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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307389

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307389

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS OLSZAK & LEVY

Texte intégral

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 23 octobre 2023 en présence de Mme Siamey, greffière d'audience, M. Rees a lu son rapport et entendu :

- les observations de M. A, représentant de la société Groupe Morault Est-Imprimerie, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures et a, en outre, fait valoir que les prix 1.J et 7.A du bordereau de simulation ne correspondent à aucun prix du bordereau des prix unitaires, et que le prix qu'elle a proposé pour le poste 5.D du bordereau de simulation se justifie par son tarif dégressif, plus avantageux pour les 609 points de livraison prévus dans la simulation ;

- les observations de Me Serra, avocat de la région Grand Est, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 octobre 2023, à l'issue d'une procédure d'appel d'offres ouvert portant sur un accord-cadre de fourniture de services ayant pour objet l'impression des différents supports de communication de la région Grand Est, la société Groupe Morault Est-Imprimerie a été informée du rejet de son offre au titre du lot n° 1 " Impression offset de différents supports de communication de la région Grand Est " et de l'attribution du contrat correspondant à ce lot à la société Imprimerie rochelaise. La société Groupe Morault Est-Imprimerie doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation en tant qu'elle concerne ce lot n° 1.

2. Les requêtes susvisées, nos 2307389, 2307481 et 2307422, sont identiques. Il y a lieu de toutes les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ".

4. En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.

5. Il résulte de l'instruction qu'à l'appui de leurs offres, les candidats devaient remettre un bordereau de prix unitaires (BPU) et un bordereau de simulation (BS), correspondant à une commande fictive, l'article 7.3.1 du règlement de la consultation prévoyant le jugement des offres au regard du critère du prix sur la base de ce BS. Estimant que les prix unitaires indiqués dans le BS remis par la requérante n'étaient pas cohérents avec ceux figurant dans son BPU, la région Grand Est a procédé à la rectification du premier. Le montant total de la simulation de la requérante a ainsi été porté de 55 727,59 euros HT à 59 470,90 euros HT. Le 21 août 2023, la région Grand Est en a informé la requérante qui, le 29 août a agréé à cette rectification. D'une même valeur technique, mais accompagnée d'un BS d'un montant, moindre, de 58 804,46 euros HT, l 'offre de la société Imprimerie rochelaise a ensuite été retenue.

6. En premier lieu, aux termes de l'article 7.3.4 du règlement de la consultation, relatif au traitement des erreurs de chiffrage des offres : " Les erreurs de multiplication, d'addition ou de report, qui seraient constatées dans le cadre de l'analyse des offres, seront examinées selon les règles de prévalence suivantes : () - les prix destinés à avoir valeur contractuelle prévaudront sur les montants simulés. () Il ne sera pas tenu compte de ces erreurs dans le jugement de la consultation. / Toutefois, dans le cas où des erreurs de multiplication, d'addition ou de report seraient constatées : / - dans la fiche de simulation figurant dans l'offre d'un candidat, lorsque le marché à conclure comporte des prix unitaires : la Région Grand Est se réserve la possibilité de procéder au recalcul de cette simulation sur la base des prix unitaires correctement renseignés par le candidat. Le montant ainsi recalculé sera pris en compte pour la comparaison des offres de prix ; () ".

7. D'une part, ces dispositions autorisaient la région Grand Est à procéder d'office à la rectification du BS remis par les candidats. Cette rectification n'a pas pu modifier l'offre de la requérante, dès lors que le BS, qui constitue une simple méthode de notation, a pour seule finalité de permettre une comparaison des offres à prix unitaires et est, contrairement au BPU sur la base duquel il doit être établi, dépourvu de tout caractère contractuel. La région Grand Est n'a donc manqué à aucune de ses obligations de publicité et de mise en concurrence du seul fait qu'elle a rectifié le BS de la requérante.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que le BS en litige a mobilisé les prix unitaires d'impression 1.J, 5.D, 5.M, 5.U, 6.F, 7.A et 7.C du BPU, ainsi que les prix unitaires des prestations de livraison.

