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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307815

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307815

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOINSIGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 2 et 9 novembre 2023, M. B C, retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), représenté par Me Poinsignon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Eymaron en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée ;

- les observations de Me Poinsignon, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C, assisté de M. D, interprète en langue arabe.

Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié le 10 octobre 2023 jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné compétence à Mme E A à l'effet de signer, lors des permanences qu'elle assure, toutes les mesures d'éloignement prises à l'encontre des ressortissants étrangers en situation irrégulière prévues au livre cinquième du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exception de certaines décisions dont ne relèvent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme A, signataire de l'arrêté en litige, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.

5. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la circonstance, à la supposer établie, que la décision attaquée lui aurait été notifiée dans une langue qu'il ne comprend pas, ne peut être utilement invoquée Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des pièces du dossier que, préalablement au prononcé de l'acte attaqué, M. C a été mis en mesure de présenter toute observation qu'il jugeait utile sur sa situation et notamment sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; (). ".

8. Si M. C se prévaut de ce qu'il est présent en France depuis l'âge de onze et qu'il y réside depuis habituellement, les éléments versés au dossier ne permettent pas de tenir pour établies de telles allégations. En particulier, la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits commis entre 2009 et 2022 ne peut suffire à attester de ce qu'il aurait résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, et ce alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été, durant la période considérée, éloigné à deux reprises, les 4 décembre 2019 et 26 octobre 2022, vers l'Algérie. Est sans incidence à cet égard la circonstance que de tels renvois vers son pays d'origine seraient intervenus indépendamment de sa volonté. Par suite, M. C n'est fondé à soutenir ni que la décision méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 611-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle est entachée d'un défaut d'examen.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C, ressortissant algérien, se prévaut de ce qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en chaudronnerie et de ce qu'il est en concubinage depuis 2013. Toutefois, il n'apporte aucun élément susceptible d'établir la réalité de ses allégations. Il ne justifie pas davantage de ce que sa mère résiderait en France ou de ce que sa présence à ses côtés revêtirait un caractère indispensable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Metz du 14 août 2015 pour des faits d'acquisition, détention, transport, offre ou cession non autorisée de stupéfiants ainsi qu'à une peine d'emprisonnement de trente mois par un jugement du tribunal correctionnel de Metz du 16 octobre 2017 pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, peine assortie d'une interdiction de détenir ou de porter une arme. M. C est, en outre, défavorablement connu des services de police pour plusieurs faits commis entre 2009 et 2022, parmi lesquels, notamment, des faits de viol, menace de mort à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, violation de domicile et vol. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Moselle s'est fondé sur la circonstance qu'il n'avait entrepris aucune démarche en vue d'obtenir un titre de séjour et qu'il ne justifiait pas de garanties de représentation suffisantes. M. C n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause de tels motifs qui permettent de tenir pour établi le risque de fuite. Dans ces circonstances, et eu égard à ce qui a été indiqué au point 10 du présent jugement quant à la menace pour l'ordre public résultant du comportement de M. C, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle ne pouvait pas refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En second lieu, M. C n'apporte aucun élément susceptible de démontrer qu'un renvoi en Algérie l'expose à un risque de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Poinsignon et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 10 novembre 2023.

La magistrate désignée,

A.-L. Eymaron La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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