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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307100

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307100

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 octobre 2023 et 7 février 2024,

M. F D et Mme B D, représentés la SELARL Dôme avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel la maire de Strasbourg a délivré un permis de démolir et un permis de construire à la société Nexxt-Immo pour la démolition d'une maison individuelle et de deux annexes et la construction d'un immeuble collectif de treize logements, sur un terrain cadastré section KX parcelles n° 1074, n° 1076, n° 1077 et n° 1079 situé 4 rue de Monswiller à Strasbourg, ainsi que la décision du 7 août 2023 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Strasbourg une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet à défaut de préciser l'emprise au sol de la construction projetée ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 4.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg et celles de l'article 45 du règlement d'assainissement collectif applicable aux communes de l'Eurométropole de Strasbourg, dès lors que le projet ne prévoit pas de dispositif de gestion des eaux pluviales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 9 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg et de l'article 9 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;

- il méconnaît les dispositions du 1.1 de l'article 11 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg relatives aux gabarits des toitures des constructions surmontées d'attiques ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 12 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg ;

- il méconnaît les dispositions du 2.1 de l'article 13 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 janvier 2024 et 22 février 2024, la commune de Strasbourg conclut au rejet de la requête.

La commune de Strasbourg soutient que :

- la requête est irrecevable faute pour M. et Mme D de justifier d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 10 janvier 2024 et 16 février 2014, la société Nexxt-Immo, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Nexxt-Immo soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction immédiate a été prononcée par une ordonnance du 13 mars 2024.

M. et Mme D ont produit un mémoire le 15 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Une note en délibéré a été produite le 16 mai 2024 par M. et Mme D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Malgras,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Verdin, avocat de M. et Mme D,

- les observations de Me Vienne, avocat de la société Nexxt-immo,

- les observations de Mme A, représentant la comme de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 janvier 2023, la société Nexxt-Immo a déposé une demande de permis de construire valant démolition en vue de réaliser un bâtiment comportant treize logements locatifs après démolition d'une maison individuelle et de deux annexes, sur un terrain cadastré section KX parcelles n° 1074, n° 1076, n° 1077 et n° 1079 situé 4 rue de Monswiller à Strasbourg. Par un arrêté du 8 juin 2023, la maire de Strasbourg a délivré le permis sollicité. M. et Mme D, propriétaires d'une maison d'habitation située 29 rue d'Otterswiller à Strasbourg, ont formé un recours gracieux contre cet arrêté le 24 juillet 2023, qui a été rejeté par une décision du 7 août 2023. M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 juin 2023 ainsi que la décision du 7 août 2023 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 3 octobre 2022, affiché et transmis au représentant de l'Etat le même jour, la maire de Strasbourg a donné délégation à Mme E C, adjointe, aux fins de lui permettre la signature des autorisations d'urbanisme. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que Mme C, signataire de l'arrêté attaqué, ne bénéficiait pas de la délégation nécessaire.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En l'espèce, les requérants soutiennent qu'aucun élément du dossier de demande de permis de construire ne permet de connaître l'emprise au sol de la construction projetée. Toutefois, d'une part, une telle donnée n'est pas requise par l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme qui liste de manière limitative les pièces et informations devant figurer au dossier. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'autorité compétente a pu statuer en toute connaissance de cause sur la conformité du projet à la réglementation applicable et en particulier sur sa conformité aux dispositions de l'article 9 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, en particulier sur la base des plans joints au dossier de demande de permis de construire, cotés et reproduits à l'échelle. Par suite, le moyen tiré des insuffisances du dossier de permis de construire, doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg dispose : " 2.3. Eaux pluviales / Les dispositifs de gestion des eaux pluviales à l'unité foncière, avec ou sans admission au réseau d'assainissement public, sont obligatoires conformément à la réglementation en vigueur ". Ces dispositions imposent la mise en place d'un dispositif de gestion des eaux pluviales à l'unité foncière avec ou sans admission au réseau d'assainissement public, en vue d'éviter, dans le cadre de l'exécution du projet, le déversement des eaux pluviales sur la voirie, lequel est interdit par l'article 45 du règlement d'assainissement.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du dossier de demande de permis de construire, qu'un dispositif de gestion des eaux pluviales à la parcelle a été mis en place de sorte que les eaux pluviales en provenance de la toiture de la construction sont infiltrées dans le sol par le biais d'une tranchée d'infiltration. Les requérants n'établissent pas que dans le cadre de l'exécution du permis, la réalisation du projet conduirait nécessairement à la méconnaissance de règles impératives fixées par la réglementation prévalant en matière d'assainissement et notamment de la règle interdisant le déversement des eaux pluviales sur la voirie. En tout état de cause, l'arrêté attaqué comporte un rappel au respect du règlement d'assainissement collectif de l'Eurométropole de Strasbourg, précisant que dans les zones où l'infiltration est permise, les eaux pluviales devront être infiltrées conformément à la réglementation en vigueur, dans les zones où l'infiltration est permise sous conditions, des études complémentaires devront être menées afin de définir les possibilités d'infiltration, et enfin que dans les zones où l'infiltration est interdite, le rejet se fera de préférence dans le milieu superficiel après accord du gestionnaire du cours d'eau, l'admission des eaux pluviales dans le réseau public étant envisageable à débit limité, sur autorisation du service. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à invoquer l'insuffisance du système d'infiltration et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " Les constructions, aménagement et installations doivent respecter les conditions prévues au titre II : " Dispositions applicables à toutes les zones ". / 1. Dispositions générales : L'emprise au sol des bâtiments ne peut excéder le pourcentage suivant : () - UB2 et UB2a : 65 % () ". Aux termes de l'article 9 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg : " 1. Au titre du présent règlement, l'emprise au sol est calculée en prenant en compte les éléments suivants :• la projection verticale du volume du bâtiment au sol, • les sous-sols enterrés, y compris ceux dépassant du volume du bâtiment au-dessus, • les bassins des piscines enterrés. Toutefois la projection des saillies, telles que balcons, marquises, débords de toiture, auvent, etc. ainsi que les ombrières dotées de procédés de production d'énergies renouvelables situées sur des aires de stationnement en sont exclus ".

