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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307241

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307241

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLE GUENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire, enregistrés les 11 et 20 octobre 2023, M. G F, actuellement en détention à la Maison d'arrêt de Strasbourg, représenté par Me Le Guennec, demande au tribunal d'annuler :

1°) l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait concernant sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. F n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gros en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros, magistrat désigné ;

- les observations de Me Le Guennec représentant M. F ;

- les observations de M. F, assisté de Mme C, interprète en langue arabe.

La préfète du Bas-Rhin régulièrement convoquée n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, né le 8 août 2000, déclare être entré en France en 2021. Par arrêté du 9 octobre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 8 septembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B D, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme E H, adjointe au chef de bureau, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de ses motifs que l'arrêté mentionne de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que par lettre notifiée le 5 octobre 2023 le requérant a été mis en mesure par l'administration de faire faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, en tout état de cause, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents susceptibles d'avoir une influence sur le contenu des décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige serait entaché d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. F.

6. En cinquième lieu, le moyen tiré d'une erreur de droit n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il y a lieu de l'écarter.

7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire, sans enfant et déclare être sans domicile. Par suite, la seule circonstance, au demeurant non assortie de précisions, que le père de l'intéressé résiderait en France ne permet de considérer que c'est à tort que la préfète a considéré que le requérant ne démontre pas l'intensité de ses liens familiaux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

8. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est entré sur le territoire français qu'en 2021. Il a été condamné le 22 avril 2022 par le tribunal judiciaire de Strasbourg à six mois d'emprisonnement pour vol aggravé et par ailleurs est défavorablement connu des services de polices. Il est célibataire et sans enfant et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Nonobstant la présence, à la supposer établie, de son père en France, cette seule circonstance n'est pas de nature à démontrer l'existence d'une intégration et de liens d'une particulière intensité en France. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de M. F, la préfète du Bas-Rhin, en adoptant la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 pris à son encontre par la préfète du Bas-Rhin doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. G F et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

T. GrosLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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