9. S'agissant du prix unitaire 1.J, la simulation portait sur la fourniture de 600 exemplaires d'un " courrier A4 quadri recto seul ". Or, le BPU ne comporte qu'un " prix HT pour " 50, 100, 500 et 1 000 unités, ainsi qu'un prix " 1 000 + HT ", mais non un prix " pour " 600 unités. Compte tenu de cette mention " pour ", qui renvoie à un volume de prestation déterminé et fixe et ne peut, comme le soutient la région Grand Est, être lue comme signifiant " jusqu'à " ou " par tranche de ", les candidats étaient dans l'impossibilité, pour ce poste de la simulation, d'inscrire un prix figurant dans leur BPU. Toutefois, compte tenu de l'écart entre le prix figurant dans le BS remis, 81 euros HT, et le prix corrigé par la région Grand Est, 80,8 euros HT, la requérante n'est pas susceptible d'avoir été lésée par cette irrégularité.

10. S'agissant du prix unitaire 6.F, la simulation portait sur la fourniture de 500 chemises à rabat. Dans le BS, la requérante a valorisé la prestation d'impression de cette quantité à 438 euros, alors que, dans le BPU, sa valeur est de 607 euros. La région Grand Est était donc fondée à corriger cette erreur de report commise par la requérante.

11. S'agissant, enfin, des autres postes de la simulation, les rectifications opérées par la région Grand Est ont porté exclusivement sur les prix de livraison. La requérante ne conteste pas qu'aucune d'entre eux ne correspondait aux prix de livraison figurant dans son BPU, mais fait valoir que, ces derniers étaient, compte tenu des différents modes de livraison envisageables en fonction des quantités à livrer et du nombre de points de livraison, inadaptés à une commande déterminée, et qu'elle a, en conséquence, appliqué son propre barème tarifaire pour renseigner le BS. Toutefois, alors qu'elle reconnaît ainsi avoir elle-même méconnu les dispositions du règlement de la consultation, elle n'est pas fondée à soutenir que la région Grand Est a manqué à ses obligations en rectifiant son BS pour le rendre conforme à ces dispositions.

12. En deuxième lieu, la requérante ne peut pas sérieusement soutenir que la région Grand Est l'a contrainte à accepter la rectification en litige, alors qu'il était loisible à cette dernière de ne pas y procéder et d'éliminer son offre comme non conforme aux dispositions du règlement de la consultation.

13. En second lieu, si la requérante fait valoir que le choix d'un attributaire extérieur à la région et situé à une distance de 600 à 900 kilomètres des points de livraison n'est pas cohérent avec les engagements en faveur d'un achat socialement et écologiquement durable et responsable mentionnés à l'article 8 du cahier des clauses techniques particulières, elle n'indique pas en quoi ces considérations pouvaient, au regard des critères de jugement des offres, qui n'y font pas expressément référence, exercer une influence sur ce jugement. En outre, elle ne produit même pas ledit cahier des clauses techniques particulières. En l'absence de ces précisions et de cet élément, le juge des référés n'est pas à même d'apprécier le bien-fondé de son moyen.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Groupe Morault Est-Imprimerie sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Groupe Morault Est-Imprimerie, partie perdante à la présente instance, la somme de 3 000 euros à verser à la région Grand Est en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1 : Les requêtes susvisées, nos 2307389, 2307481 et 2307422, sont rejetées.

Article 2 : La société Groupe Morault Est-Imprimerie versera à la région Grand Est la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Groupe Morault Est-Imprimerie, à la région Grand Est et à l'imprimerie Rochelaise.

Fait à Strasbourg, le 24 octobre 2023.

Le juge des référés,

P. Rees

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour copie conforme,

Le greffier,

Nos 2307389, 2307481 et 230742ss

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