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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307436

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307436

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 21 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant le temps de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- son signataire était incompétent ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

- son signataire était incompétent ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 17 novembre 2023 le rapport de M. B, magistrat-désigné :.

- les observations de Me Carraud, substituant Me Berry, pour M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- la préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien, déclare être entré en France le 13 mars 2022 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 août 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 31 janvier 2023. Par des décisions du 21 septembre 2023, prises sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai. M. C demande au tribunal administratif d'annuler ces décisions.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Par un arrêté du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être éloigné doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve désormais en France, notamment au regard de l'aide et du soutien qu'il apporte à sa mère qui souffre de la maladie de Basedow, de vitiligo et d'hypertension artérielle. S'il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de Mme C, mère du requérant, nécessite un suivi médical régulier, notamment en ophtalmologie et endocrinologie et par la prescription, entre autres, de Thyrozol et de Lévothyrox, il ressort d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 10 novembre 2022 et produit par la préfète en défense qu'elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Si le requérant soutient que les défaillances du système de santé en Géorgie empêcheraient sa mère de poursuivre son traitement médical en cas de retour, la seule production d'un rapport établi par l'organisation suisse d'aide aux réfugiés le 30 juin 2020, ainsi que de rapports généraux sur l'état du système de santé en Géorgie, ne suffit pas à établir que Mme C ne pourrait se voir administrer les médicaments susvisés en Géorgie. Enfin, la préfète produit en défense des décisions du 21 septembre 2023 par lesquelles elle a rejeté la demande formulée par Mme C tendant à obtenir un titre de séjour pour son état de santé et l'obligeant à quitter le territoire français. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à ce que M. C, qui est majeur, célibataire et sans enfant à charge, qui n'était présent sur le territoire français que depuis un an et six mois à la date d'édiction de la décision en litige et qui ne démontre pas avoir noué des liens privés ou familiaux d'une particulière intensité durant cette période, de reconstituer la cellule familiale qu'il forme avec sa mère en Géorgie. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations susvisées ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants "

9. Le requérant, qui se borne à soutenir qu'il encourt un risque pour sa vie en cas de retour en Géorgie où il craint être poursuivi par un individu avec lequel il a eu une altercation, n'apporte aucune précision utile à l'appui de ses allégations alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des dispositions et stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Berry et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. B

Le greffier,

J.F Lienhart

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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