable. A titre subsidiaire il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné Mme Bronnenkant, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 11 septembre 2023 en présence de Mme Brosé, greffière d'audience, Mme Bronnenkant a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Gaudron représentant Mme D et M. E qui maintient sa demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. E ressortissants camerounais nés les 18 octobre 1992 et 3 mars 1981, ont introduit une demande d'asile qui a été enregistrée le 6 juin 2023 et ont, à la même date, sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par deux décisions du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'y faire droit. Par les présentes requêtes, qui ont fait l'objet d'une instruction commune et qu'il convient de joindre pour par une seule ordonnance, les requérants demandent au juge des référés de suspendre l'exécution des décisions du 6 juin 2023 en application de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre

Mme D et M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. L'objet même du référé organisé par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Enfin, si une décision implicite ou explicite de rejet de ce recours préalable obligatoire intervient avant qu'il n'ait statué, le juge des référés reste néanmoins saisi si le requérant présente une requête tendant à l'annulation de cette dernière décision et s'il lui en adresse une copie ou si le juge constate qu'elle a été adressée au greffe et la verse au dossier.

4. En l'espèce, Mme D et M. E ont justifié du dépôt de leur recours administratif préalable du 6 août 2023 dès l'introduction de la présente instance en référé. En outre, si les décisions du 30 août 2023 rejetant leurs recours administratif préalables obligatoires ont été produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 8 septembre 2023 dans le cadre de la présente instance et communiquées aux requérants le jour même de l'audience, il n'est pas contesté que ces décisions n'avaient pas été notifiées aux requérants antérieurement à cette date, de sorte qu'ils ne pouvaient introduire un recours en annulation contre ces dernières. Par ailleurs, aucune décision implicite de rejet de ces recours n'était acquise au jour de l'introduction de leur requête en référé, tout comme au jour de la présente ordonnance. Il s'ensuit que Mme D et M. E n'avaient pas à présenter, avant la clôture de l'instruction qui est intervenue à l'issue de l'audience, une requête tendant à l'annulation des décisions rejetant leur recours administratif préalable, ni à joindre à leur demande en référé la copie de leur requête au fond dirigé contre ces décisions. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

5. Les décisions du 30 août 2023 de rejet des recours préalables des requérants se sont substituées aux décisions du 6 juin 2023. Les conclusions à fin de suspension doivent dès lors être regardées comme dirigées contre les décisions du 30 août 2023.

En ce qui concerne l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate dudit refus sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient ainsi au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Il n'est pas sérieusement contesté que les requérants, parents d'un enfant né le 29 avril 2023, ne disposent d'aucune ressource et d'aucun hébergement stable. Compte tenu de l'état de précarité dans lequel se trouvent maintenus les requérants et leur enfant du fait de l'intervention de la décision leur refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, auxquelles ont, en principe, droit les demandeurs d'asile dans l'attente de la décision définitive leur accordant ou leur refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers l'État responsable de l'examen de leur demande, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

8. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir, dans son mémoire en défense, que Mme D et M. E se sont eux-mêmes placés dans la situation d'urgence qu'ils invoquent, en ne présentant pas leur demande d'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant leur entrée en France un tel grief ne peut pas être opposé au fils des requérants qui sollicite également l'asile et qui est né en France le 29 avril 2023. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". En application de l'article L. 552-8 de ce code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région " L'article L. 521-3 de ce même code dispose que : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent.

10. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code prévoit, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé au demandeur d'asile, notamment lorsque " 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 " et que la décision " prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ". Il résulte en outre du point 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale qu'un tel refus ne peut être pris qu'au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes vulnérables mentionnées à l'article 21 de cette directive, lequel vise notamment les mineurs.

11. Le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile parait, en l'état de l'instruction, dès lors notamment que la demande d'asile présentée par les requérants au nom de leur fils est intervenue moins de deux mois après la naissance de cet enfant, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

12. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution des décisions prises sur recours préalable obligatoire du 30 août 2023, par lesquelles la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'astreinte :

13. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

14. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder provisoirement à Mme D et M. E, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous réserve que les requérants introduisent un recours en annulation contre les décisions du 30 août 2023 dans ce même délai, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des décisions en litige.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'admission définitive de Mme D et M. E à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que leur avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Gaudron d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D et M. E sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution des décisions du 30 août 2023 rejetant le recours administratif préalable formé par les requérants contre la décision en date du 6 juin 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder provisoirement à Mme D, M. E et leur enfant, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous réserve qu'ils introduisent dans ce même délai une requête à fin d'annulation des décisions prises sur recours administratif préalable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.

Article 4 : Sous les réserves mentionnées au dernier point de la présente ordonnance, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Gaudron, avocat de Mme D et M. E, la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme D et M. E est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et M. E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Gaudron. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Fait à Strasbourg, le 15 septembre 2023.

Le juge des référés,

H. BRONNENKANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2306192-2306193

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