jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2307463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, la SARL Axis Habitat, représentée par Me Cereja, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le maire d'Habsheim a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de vingt-trois logements et un établissement recevant du public sur un terrain situé 80-82 rue du général De Gaulle ;
2°) d'annuler la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète de la région Grand-Est a confirmé l'avis conforme défavorable émis le 21 avril 2023 par l'architecte des bâtiments de France ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est de délivrer un accord sur sa demande de permis de construire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour retard ;
4°) d'enjoindre au maire de la commune d'Habsheim de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune d'Habsheim une somme de 3 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 14 septembre 2023 de la préfète de la Région Grand-Est est insuffisamment motivée, n'indiquant notamment pas que les travaux projetés sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords, en méconnaissance de l'article L. 621-32 du code du patrimoine ;
- la préfète comme l'architecte des bâtiments de France ont commis une erreur d'appréciation en estimant que le projet était de nature à porter atteinte la protection et la mise en valeur du monument historique " Rothüs " ;
- la décision de la préfète étant illégale, elle ne liait pas la commune, et l'arrêté du maire du 4 mai 2023 est ainsi illégal par voie de conséquence ;
- c'est à tort que la commune a estimé que le projet méconnaissait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- le maire ne pouvait légalement lui opposer le motif tiré de l'incomplétude de son dossier de demande.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, la commune d'Habsheim, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Axis Habitat au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision de la préfète du Grand-Est en date du 14 septembre 2023, qui n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir, sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la SARL Axis Habitat ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la préfète de la région Grand-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public ;
- les observations de Me Vilchez, avocat de la commune d'Habsheim.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 27 mars 2023, la SARL Axis Habitat a sollicité la délivrance d'un permis de construire en vue d'édifier un bâtiment comportant 23 logements et un établissement recevant du public d'une surface de plancher totale de 1 879,93 m² sur un terrain sis 80-82 rue du Général de Gaulle à Habsheim. Cette demande a donné lieu, le 21 avril 2023, à un avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France. Par un arrêté du 4 mai 2023, le maire d'Habsheim a refusé de délivrer le permis sollicité par la société. Le 22 juin 2023, la SARL Axis Habitat a présenté un recours administratif préalable auprès de la préfète de la région Grand Est, qui l'a rejeté le 14 septembre 2023. La société demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que l'arrêté du maire d'Habsheim du 4 mai 2023.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Habsheim :
2. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. / La protection au titre des abords s'applique à toute partie non protégée au titre des monuments historiques d'un immeuble partiellement protégé. / La protection au titre des abords n'est pas applicable aux immeubles ou parties d'immeubles protégés au titre des monuments historiques ou situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application des articles L. 631-1 et L. 631-2. / Les servitudes d'utilité publique instituées en application de l'article L. 341-1 du code de l'environnement ne sont pas applicables aux immeubles protégés au titre des abords ". Selon l'article L. 621-32 de ce code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". L'article L. 632-2 dudit code prévoit : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Il tient compte des objectifs nationaux de développement de l'exploitation des énergies renouvelables et de rénovation énergétique des bâtiments définis à l'article L. 100-4 du code de l'énergie. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / Le permis de construire, le permis de démolir () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. / En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France, cet accord est réputé donné. () III. - Un recours peut être exercé par le demandeur à l'occasion du refus d'autorisation de travaux. Il est alors adressé à l'autorité administrative, qui statue () ". Aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () ".
3. Enfin, aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas () de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification () du refus. () / Le préfet de région adresse notification de la demande dont il est saisi au maire s'il n'est pas l'autorité compétente, et à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme. / Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. / Si le préfet de région infirme le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme statue à nouveau dans le délai d'un mois suivant la réception de la décision du préfet de région ".
4. Il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire doit, avant de former un recours pour excès de pouvoir contre un refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit et faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région d'une contestation de cet avis.
5. L'ouverture d'un tel recours administratif n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, dont la régularité et le bien-fondé, de même que ceux, le cas échéant, de la décision du préfet de région qui s'y substitue, ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus du permis de construire et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir.
6. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète de la région Grand-Est a confirmé l'avis de l'architecte des bâtiments de France en date du 21 avril 2023, auquel elle s'est substituée, ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui les assortissent, sont irrecevables et qu'il y a ainsi lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée par la commune.
Sur la légalité de l'arrêté du 4 mai 2023 portant refus de permis de construire :
7. La commune d'Habsheim a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par la SARL Axis Habitat pour les motifs tirés de ce que l'architecte des bâtiments de France n'a pas donné son accord au projet du pétitionnaire, de ce que ce projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et en raison de l'incomplétude du dossier de demande.
8. En premier lieu, les dispositions précitées de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, prévoient que l'avis de la préfète de région se substitue à celui de l'architecte des Bâtiments de France. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la SARL Axis Habitat étant situé dans le périmètre de l'ancien Hôtel de ville d'Habsheim, le " Rothüs ", immeuble protégé au titre des monuments historiques, l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France a été sollicité, lequel a émis un avis défavorable le 21 avril 2023. La société a saisi la préfète de la région Grand Est en application de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, qui a elle-même émis, le 14 septembre 2023, un avis défavorable qui s'est substitué à celui de l'architecte des bâtiments de France. Par suite, la société requérante ne peut utilement invoquer l'illégalité de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France pour demander l'annulation de la décision litigieuse.
9. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions du code du patrimoine citées au point 2 que l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, ou le cas échéant du préfet de région, statuant au titre des dispositions précitées ne peut être donné qu'à la suite de l'examen des atteintes que la construction projetée est susceptible de porter aux édifices classés ou inscrits dans le champ de visibilité desquels elle est envisagée.
