mardi 12 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2306194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCHWEITZER |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête, enregistrée le 30 août 2023 sous le n° 2306194, M. F E, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 29 août 2023 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a désigné un pays de destination, lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter aux services de police et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision du préfet du Haut-Rhin du même jour l'assignant à résidence ;
2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de remise du passeport et de se présenter aux services de police :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la demande de suspension :
- il justifie d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français pendant l'examen de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.
II/ Par une requête, enregistrée le 30 août 2023 sous le n° 2306195, Mme D E, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 29 août 2023 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a désigné un pays de destination, lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter aux services de police et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que la décision du préfet du Haut-Rhin du même jour l'assignant à résidence ;
2°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de remise du passeport et de se présenter aux services de police :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la demande de suspension :
- elle justifie d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français pendant l'examen de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme E n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 4 septembre 2023, au cours de laquelle, après rapport de l'affaire, ont été entendues les observations de Me Schweitzer, représentant M. et Mme E, absents à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2306194 et n° 2306195 présentées respectivement pour M. et Mme E présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme E, ressortissants géorgiens respectivement nés le 5 août 1986 et le 15 mai 1993, déclarent être entrés en France le 3 septembre 2022. Par les décisions attaquées, le préfet du Haut-Rhin leur a prescrit l'obligation de quitter le territoire français, a désigné un pays de destination, leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et les a assignés à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées. Il ne ressort pas des mentions des décisions ni des pièces des dossiers qu'elles seraient entachées d'un défaut d'examen particulier.
4. En second lieu, les requérants font valoir qu'il se sont installés en France ensemble et y ont noué des liens très forts. Cependant, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme E ne sont entrés en France que le 3 septembre 2022, à l'âge respectif de 36 et 29 ans, que rien ne fait obstacle à ce qu'ils puissent reconstituer la cellule familiale dans leur pays d'origine et qu'ils n'établissent pas y être dépourvus d'attaches familiales. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la faible ancienneté de leurs liens personnels et familiaux en France à la date des décisions attaquées, le moyen tiré par M. et Mme E de ce que les décisions attaquées porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions et méconnaîtraient par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Ce dernier texte énonce que " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. et Mme E, dont les demandes d'asile ont été rejetées le 19 juin 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils encourraient des risques les visant personnellement en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises en violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de remise du passeport et de se présenter aux services de police :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie
d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
10. En second lieu, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme E sont entrés en France très récemment et qu'ils disposent d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu jusqu'à l'âge respectif de 36 et 29 ans. S'ils n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que leur présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la durée d'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée à leurs droits au regard de leur vie privée et familiale.
En ce qui concerne les décisions d'assignation à résidence :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
12. En second lieu, les décisions attaquées, signées le 29 août 2023 par Mme C B, adjointe au chef de service de l'immigration et de l'intégration, en vertu d'une délégation accordée le 21 août 2023 et publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, ne sont pas entachées d'incompétence.
Sur les demande de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement :
13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
14. Les requérants ne se prévalent d'aucun autre élément pour demander la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement dont ils font l'objet que ceux qu'ils ont présentés au soutien des conclusions à fin d'annulation. Pour les motifs exposés aux points précédents, les intéressés n'apportent aucun élément de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 29 août 2023 et la suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Leurs requêtes doivent être en conséquence rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Mme D E et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.
La magistrate désignée,
J. A,
Première conseillèreLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Nos 2306194, 2306195
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026