mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308010 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PRENI IRIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2023, et un mémoire enregistré le 14 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Preni, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français, refusé un délai de départ volontaire, fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen ;
- le risque de fuite n'est pas allégué et il présente des garanties suffisantes de représentation ;
- la préfète a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 3 ;
- elle entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Laurent Boutot en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2023 :
- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;
- les observations de Me Preni, représentant M. C, assisté de Mme B, interprète en langue albanaise, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que l'état de santé du requérant s'est détérioré depuis l'opération qu'il a subie.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
1. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, signataire de la décision contestée, était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 20 septembre 2023 régulièrement publié.
2. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.
3. En troisième lieu, M. C invoque un défaut d'examen particulier, au motif que la préfète du Bas-Rhin, qui a mentionné un avis du collège des médecins de l'OFII du 4 février 2022, n'aurait pas pris en compte son état de santé à la date de sa décision. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les certificats médicaux produits (en date des 8 mars 2022, 1er juillet 2022, 8 septembre 2022, 4 août 2022 et 13 novembre 2023) mentionnent de façon constante une spondylo-arthrite ankylosante, nécessitant un traitement sous immunodépresseur, et ne permettent pas de constater que l'état de santé du requérant serait significativement dégradé depuis la date de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le moyen doit être écarté.
4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 7 novembre 2023, M. C a été entendu par les services de police et a été mis à même, à cette occasion, de faire valoir ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Le moyen doit être écarté.
5. En cinquième lieu, le requérant, qui ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être regardé comme invoquant la méconnaissance de l'article L. 611-3 du même code, qui dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". En l'espèce, dans un avis émis le 4 février 2022, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les certificats médicaux produits, qui décrivent sa pathologie et les traitements prescrits, ne contiennent pas d'éléments susceptibles de remettre en cause ces appréciations. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
6. En sixième lieu, M. C invoque la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, su durée de présence depuis 2021 demeure récente, son épouse, également présente en France, ne justifie d'aucun droit au séjour après le rejet de sa demande d'asile, et si le requérant soutient être isolé dans son pays d'origine, il ne l'établit pas. Le requérant, dépourvu de ressources propres et de logement autonome, ne justifie d'aucune intégration particulière. Il n'est pas non plus établi que la scolarisation de son fils ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine. Le moyen doit être écarté.
7. En septième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français.
Sur le délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire ; () 5° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".
9. En premier lieu, il ne résulte d'aucun des termes de la décision contestée que celle-serait entachée d'un défaut d'examen.
10. En deuxième lieu, pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur son entrée et son maintien irréguliers en France ainsi que sur l'absence de garanties suffisantes de représentation. M. C, qui ne conteste pas le premier de ces motifs, soutient qu'il disposait de telles garanties. Toutefois, en se bornant à produire l'historique de ses prises en charge dans des structures d'hébergement d'urgence, il ne justifie d'aucune résidence effective et permanente au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation, ne sont assortis d'aucun élément et doivent dès lors être écartés.
12. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 7 novembre 2023, M. C a été entendu par les services de police et a été mis à même, à cette occasion, de faire valoir ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Le moyen doit être écarté.
13. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier la portée et doit être écarté.
14. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France en août 2021, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, et que sa compagne fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. M. C ne justifie d'aucune intégration particulière et il ne soutient pas être établi dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En septième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision d'obligation de quitter le territoire français.
16. En huitième lieu, les problèmes de santé allégués ne sont pas établis et la scolarisation de son fils est sans incidence. Par suite, et pour les mêmes motifs qu'au point 3, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
18. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée, la circonstance que la préfète du Bas-Rhin n'ait pas fait mention de la condition relative à l'ordre public ne caractérisant pas une insuffisance de motivation.
19. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 14, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
20. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucun élément et doit être écarté.
21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 5, les éléments tirés de l'état de santé du requérant ne sauraient suffire à caractériser une circonstance humanitaire ou une erreur manifeste d'appréciation.
22. Il résulte de ce qui précède qu'eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé, qui ne justifie d'aucun lien particulier avec la France, il n'est pas établi qu'en fixant à un an la durée de son interdiction de retour, la préfète du Bas-Rhin aurait pris une décision disproportionnée ou commis une erreur manifeste d'appréciation.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2023. Par voie de conséquence, tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
L. Boutot
La greffière,
S. Soltani
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Soltani
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026