10. En l'espèce, pour confirmer le refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France sur la demande présentée la société Axis, la préfète de la région Grand-Est a retenu dans sa décision, dont l'illégalité est invoquée par voie d'exception, que le projet litigieux est situé à moins de 100 mètre du monument historique protégé du " Rothüs " datant de 1578, qu'il implique la démolition de bâtiments qui forment avec ce monument historique un ensemble cohérent et que les constructions projetées sont susceptibles de nuire à la conservation ou la mise en valeur de ce site patrimonial protégé. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que le soutient la société requérante, que le projet de construction en litige présente, sur sa partie donnant sur la rue du général de Gaulle, une architecture et une volumétrie qui s'inscrivent en harmonie avec le bâti environnant, dont il reprend les codes esthétiques, avec notamment des linteaux en anse de panier afin de démarquer le soubassement du bâtiment, ainsi que des creux et des balcons afin de créer des redans. De même, le projet prévoit l'utilisation de matériaux et de couleurs caractéristiques des constructions avoisinantes, permettant une insertion suffisamment harmonieuse du projet dans ce paysage urbain. En outre, s'il ressort du dossier que l'emprise du projet, qui présente une superficie de 1 879,93 m², et sa densité, sont importantes, il est néanmoins constant que cela n'altère nullement la perspective monumentale de la rue du général de Gaulle, l'essentiel des éléments de construction étant implantés à l'arrière des façades donnant sur cette rue et n'étant pas visibles depuis cette dernière. Par ailleurs, si le projet implique la démolition de deux bâtiments donnant sur la rue du général de Gaulle, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et n'est pas allégué en défense, que ces bâtiments feraient l'objet d'une protection particulière ni même qu'ils présenteraient un intérêt patrimonial ou architectural propres. Enfin, il ressort des documents photographiques versés à l'instance que plusieurs bâtiments de facture contemporaine et en rupture très nette avec le bâti environnant, dont une agence bancaire, se situent à proximité immédiate du terrain d'assiette, dans la même rue et en situation de co-visibilité avec le monument historique. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces éléments, le projet n'apparait pas en rupture avec les abords du " Rothüs " et n'est ainsi pas de nature à porter atteinte à ce monument historique. Il s'ensuit que le moyen de la SARL Axis Habitat, soulevé par la voie de l'exception, et tiré de ce que la préfète de la région Grand-Est a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 632-2 du code du patrimoine en refusant de donner son accord à son projet, doit être accueilli.
11. Ce refus étant illégal, il ne s'imposait pas au maire de la commune d'Habsheim. Par suite, le premier motif opposé à la SARL Axis Habitat dans l'arrêté attaqué, et selon lequel le maire était en situation de compétence liée pour refuser la demande, est erroné en droit.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
13. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit, que le paysage urbain aux alentours du terrain d'assiette du projet est marqué par une hétérogénéité des constructions présentes, la trame bâtie alternant entre immeubles traditionnels et constructions contemporaines s'inscrivant en nette rupture esthétique et volumétrique. En outre, comme indiqué au point 10, eu égard à son architecture et aux matériaux employés, le projet litigieux s'insère harmonieusement dans son environnement et n'apparait ainsi pas de nature à porter atteinte à ce paysage urbain ni à altérer la perspective monumentale présentée par la rue du général de Gaulle. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire d'Habsheim a opposé à la délivrance du permis sollicité la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-22 : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur () la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité compétente pour instruire la demande, si elle s'estime insuffisamment informée, non de rejeter celle-ci, mais de demander au pétitionnaire de compléter son dossier, lequel, à défaut de notification de pièce manquante adressée par le service instructeur, est réputé complet un mois après son dépôt en vertu de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme.
15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le maire d'Habsheim s'est fondé, pour refuser d'autoriser le projet du pétitionnaire, sur un troisième et dernier motif tiré de l'absence, dans le dossier de demande de permis de construire, de plusieurs pièces, notamment des plans de coupe, des plans des façades et des toitures, un document d'insertion ou encore un plan intérieur du bâtiment. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le service instructeur de la commune d'Habsheim aurait adressé au pétitionnaire une demande de production des pièces manquantes dans les conditions prévues à l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme, de sorte que le dossier de demande de permis de construire était réputé complet à l'issue de ce délai en application du même article. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est fait état d'aucune norme d'urbanisme méconnue, la société requérante est fondée à soutenir que le caractère incomplet de son dossier ne pouvait légalement justifier une décision de refus de permis de construire.
16. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des motifs de refus opposés par le maire d'Habsheim à la demande de permis de construire de la SARL Axis Habitat sont illégaux. Par voie de conséquence, la société est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2023.
17. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît en l'état de l'instruction susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
18. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution/ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Lorsque l'exécution d'un jugement ou d'un arrêt implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement ou de cet arrêt, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire à l'autorité compétente.
19. Aux termes l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ". Par ailleurs, aux termes de l'article de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Les dispositions introduites au deuxième alinéa de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision.
20. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou s'il s'en saisit d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article
L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
21. Il résulte de ce qui précède que les motifs de refus de délivrance du permis en cause sont illégaux. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions applicables à la date de la décision s'opposeraient à la délivrance du permis ou qu'un changement de la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune d'Habsheim de délivrer le permis de construire sollicité par la société Axis Habitat, dans un délai maximal de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
22. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune d'Habsheim, d'une part, et de l'Etat, d'autre part, le paiement chacun de la somme de 1 000 euros à la SARL Axis Habitat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune d'Habsheim demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 4 mai 2023 du maire d'Habsheim est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Habsheim de délivrer à la SARL Axis Habitat le permis de construire sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Habsheim et l'Etat verseront chacun une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune d'Habsheim au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Axis Habitat, à la commune d'Habsheim et à la préfète de la région Grand-Est.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Malgras, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LUSSET
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026