jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2307665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | WEISS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, M. E et Mme F, représentés par Me Weiss, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2023 refusant l'autorisation d'instruire en famille leur fille D ;
2°) d'annuler la décision de la commission académique de Strasbourg du 21 août 2023, portant refus d'autoriser à instruire l'enfant D E en famille pour l'année scolaire 2023-2024 ;
3°) d'enjoindre au recteur de l'académie du Haut-Rhin de leur délivrer une autorisation d'instruction en famille pour D E pour l'année scolaire 2023-2024, à défaut enjoindre au recteur de l'académie du Haut-Rhin de procéder au réexamen de la situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision en litige est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- il n'est pas justifié de la régularité de la composition de la commission académique ayant statué le 21 août 2023, ni de la composition effective de la commission le jour de la décision ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- ils démontrent l'existence d'une situation propre de leur enfant ;
- le projet pédagogique annexé à leur demande est détaillé et complet ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'ils remplissent les conditions légales pour obtenir l'autorisation sollicitée et que la loi n'exige pas qu'ils démontrent, en outre qu'une scolarité en établissement serait de nature à nuire à la continuité des apprentissages de l'enfant et serait contraire à son intérêt supérieur.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2023, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Merri, première conseillère ;
- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public ;
- et les observations de M. C, représentant le recteur de l'académie de Strabourg.
Considérant ce qui suit :
1. M. E et Mme F ont sollicité l'autorisation d'instruire D, née le 15 décembre 2019, en famille. Par une décision du 4 juillet 2023, la secrétaire générale de l'académie de Strasbourg leur a opposé un refus. M. E et Mme F demandent au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que la décision du 21 août 2023 par laquelle la commission de l'académie du Haut-Rhin a rejeté le recours administratif préalable qu'ils ont formé à son encontre.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ". Aux termes de l'article D. 131-11-13 du même code : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article D. 131-11-10 ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de l'académie du Haut-Rhin du 21 juillet 2023 est intervenue sur recours administratif préalable obligatoire. Elle s'est donc substituée à celle de la secrétaire générale du rectorat du 4 juillet 2023.
4. D'autre part, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
5. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation des requérants doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de l'académie du Haut-Rhin du 21 août 2023.
Sur la légalité de la décision de la commission académique :
6. En premier lieu, aux termes de l'article D. 131-11-11 du code de l'éducation : " La commission est présidée par le recteur d'académie ou son représentant. / Elle comprend en outre quatre membres : / 1° Un inspecteur de l'éducation nationale ; / 2° Un inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional ; / 3° Un médecin de l'éducation nationale ; / 4° Un conseiller technique de service social. / Ces membres sont nommés pour deux ans par le recteur d'académie. / Des membres suppléants sont nommés dans les mêmes conditions que les membres titulaires ". Aux termes de l'article D. 131-11-12 du même code : " La commission siège valablement lorsque la majorité de ses membres sont présents. La commission rend sa décision à la majorité des membres présents. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté du recteur de l'académie de Strasbourg du 21 juin 2023, publié au recueil des actes administratifs de la région Grand Est le 23 juin suivant, et fixant la composition de la commission académique, et du procès-verbal de la séance du 21 août 2023 au cours de laquelle a été examiné le recours de Mme F et M. E, que la commission a siégé en présence de quatre de ses cinq membres, régulièrement désignés. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des règles de composition et de quorum prévues par les articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision contestée, qui vise notamment les articles L. 131-5 et L. 131-11-1 du code de l'éducation, indique d'une part que les éléments présentés dans le projet éducatif ne permettent pas d'établir une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif et, d'autre part, qu'aucun des éléments exposés ne permet de retenir qu'une scolarité au sein d'un établissement scolaire serait de nature à nuire à la continuité des apprentissages de l'élève et serait contraire à son intérêt supérieur. La décision comporte ainsi un énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, la décision est conforme aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille () ".
10. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
11. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.
12. D'une part, il résulte de ce qui précède que le premier des deux motifs retenus par la commission, tiré de l'absence de justification d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, se rapporte à l'une des conditions auxquelles l'article L. 131-5 du code de l'éducation subordonne la délivrance de l'autorisation d'instruction dans la famille. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il leur appartenait de justifier de l'existence d'une telle situation propre pour leur fille D. En retenant que M. E et Mme F ne démontraient pas qu'une scolarité en établissement serait de nature à nuire à la continuité des apprentissages de l'enfant et serait contraire à son intérêt supérieur, la commission n'a donc pas ajouté de critères supplémentaires à ceux prévus par les dispositions précitées et n'a ainsi entaché sa décision d'aucune erreur de droit.
13. D'autre part, les requérants font valoir que l'existence d'une situation propre à leur enfant est caractérisée par le développement psychomoteur très avancé de celle-ci, ainsi qu'un rythme de sommeil décalé, éléments qui selon eux pourraient compromettre une scolarité en établissement dès ses trois ans et mériteraient une scolarisation progressive. Ils évoquent également la circonstance que leur fille aurait été victime de malaises à plusieurs reprises, dont les origines sont en cours de diagnostic. Toutefois, alors qu'ils n'ont pas fait état de ce dernier élément dans le projet éducatif présenté à l'appui de leur demande, et que le recteur conteste leurs affirmations à ce sujet, ils n'apportent aucun élément pour les étayer. Dans ces conditions, et alors que la simple volonté des parents de mettre en œuvre des pédagogies tournées vers l'épanouissement et la réalisation personnelle de l'enfant, objectifs du reste également poursuivis par les établissements scolaires, ne saurait, au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation précité, suffire à justifier une demande d'autorisation d'instruction dans la famille sur le fondement du 4° de cet article, la commission n'a pas commis d'erreur d'appréciation en se fondant sur l'absence de justification d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif.
14. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet éducatif présenté par M. E et Mme F est motivé par la nécessité de respecter le rythme biologique de l'enfant, à savoir notamment un besoin de sommeil en matinée, auquel ferait obstacle la distance de 40 kilomètres séparant le domicile de l'enfant de l'établissement scolaire, ainsi qu'un besoin de mouvements en extérieur lui permettant de " renforcer son agilité ". Par ailleurs, le projet éducatif met en évidence le besoin de l'enfant de coopérer et échanger avec des personnes de tous âges. Toutefois, et alors que la scolarisation dans un établissement éloigné du domicile ne relève que du choix des parents de l'élève, ces considérations ne sont pas de nature à démontrer l'existence d'une situation propre à cette enfant motivant le projet pédagogique ni, par conséquent, que l'instruction en famille serait plus conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant qu'une scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision en litige ne serait pas conforme à l'intérêt de leur fille.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. E et Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme B F et au recteur de l'académie de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
D. MERRI Le président,
P. REES
La greffière,
S. SIAMEY
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026