Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Kling, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite de refus de titre de séjour née du silence de la préfète du Bas-Rhin sur sa demande de titre de séjour du 13 mars 2023 ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
la décision attaquée méconnaît l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.
Elle soutient que la demande est en cours d’examen et qu’aucun refus n’a été opposé à la demande de titre de séjour de Mme B....
Par une décision du 3 février 2025, la section administrative du bureau d’aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d’aide juridictionnelle de Mme B....
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Dobry,
et les observations de Me Kling, avocate de Mme B....
Le préfet du Bas-Rhin n’était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante arménienne née le 24 novembre 1984, a sollicité le 13 mars 2023 la délivrance d’un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par la présente requête, elle conteste la décision implicite de rejet de sa demande, qu’elle estime être née du silence de la préfète du Bas-Rhin.
En premier lieu, la requérante, qui ne soutient pas être parent d’un enfant français ni avoir demandé la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au séjour des parents d’enfants français, ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l’encontre de la décision litigieuse.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Il ressort des pièces du dossier que, d’une part, les justificatifs de présence en France produits par la requérante pour les années 2015 et 2016, à savoir quatre documents pour l’année 2015, comportant des mentions erronées sur son identité et celle de son futur époux, et deux documents pour l’année 2016, ne permettent pas d’établir sa présence habituelle en France à compter de l’année 2015. D’autre part, si les justificatifs produits à partir de 2017 sont de nature à établir sa présence depuis lors, ainsi que la naissance en France de ses deux enfants, en 2018 puis 2020, et son mariage avec leur père en 2022, ils ne permettent d’établir ni la situation régulière du père des enfants, ressortissant étranger pour lequel seul un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour est produit, ni la bonne intégration de la famille sur le territoire français. Dans ces conditions, en l’absence notamment de tout élément quant aux liens que la requérante aurait noués sur le territoire français, elle n’est pas fondée à soutenir que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, par suite, être écarté.
En troisième lieu, l’article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
Il est constant que les enfants de la requérante sont âgés de 5 et 2 ans à la date de la décision contestée. En l’absence de tout élément quant à l’effectivité de la scolarisation de l’aînée, à la situation administrative du père des enfants et à ses liens avec eux, la requérante n’établit pas qu’il serait de leur intérêt supérieur de rester en France plutôt que de reconstituer la cellule familiale dans son pays d’origine, où les deux enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de Mme B... aux fins d’annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... épouse C..., au préfet du Bas-Rhin et à Me Kling. Copie en sera adressée au ministre d’État, ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
T. GROS
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,