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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307288

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307288

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOUDHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Boudhane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pendant deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les délais de respectivement un mois et quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée, ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision l'interdisant de retour ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Olivier Biget a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 20 septembre 1994, est entré irrégulièrement en France au mois de septembre 2021. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 9 octobre 2023 par les services de la police aux frontières pour des faits de détention frauduleuse de plusieurs documents administratifs et escroquerie commis depuis le 28 septembre 2021. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet de la Moselle l'a alors obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour pendant deux ans. Le requérant demande au tribunal l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pendant deux ans contenues dans cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

5. En second lieu, si M. A soutient qu'il est algérien, qu'il réside, travaille et dispose d'un logement en France depuis le mois de septembre 2021 et que le préfet ne justifie pas de sa réelle culpabilité pour les faits reprochés lui ayant valu une garde à vue, il ne fait ainsi valoir aucun droit au maintien sur le territoire français. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que l'intéressé a reconnu lors de sa garde à vue être entré irrégulièrement en France, s'être procuré une fausse carte d'identité belge et une fausse attestation de sécurité sociale lui ayant permis de travailler, ainsi qu'un faux permis de conduire belge. Il ne justifie pas avoir entamé de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative. Il est célibataire, sans charge de famille. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

7. En second lieu, la décision d'interdiction de retour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise la date et le caractère irrégulier de l'entrée en France de M. A, son défaut de justification de liens intenses et stables sur le territoire français, son placement en garde à vue pour divers faits constitutifs d'une menace à l'ordre public et l'absence d'obligation de quitter le territoire français prise précédemment à son encontre. Elle fixe la durée de cette interdiction à deux ans au regard des critères légaux, compte tenu des éléments mentionnés ci-dessus. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Boudhane et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Bronnenkant, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

O. Biget

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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