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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306391

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306391

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERRY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. A... contestant le refus du préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une carte de résident. Le tribunal a estimé que le préfet avait légalement pu fonder son refus sur l’insuffisance et l’instabilité des ressources du requérant, au regard de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a également écarté le moyen tiré d’un défaut de justification de la consultation du fichier des antécédents judiciaires. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 septembre 2023 et 16 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d’enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Me Berry, son avocate, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet doit justifier de la régularité de la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, en application des dispositions de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A... été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision de la section administrative du bureau d’aide juridictionnelle du 22 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Deffontaines,
- les observations de Me Carraud, substituant Me Berry, avocate de M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., né le 1er janvier 1984, de nationalité marocaine, est entré en France le 6 juin 2007, de manière irrégulière. Le 1er juillet 2022, M. A... a sollicité la délivrance d’une carte de séjour. Par une décision du 29 septembre 2022, dont le requérant demande l’annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer une carte de séjour.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2023. Il n’y a pas lieu, par suite, de statuer sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / Les années de résidence sous couvert d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " retirée par l'autorité administrative sur le fondement d'un mariage ayant eu pour seules fins d'obtenir un titre de séjour ou d'acquérir la nationalité française ne peuvent être prises en compte pour obtenir la carte de résident prévue au premier alinéa. / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / (…). ».

Pour refuser de faire droit à la demande de carte de résident formulée par M. A..., le préfet du Haut-Rhin s’est fondé sur l’insuffisance et le caractère instable ou irrégulier des ressources propres de l’intéressé. Si M. A... justifie d’un revenu imposable de 12 342 euros en 2021 et se prévaut d’une attestation d’un expert-comptable du 6 janvier 2021 indiquant qu’il percevrait une rémunération nette mensuelle de 1 300 euros depuis le 1er janvier 2020, il ressort des pièces du dossier qu’il disposait d’un revenu imposable de seulement 6 424 euros en 2020, de 0 euros en 2019, de 1 050 euros en 2018 et de 7 234 euros en 2017, soit d’un revenu connaissant des variations importantes et inférieur au montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Il s’ensuit que les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En second lieu, aux termes de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale : « I. – Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : (…) / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. (…). ».

Si le requérant soutient que le préfet a méconnu les dispositions de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale, il ne ressort pas de l’arrêté attaqué que le préfet du Haut-Rhin a fondé sa décision de refus au vu d’informations issues d’une consultation des données personnelles figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté comme inopérant.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision du 29 septembre 2022 prise à son encontre par le préfet du Haut-Rhin doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.


D É C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur la demande d’admission à titre provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Berry et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d’État, ministre de l’intérieur.




Délibéré après l'audience du 3 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.


La rapporteure,

L. DEFFONTAINES
Le président,

T. GROS


Le greffier,




P. HAAG


La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,

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