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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306826

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306826

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 septembre 2023, le 14 décembre 2023 et le 20 février 2024, la SCI Schwaller, représentée par la SELARL Cossalter, De Zolt et Couronne, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le maire de l'Hôpital a refusé de lui délivrer un permis de construire sept maisons d'habitation jumelées sur un terrain sis rue de Limoges sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de l'Hôpital une somme de 2 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- elle était bénéficiaire d'un permis de construire tacite au terme d'un délai de trois mois et la décision litigieuse, qui doit être requalifiée en retrait de ce permis tacite, n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- c'est à tort que la commune a estimé que le projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- c'est à tort que le maire lui a opposé le motif tiré de l'absence dans le dossier de demande d'une étude d'impact ;

- c'est encore à tort que le maire lui a opposé le motif tiré de l'absence de lettre du préfet relative au défrichement ;

- c'est enfin toujours à tort que le maire lui a opposé le motif tiré de l'absence au dossier d'étude concernant la présence ou l'absence d'oiseaux protégés.

Par des mémoires en défense, enregistré le 24 octobre 2023, le 1er février 2024 et le 5 mars 2024, la commune de l'Hôpital, représentée par la SCP Vorms et Richard-Maupillier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI Schwaller au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public.

- les observations de Me Hassan qui substitue Me De Zolt, avocat de la SCI Schwaller.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Schwaller a déposé le 9 février 2023 une demande de permis de construire sept maisons d'habitation jumelées sur un terrain sis rue de Limoges dans la commune de L'Hôpital, parcelles cadastrées section 9 n°827 et section 10 n° 361. Par un arrêté du 2 mai 2023, le maire a opposé à un refus à cette demande de permis de construire. La SCI a formé un recours gracieux, qui a fait l'objet d'un rejet express le 25 juillet 2023. Par la présente requête, la SCI Schwaller demande au tribunal d'annuler cet arrêté portant refus de permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la nature de l'arrêté du 2 mai 2023 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Enfin, l'article L. 424-2 du même code précise que : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. () ". Ces dispositions, qui dans leur version applicable au litige ne mentionnent plus la possibilité pour l'administration d'avoir recours à un téléservice, ne rendent pour autant pas irrégulière une notification par un autre procédé présentant des garanties équivalentes.

4. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construire a été déposé par le pétitionnaire le 9 février 2023, et que le terme du délai d'instruction était ainsi fixé, en application des dispositions précitées, au 9 mai 2024. Il n'est pas contesté que la décision attaquée a été notifiée au pétitionnaire par voie postale le 10 mai 2024, et qu'aucune demande de pièces n'a été susceptible de prolonger le délai d'instruction. Si la commune fait valoir en défense que l'article R. 423-48 du code de l'urbanisme permet à l'administration de notifier au pétitionnaire par voie électronique l'ensemble des éléments de l'instruction, ainsi que la décision prise sur la demande d'autorisation d'urbanisme, l'article invoqué n'est toutefois pas applicable au litige, ayant été abrogé le 26 juillet 2021. Par ailleurs, le seul élément produit par l'administration pour démontrer que l'acte a été régulièrement notifié au pétitionnaire par voie électronique, consistant en une copie d'écran du service dématérialisé de gestion des demandes d'autorisation d'urbanisme de la collectivité, et mentionnant une simple date de présentation, sans certitude sur la date et l'heure d'ouverture effective du document ni sur l'identité de la personne l'ayant consulté, paraissent insuffisants, en l'état de l'instruction, pour établir la bonne réception par la société pétitionnaire de la décision de refus. En outre, et au surplus, si la commune se prévaut du fait que l'article L. 423-3 du code de l'urbanisme permet à l'administration de gérer les demandes d'autorisation d'urbanisme par le biais d'un téléservice, l'article A. 423-5 du code de l'urbanisme, pris pour l'application de cet article, liste de manière exhaustive les éléments pouvant faire l'objet d'une télétransmission, et ne vise pas dans cette liste la décision prise à l'issue de l'instruction. Dans ces conditions, le procédé de notification électronique utilisée par la commune ne présente pas, en l'espèce, des garanties équivalentes à l'envoi par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal prévu à l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la SCI Schwaller doit ainsi être regardée comme s'étant vue régulièrement notifier l'arrêté litigieux par voie postale le 10 mai 2023, soit au-delà du délai d'instruction de trois mois.

