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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306500

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306500

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBEN GADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 septembre 2023 et 1er juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Ben Gadi, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 17 mai 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle ;

2) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, qui méconnaît les articles L. 612-20 et R. 632-14 du code de la sécurité intérieure et R. 40-29 du code de procédure pénale, est entachée d'un vice de procédure ;

- le principe du contradictoire et son droit à être entendue ont été méconnus ;

- la décision litigieuse est entachée d'irrégularité faute pour l'administration de justifier que les agents ayant consulté les fichiers dans le cadre de l'enquête administrative disposaient de l'habilitation prévue par le 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Le conseil national des activités privées de sécurité soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 17 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2024.

Un mémoire en production de pièces présenté pour Mme B a été enregistré le 5 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weisse-Marchal, rapporteure,

- les conclusions de M. Biget, rapporteur public,

- les observations de Me Ben Gadi, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, qui travaille en qualité d'agent privé de sécurité au sein de la société Sécuritas, a saisi le 16 mars 2023 le conseil national des activités privées de sécurité d'une demande de renouvellement de sa carte professionnelle. Par une décision du 17 mai 2023, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité lui a opposé un refus. La requérante demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". L'article L. 612-20 du même code dispose : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1()/ 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

3. Pour refuser de faire droit à la demande de Mme B de renouvellement de sa carte professionnelle, le directeur du CNAPS a relevé qu'elle avait été mise en cause en qualité d'auteur pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité commis le 6 mai 2021, de vol commis le 25 août 2021 et de détention sans déclaration d'armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie C et de détention non autorisée d'armes de munitions ou de leurs éléments de catégorie B commis le 24 septembre 2021, agissements regardés comme contraires à la probité ou à l'honneur et comme révélant un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes de vol. Il résulte toutefois de l'instruction que le 31 juillet 2023, le Procureur de la République a classé sans suite la procédure pour vol ouverte à l'encontre de Mme B au motif que " les faits ou les circonstances des faits de la procédure n'ont pu être clairement établis par l'enquête, les preuves n'étant pas suffisantes pour que l'infraction soit constituée et que les poursuites pénales puissent être engagées ". Il ressort également du jugement du tribunal correctionnel de Metz rendu le 14 décembre 2021 qu'elle a été aussi relaxée des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Si elle a reconnu lors de l'audience avoir menacé son ex-concubin avec une batte de base-ball, elle fait valoir qu'elle cherchait ainsi à se protéger des coups de son ex-concubin contre lequel elle a porté plainte avec constitution de partie civile pour des faits d'arrestation, enlèvement, détention ou séquestration, de violences volontaires, de menaces de commettre un crime ou un délit ainsi que de harcèlement moral et sexuel. Si Mme B a été condamnée par ce même jugement du 14 décembre 2021 à une peine de deux mois de prison avec sursis pour les faits de détention sans autorisation d'armes ou munitions de catégorie B ou C, il résulte des pièces versées au dossier que les armes en cause appartenaient à son grand-père, qu'à la mort de sa grand-mère en juillet 2021, sa mère en a hérité et les a de suite léguées à ses deux filles. Mme B ne détenait ainsi ces armes que depuis au plus trois mois. Il résulte également du jugement du 14 décembre 2021 que le tribunal n'a pas prononcé la peine complémentaire d'interdiction de détention d'arme et a par ailleurs fait droit à la demande de la requérante de non inscription de cette condamnation au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. En outre, il ressort d'une attestation de son employeur que Mme B fait preuve de professionnalisme et de sérieux dans l'exercice de ses fonctions d'agent de sécurité. Dans ces circonstances et eu égard à la nature et au caractère isolé des faits reprochés, en refusant de renouveler la carte professionnelle de Mme B au motif que ses agissements étaient contraires à l'honneur et à la probité et de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, le directeur du CNAPS a commis une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

4. Il résulte ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 mai 2023 refusant de renouveler sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation susmentionné, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le conseil national des activités privées de sécurité renouvelle la carte professionnelle autorisant Mme B à exercer la profession d'agent de sécurité privée pour une durée de cinq années. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS le versement à Mme B de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mai 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de délivrer à Mme B une carte professionnelle d'agent privé de sécurité est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à Mme B une carte professionnelle d'agent de sécurité privée pour une durée de cinq ans dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à Mme B la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024 .

La rapporteure,

C. Weisse-Marchal

Le président,

A. Laubriat La greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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