8. Les requérants soutiennent que le débord du sous-sol n'a pas été inclus dans le calcul du coefficient d'emprise au sol du projet, situé en zone UB 2, et que le taux maximal de 65 % est nécessairement dépassé lorsque ce débord est pris en compte.

9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet représente une superficie de 809 m2. En outre, la société pétitionnaire produit un plan matérialisant l'emprise au sol totale du bâtiment, débord du sous-sol inclus, dont la sincérité n'est pas sérieusement contestée par les requérants, et dont il ressort que le bâtiment représente 415,30 m2 et le débord du sous-sol 76,50 m2, soit 491,80 m2 devant être pris en compte pour le calcul de l'emprise au sol, au sens et pour l'application des dispositions citées au point 7, ainsi d'ailleurs que l'indique également la commune qui a réalisé ses calculs sur la base des plans joints au dossier de demande de permis de construire. Dans ces conditions, le coefficient d'emprise au sol du projet correspond à 60,79%, soit un ratio inférieur au taux maximal de 65% prévu par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tel qu'il est développé dans les écritures et tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg et de l'article 9 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg, doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 11 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " () 1. Gabarits des toitures / 1.1. Pour les constructions surmontées d'attiques, le gabarit est limité par un plan partant de la hauteur maximale autorisée au droit de l'égout de toiture fixée à l'article 10 UB, incliné à 52° au maximum au-dessus du plan horizontal ". Selon le règlement graphique, auquel renvoie l'article 10 UB, la hauteur à l'égout du toit est limitée, en zone UB 2, lieu d'implantation du projet, à 10 mètres. Selon le lexique du plan local d'urbanisme : " en cas de toiture plate ou surmontée d'attique, l'égout de toiture correspond au niveau du fil d'eau d'étanchéité ", et il est précisé qu'un attique correspond à " un étage situé au sommet d'une construction de proportion moindre que les étages inférieurs ".

11. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que le gabarit d'un bâtiment en zone UB est limité par un plan partant de la hauteur maximale autorisée par le règlement graphique, soit en l'occurrence 10 mètres en zone UB 2, et non, comme le soutiennent les requérants, de la hauteur de l'égout du toit effectivement envisagée par le projet, ou du fil d'eau d'étanchéité en cas d'attique comme en l'espèce. Il ressort des pièces du dossier qu'en partant de la hauteur maximale autorisée, soit 10 mètres, la règle de gabarit prévoyant une inclinaison maximale de 52° est respectée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal doit être écarté.

12. En sixième lieu, en vertu des dispositions de l'article 12 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg, un projet situé en zone II du plan de déplacements urbains nécessite la réalisation d'une place de stationnement par logement, tandis qu'un projet situé en zone III de ce plan nécessite la réalisation d'une place et demi par logement de plus de deux pièces et d'une place par logement de deux pièces ou moins.

13. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'extrait du périmètre des zones de stationnement au sein de l'Eurométropole de Strasbourg que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet en litige se situe en zone II, et non en zone III du plan de déplacements urbains. En outre, il prévoit un total de treize places de stationnement pour treize logements, soit une place par logement. Par suite, il ne méconnaît pas les dispositions de l'article 12 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg, citées au point précédent.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 13 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " Espaces libres, aires de jeux et de loisirs et plantations / () 2.1. Lorsque le bâtiment se situe en retrait de la voie ou de l'emprise publique, la partie laissée libre devra être aménagée en espace planté excluant tout stationnement hormis l'accès à ces constructions. Cette disposition réglementaire ne s'applique pas au droit des immeubles comportant des devantures commerciales en rez-de-chaussée ". Selon le lexique du plan local d'urbanisme, un espace libre est la surface de terrain non occupée ou non sur-bâtie par des constructions (par exemple, les terrains de football ne peuvent pas être considérés comme des espaces libres).

15. D'une part, en l'espèce, la terrasse projetée au rez-de-chaussée du bâtiment en litige, les cheminements en pavés et l'aire de présentation de collecte des déchets ne constituent pas des espaces libres au sens et pour l'application des dispositions précitées. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et en particulier du plan des végétations joint au dossier de demande de permis de construire, que l'intégralité de l'espace laissé libre entre la construction et la voie publique est aménagée en espace planté. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2.1 de l'article 13 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg doit être écarté.

16. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

17. Ainsi qu'il a été exposé au point 6, les requérants n'établissent pas l'insuffisance du système d'infiltration et d'évacuation des eaux pluviales. En outre, s'ils soutiennent que le quartier a été touché par des problèmes d'évacuation des eaux pluviales et des inondations, et que le projet renforce ce risque, ils ne l'établissent pas davantage. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en délivrant le permis contesté, la maire de Strasbourg a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, les consorts D ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juin 2023 attaqué et de la décision du 7 août 2023 rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Strasbourg qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais liés au litige.

20. Il y a en revanche lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge des requérants le paiement de la somme de 1 500 euros à la société Nexxt-Immo, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront à la société Nexxt-Immo une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, Mme B D, à la commune de Strasbourg et à la société Nexxt-Immo. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024

La rapporteure,

S. MALGRAS

Le président,

X. FAESSEL

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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