vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2307788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PIALAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 2, 4 et 8 novembre 2023, M. E F, représenté par Me Pialat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, en application de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- l'interdiction judiciaire de retour sur le territoire français a cessé de produire ses effets ;
- l'administration devait au préalable se prononcer sur sa demande de titre de séjour ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 à L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Eymaron en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée ;
- les observations de Pialat, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Il insiste en particulier sur les moyens tirés de ce que l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de trois ans a cessé de produire ses effets et de ce que la demande de titre de séjour de M. F aurait dû être examinée au préalable. Il insiste également sur les liens familiaux dont justifie M. F sur le territoire français ;
- les observations de M. F.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article R. 776-22 du code de justice administrative : " L'étranger peut, au plus tard avant le début de l'audience, demander qu'un avocat soit désigné d'office. Il en est informé par le greffe du tribunal au moment de l'introduction de sa requête. / Quand l'étranger a demandé qu'un avocat soit désigné d'office, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné en informe aussitôt le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal de grande instance dans le ressort duquel se tiendra l'audience. Le bâtonnier effectue la désignation sans délai. ". Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
2. M. F bénéficie de l'assistance d'un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal judiciaire de Strasbourg dans les conditions prévues par l'article R. 776-22 du code de justice administrative. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement, de M. G, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, de M. B, chef du service de l'immigration et de l'intégration, de Mme C, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, de Mme D, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement et de M. A, chargé du contentieux, à Mme H I, chargée de mission " ordre public ", à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G, M. B, Mme C, Mme D et M. A n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme I, signataire de la décision attaquée, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / () ". Par ailleurs, l'article 708 du code de procédure pénale dispose que : " L'exécution de la ou des peines prononcées à la requête du ministère public a lieu lorsque la décision est devenue définitive. / Toutefois, le délai d'appel accordé au procureur général par les articles 505 et 548 ne fait point obstacle à l'exécution de la peine, quelle que soit sa nature. / () ". Enfin, aux termes de l'article 498-1 du même code : " Pour un jugement de condamnation à une peine d'emprisonnement ferme ou à une peine d'emprisonnement assortie d'un sursis partiel, rendu dans les conditions prévues à l'article 410 et qui n'a pas été signifié à personne, le délai d'appel ne court à compter de la signification du jugement faite à domicile, à étude d'huissier de justice ou à parquet que sous réserve des dispositions du deuxième alinéa. Le jugement est exécutoire à l'expiration de ce délai. / S'il ne résulte pas soit de l'avis constatant la remise de la lettre recommandée ou du récépissé prévus aux articles 557 et 558, soit d'un acte d'exécution quelconque ou de l'avis donné conformément à l'article 560, que le prévenu a eu connaissance de la signification, l'appel, tant en ce qui concerne les intérêts civils que la condamnation pénale, reste recevable jusqu'à l'expiration des délais de prescription de la peine, le délai d'appel courant à compter de la date à laquelle le prévenu a eu connaissance de la condamnation () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. F a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 26 novembre 2019, à une peine d'emprisonnement de trois mois, sans sursis, et à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans. Ce jugement précise que M. F n'a pas comparu et que le jugement lui sera signifié en application du deuxième alinéa de l'article 410 du code de procédure pénale. Cette signification, qui, en vertu des dispositions précitées de l'article 498-1 du code de procédure pénale s'imposaient s'agissant d'un jugement de condamnation à une peine d'emprisonnement ferme pour faire courir le délai d'appel, a été réalisée le 3 février 2022, ainsi que cela ressort des mentions non sérieusement contestées figurant dans l'arrêt de la cour d'appel de Colmar du 6 septembre 2023. A cet égard est sans incidence la circonstance que M. F ait pu antérieurement avoir connaissance de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre dans le cadre de ses démarches en vue d'obtenir un titre de séjour. A la suite de la signification qui lui en a été faite, M. F a ainsi, le 3 février 2022, formé appel contre le jugement du 26 novembre 2019 qui a été confirmé par l'arrêt précité de la cour d'appel de Colmar du 6 septembre 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que M. F se serait pourvu en cassation. Dans ces conditions, et dès lors que le jugement du 26 novembre 2019 n'est que récemment devenu définitif, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée ne pouvait être prise à son encontre au motif que la peine d'interdiction du territoire français d'une durée de trois ans avait cessé de produire ses effets. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
6. M. F soutient que la décision attaquée ne pouvait être prononcée à son encontre tant que le préfet du Haut-Rhin n'avait pas examiné la demande de titre de séjour dont il l'a saisi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le 5 avril 2023, le préfet du Haut-Rhin a indiqué à M. F qu'il ne pouvait donner une suite favorable à sa demande de titre de séjour en raison de la menace à l'ordre public qu'il représente. Quant à l'autorisation provisoire de séjour accordée à M. F, il ressort des termes de la décision de refus de séjour du 5 avril 2023 que celle-ci n'est délivrée que le temps nécessaire à l'examen du recours formé par M. l'intéressé à l'encontre du jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 26 novembre 2019. Dans ces circonstances, et alors qu'est sans incidence la circonstance que M. F ait de nouveau sollicité la prolongation de son autorisation provisoire de séjour, il ne peut être fait grief au préfet du Haut-Rhin de ne pas avoir au préalable examiné la demande de titre de séjour déposée par le requérant. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait, pour ce motif, entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent, le fait que M. F ait présenté, en août 2023, une demande de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour dont il bénéficiait le temps nécessaire au seul examen de son appel par la cour d'appel de Colmar est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière est entachée d'une erreur de fait à cet égard doit être écarté.
8. En dernier lieu, aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution sauf à solliciter du ministère public la levée de ses réquisitions aux fins d'exécution, spécialement au cas où le renvoi exposerait l'étranger à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en résulte que dans le cas où un étranger fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal, le préfet est tenu de rejeter la demande de titre de séjour présentée par cet étranger.
9. Il est constant que les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale du requérant résultent en l'espèce, non de l'arrêté en litige, mais de l'interdiction judiciaire du territoire dont il est l'objet et qui, ainsi qu'il a été indiqué, n'a pas cessé de produire ses effets. Par suite, et alors que le requérant n'établit pas, ni même n'allègue avoir été relevé de la peine complémentaire ainsi prononcée à son encontre par le juge pénal, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 à L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés comme inopérants. Pour les mêmes motifs, M. F ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision attaquée serait à cet égard entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu d'admettre M. F, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
La magistrate désignée,
A.-L. Eymaron La greffière,
L. Cherif
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. Cherif
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026