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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307360

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307360

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOSSELUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16, 24 et 25 octobre 2023, M. B A, actuellement détenu à la Maison d'arrêt de Strasbourg, représenté par Me Le Guennec, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 de la préfète du Bas-Rhin portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du juillet 1991.

M. A soutient que :

[0]

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

- les décisions en litige ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- la préfète n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article 21-12 du code civil ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prive de fondement cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Le Guennec, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien, demande l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023 de la préfète du Bas-Rhin qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays de destination et lui interdit le retour en France pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A né le 1er août 2005, ressortissant tchadien, est entré en France en septembre 2019 en tant que mineur non accompagné. Il a été placé au service de protection de l'enfance par ordonne du 21 février 2020 du juge des enfants du tribunal judiciaire de Strasbourg. Par ordonnance du 6 octobre 2020 il a été placé sous tutelle au service de l'aide sociale à l'enfance. Le requérant a suivi une formation professionnelle pendant quatre ans dans le domaine de la commercialisation et services en Hôtel-café-restaurant qui s'est soldée par l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle. Il a ensuite intégré une formation bac pro Hôtellerie-restauration avec des résultats très satisfaisants. Il a par ailleurs travaillé dans plusieurs établissements. Il n'est pas contesté par le préfet que le requérant dispose d'une expérience professionnelle significative dans un secteur où la force de travail est très recherchée. Par ailleurs M. A a construit sa vie en France et n'a plus de contact avec sa famille au Tchad. S'il est vrai qu'il a été incarcéré depuis 2 juillet 2023 pour des faits de violence sur une personne chargée d'une mission de service public et de violation de domicile à l'aide de manœuvres et de menaces, ces comportements sont à mettre sur le compte de sa jeunesse et son parcours chaotique de fuite de son pays d'origine et qu'il est, par contre, apte à une réinsertion au sein de la société française. D'ailleurs, à cet effet, un tel projet de réinsertion est prévu pour le requérant au sein de l'EPIDE (Etablissement pour l'insertion dans l'emploi) à sa sortie de détention. Dans ces conditions la préfète du Bas-Rhin a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale. En conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du 13 octobre 2023, qui est illégal, doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Au vu du moyen d'annulation, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il lui est également enjoint de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait à nouveau été statué sur sa situation.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. A a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Le Guennec, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Guennec de la somme de 1 200 euros hors taxe.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 13 octobre 2023 de la préfète du Bas-Rhin est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à M. A et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Le Guennec une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxe en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Le Guennec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Le Guennec et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judicaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

H. SimonLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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