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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307240

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307240

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLE GUENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 17 octobre 2023, M. D E, représenté par Me Le Guennec, demande au tribunal d'annuler :

1°) l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le respect des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gros en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros, magistrat désigné ;

- les observations de Me Le Guennec représentant M. E ;

- les observations de M. E.

La préfète du Bas-Rhin régulièrement convoquée n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tchadien, né le 22 juillet 1994, est entré en France le 11 septembre 2015. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juillet 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 avril 2017. Par arrêté du 26 juillet 2017, il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français. Le 6 octobre 2017, il a formulé une demande de délivrance de titre de séjour pour soins, qui a fait l'objet d'un refus le 13 juillet 2018. Le 12 mars 2020, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de Français. Par arrêté du 10 novembre 2020, la préfète du Bas-Rhin lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire national. Il a formulé une nouvelle demande de titre de séjour le 9 mai 2022 en qualité de conjoint de Français. Par arrêté du 14 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Etant incarcéré depuis le 11 juillet 2022, le requérant n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement. Par arrêté du 10 octobre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 8 septembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A B, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme F G, adjointe au chef de bureau, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de ses motifs que la décision mentionne de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que par lettre notifiée le 5 octobre 2023 par la préfète du Bas-Rhin le requérant a été mis en mesure de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance du respect du contradictoire manque en fait et ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. E. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré d'une erreur de droit n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il y a lieu de l'écarter.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public. () ".

8. Le requérant soutient que, contrairement à ce dont fait état la préfète dans sa décision, il justifie de l'ancienneté, de la stabilité et de la réalité de la relation qu'il entretient avec son épouse, Mme C. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le 10 septembre 2021, l'intéressé a été condamné par jugement du tribunal judiciaire de Strasbourg à deux mois d'emprisonnement avec sursis et obligation d'accomplir un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes, pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Le 11 juillet 2022, il a été écroué à la maison d'arrêt de Strasbourg suite à deux condamnations du tribunal judiciaire de Strasbourg à six mois d'emprisonnement pour vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail, en récidive, et vol aggravé par deux circonstances et dix mois d'emprisonnement pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien et escroquerie. Il est en outre très défavorablement connu des services de police pour avoir été mis en cause, le 27 septembre 2022, pour menace de mort réitérée, commise en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion, le 18 août 2022, pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien et escroquerie, le 13 juin 2022, pour vol aggravé par deux circonstances et le 9 novembre 2021 pour usage illicite de stupéfiants.

9. Si M. E justifie d'une vie commune avec Mme C et de ce qu'ils sont mariés depuis février 2020, il ne résulte pas de l'instruction que la préfète n'aurait pas pris la même décision si elle n'avait retenu que le motif tiré de la menace à l'ordre public. Au surplus, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme C a été victime de violences conjugales de la part de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Si le requérant se prévaut de son mariage et de sa vie commune avec Mme C, née en 1976 et mère de quatre enfants dont un majeur, il se maintient irrégulièrement en France en méconnaissance de mesures d'éloignement prises à son encontre le 26 juillet 2017 et le 10 novembre 2020. Ainsi qu'il a été précisé au point 8 son comportement constitue une menace à l'ordre public et ne démontre pas l'existence d'une réelle intégration en France. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit, en particulier aux points 8 et 11, que le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023 pris à son encontre par la préfète du Bas-Rhin doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D H E et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. GrosLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

N°2307240

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