mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2306613 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BEN GADI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Ben Gadi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 17 mai 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, et ce jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de carte professionnelle l'autorisant à exercer dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 2 400 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie en cas de refus de renouvellement d'une carte professionnelle ; en tout état de cause, la décision dont la suspension est demandée a conduit son employeur dans un premier temps à suspendre l'exécution de son contrat de travail avant d'engager si nécessaire une procédure de résiliation de son contrat en l'absence d'information avant le 31 août 2023 sur l'issue de son recours ;
- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée les moyens tirés de ce que : la décision attaquée méconnaît l'article L. 612-20 2° du code de la sécurité intérieure ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le conseil national des activités privées de sécurité n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ; son droit à être entendue a été méconnu ; à défaut de production de l'habilitation régulière de l'agent ayant réalisé l'enquête administrative, la décision attaquée, qui méconnaît les articles L. 612-20 et R. 632-14 du code de la sécurité intérieure et R. 40-29 du code de procédure pénale, est entachée d'un vice de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Le conseil national des activités privées de sécurité soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 septembre 2023 sous le numéro 2306500 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision du directeur du conseil national des activités privées de sécurité du 17 mai 2023.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Picot, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- Mme B, assistée de Me Ben Gadi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- le conseil national des activités privées de sécurité n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 7 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, qui travaille en qualité d'agent privé de sécurité au sein de la société Sécuritas, a saisi le 16 mars 2023 le conseil national des activités privées de sécurité d'une demande de renouvellement de sa carte professionnelle. Par une décision du 17 mai 2023, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité lui a opposé un refus. La requérante demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il résulte des dispositions précitées du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ;
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B tire ses revenus de l'exécution du contrat de travail conclu avec la société Sécuritas, qu'elle exerce pour cet employeur des fonctions d'agent privé de sécurité, que la détention d'une carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité y figure comme une condition essentielle de son exécution et que par courrier du 7 juillet 2023, son employeur, informé de la décision du conseil national des activités privées de sécurité, a suspendu avec effet immédiat son contrat et lui a laissé jusqu'au 31 août 2023 pour l'informer des suites données à son recours. Il ressort également des déclarations de Mme B à l'audience que son employeur a accepté de reporter au 15 octobre 2023 l'engagement d'une procédure de licenciement à son encontre. Dès lors, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée portant refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité l'expose au risque de perdre de son emploi et que, par conséquent, la condition d'urgence est remplie.
En ce qui concerne la condition tenant au moyen propre à créer un doute sérieux :
6. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () ".
7. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
8. Pour refuser de faire droit à la demande de Mme B de renouvellement de sa carte professionnelle, le directeur du CNAPS a relevé qu'elle avait été mise en cause, en qualité d'auteur, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité commis le 6 mai 2021, de vol commis le 25 août 2021 et de détention sans déclaration d'armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie C et de détention non autorisée d'armes de munitions ou de leurs éléments de catégorie B commis le 24 septembre 2021, agissements regardés comme contraires à la probité ou à l'honneur et comme révélant un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes. Il résulte toutefois de l'instruction que le 31 juillet 2023, le Procureur de la République a classé sans suite la procédure pour vol ouverte à l'encontre de Mme B. Il ressort également du jugement du tribunal correctionnel de Metz rendu le 14 décembre 2021 qu'elle a été relaxée des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Si elle a reconnu lors de l'audience avoir menacé son ex-concubin avec une batte de base-ball, elle fait valoir qu'elle cherchait ainsi à se protéger des coups de son ex-concubin contre lequel elle a porté plainte avec constitution de partie civile. Enfin, si Mme B a été condamnée par ce même jugement du 14 décembre 2021 à une peine de deux mois de prison avec sursis pour les faits de détention sans autorisation d'armes ou munitions de catégorie B ou C, il résulte des pièces versées au débat que les armes en cause appartenaient à son grand-père, qu'à la mort de sa grand-mère en juillet 2021, sa mère en a hérité et les a de suite léguées à ses deux filles. Mme B ne détenait ainsi ces armes que depuis au plus trois mois. Il résulte également du jugement du 14 décembre 2021 que le tribunal n'a pas prononcé la peine complémentaire d'interdiction de détention d'arme et a par ailleurs fait droit à la demande de la requérante de non inscription de cette condamnation au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision.
9. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant ainsi remplies, il y a lieu d'ordonner, à titre provisoire, la suspension des effets de cette décision jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête n° 2306500.
Sur les conclusions en injonction :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".
11. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
12. La mesure de suspension prononcée par la présente ordonnance implique que le Conseil national des activités privées de sécurité délivre à Mme B, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête n° 2306500, une carte professionnelle provisoire l'autorisant à exercer une activité privée de sécurité, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais non compris dans les dépens :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er: L'exécution de la décision du 17 mai 2023 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité refusant à Mme B le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête n° 2306500.
Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à Mme B, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête n° 2306500, une carte professionnelle lui permettant d'exercer ses fonctions d'agent privé de sécurité, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à Mme B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
.
Fait à Strasbourg, le 11 octobre 2023.
Le juge des référés,
A. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026