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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306421

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306421

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2023, Mme A B C, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 8 septembre 2023 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a décidé, d'une part, de la transférer aux autorités portugaises, d'autre part, de l'assigner à résidence dans le département de la Moselle pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et un formulaire " OFPRA " ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros hors taxes à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement.

Elle soutient que :

- la décision de transfert est insuffisamment motivée ;

- son droit à être entendue a été méconnu, dès lors que son entretien individuel s'est déroulé sans qu'elle ait reçu l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni que le contenu de cette information lui ait été expliqué ;

- l'entretien individuel prévu par l'article 5 de ce règlement n'a pas été mené par un agent qualifié ;

- la préfète s'est livrée à une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rees a été entendu au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023, tenue en présence de Mme Soltani, greffière.

Aucune des parties n'était présente ou représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B C à l'aide juridictionnelle.

Sur les autres demandes :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision de transfert :

3. En premier lieu, en se bornant à soutenir que " l'arrêté en litige ne respecte pas les obligations de motivation de l'acte administratif auquel est tenue l'autorité préfectorale ", sans indiquer en quoi sa motivation serait insuffisante, la requérante ne met pas le juge à même d'apprécier le bien-fondé de son moyen.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : (). 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac () ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le guide du demandeur d'asile, la brochure " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et qui contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions précitées de ce règlement, ont été remis à Mme B C le 12 mai 2023, jour de son entretien individuel en préfecture.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien se soit déroulé avant qu'elle ne reçoive ces éléments, ni qu'elle n'ait pas été mise à même d'en prendre connaissance au préalable. En outre, les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ne prévoient pas la remise à l'étranger, lors de son entretien individuel, de nouvelles informations par rapport à celles prévues par l'article 4 du même règlement, en particulier des explications quant au contenu de la brochure commune. Il n'est pas établi que la requérante ait été empêchée de faire état de tous éléments utiles relatifs à sa situation. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entretien individuel n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national.

8. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et du droit de la requérante à être entendue ne peuvent qu'être écartés.

9. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'elle " justifie de considérations humanitaires à son maintien sur le territoire français pour l'instruction de sa demande d'asile par les autorités nationales ", sans fournir la moindre précision quant à ces " considérations humanitaires ", la requérante ne met pas le juge à même d'apprécier le bien-fondé de son moyen tiré de ce que la préfète s'est livrée à une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'assignation à résidence :

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B C, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Mme B C est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

P. REES

La greffière,

S. SOLTANI

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Silia Soltani

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