5. Dans ces conditions, en vertu des dispositions citées au point 2, la société requérante est fondée à soutenir qu'elle s'est trouvée bénéficiaire, à l'expiration du délai de trois mois courant à compter du dépôt de son dossier de demande, soit le 9 mai 2023, d'un permis de construire tacite, et que l'arrêté en litige, notifié le 10 mai 2023, doit être regardé comme procédant au retrait de cette décision.

En ce qui concerne la légalité du retrait du permis de construire tacite :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision portant retrait du permis de construire modificatif tacite est au nombre de celles qui doivent être motivées. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire. L'observation de celle-ci constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme dont le retrait est envisagé.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée ait été précédée de la procédure contradictoire prévue par ces dispositions. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision de retrait a été prise à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, ce qui l'entache d'illégalité.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ".

9. Pour retirer le permis de construire modificatif tacite dont la SCI Schwaller est bénéficiaire, le maire de la commune de l'Hôpital a estimé, d'une part, que faute de comporter plusieurs documents, le dossier de demande de permis de construire était incomplet et, d'autre part, que le projet de construction méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

10. D'une part, aux termes de l'article R. 423-22 : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur () la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité compétente pour instruire la demande, si elle s'estime insuffisamment informée, non de rejeter celle-ci, mais de demander au pétitionnaire de compléter son dossier, lequel dossier, à défaut de notification de pièce manquante adressée par le service instructeur, est réputé complet un mois après son dépôt en vertu de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme.

11. Il ressort de la décision attaquée que le maire de l'Hôpital s'est fondé, pour refuser d'autoriser le projet du pétitionnaire, sur les motifs tirés de l'absence dans le dossier de demande de permis de construire d'une étude d'impact environnemental, d'une lettre du préfet sur une éventuelle demande d'autorisation de défrichement, et d'une étude sur la présence ou l'absence d'espèces protégées sur le terrain d'assiette. Toutefois, en application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, faute pour le maire d'avoir communiqué à la société pétitionnaire une liste des pièces manquantes, le dossier de la SCI Schwaller était réputé complet à l'issue de l'instruction, et il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que le caractère incomplet du dossier ne pouvait justifier légalement une décision de refus de délivrer le permis de construire sollicité.

12. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier (), sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site

13. Il ressort du dossier que le secteur d'implantation du projet attaqué ne fait l'objet d'aucune protection particulière par le plan local d'urbanisme, et ne présente pas d'homogénéité du point de vue architectural, la volumétrie et l'aspect des constructions existantes n'étant pas uniformes. En outre, si les constructions projetées présentent en partie des toitures plates, cette seule circonstance est insuffisante pour établir qu'elles créeraient une rupture avec le bâti environnant, les couleurs utilisées pour les façades et menuiseries, beige et gris, correspondant par ailleurs aux coloris déjà utilisés dans le secteur d'implantation. Dans ces conditions, la SCI Schwaller est fondée à soutenir que le projet n'est pas susceptible de porter atteinte à l'intérêt ou au caractère des lieux avoisinants, et que le maire de l'Hôpital a commis une erreur d'appréciation en lui opposant le motif tiré de ce que son projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

14. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des motifs de retrait du permis de construire tacite n'est légal et que, par voie de conséquence, la SCI Schwaller est également fondée à demander pour ce motif l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2023.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de l'Hôpital le versement à la SCI Schwaller d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

16. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Schwaller, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la commune de l'Hôpital demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du maire de l'Hôpital du 2 mai 2023 est annulé.

Article 2 : La commune de l'Hôpital versera une somme de 1 500 euros à la SCI Schwaller au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de l'Hôpital au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Schwaller et à la commune de l'Hôpital.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Sophie Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

A. LUSSET

Le président,

X. FAESSEL

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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