jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308051 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 10 novembre 2023, 21 février 2024, 15 avril 2024, 29 avril 2024 et 11 juin 2024, M. B A et la SCEA A, représentés par la Selarl Dôme Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le maire de la commune d'Eckwersheim a délivré à la société Delt'aménagement un permis d'aménager portant sur la réalisation d'un lotissement à vocation résidentielle de 30 lots maximum, pour une surface de plancher maximale de 12 500 mètres carrés, sur un terrain situé rue des Fleurs à Eckwersheim, ainsi que la décision du 12 septembre 2023 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la société Delt'aménagement le versement d'une somme globale de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le dossier de demande de permis d'aménager est entaché d'insuffisances ;
- les dispositions des articles R. 441-5 du code de l'urbanisme et R. 122-2 du code de l'environnement ont été méconnues dès lors que le projet devait faire l'objet d'un examen au cas par cas pour déterminer si une évaluation environnementale était nécessaire ;
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'aucune évaluation environnementale n'a été réalisée et, d'autre part, que la chambre d'agriculture n'a pas été saisie pour avis ;
- les dispositions de l'article 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg ont été méconnues ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à leur égard ;
- les dispositions de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime et de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental du Bas-Rhin ont été méconnues.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2023, 14 mars 2024, 15 avril 2024 et 6 mai 2024, la société Delt'aménagement, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de de 2 500 euros soit mise à la charge de chacun des deux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2024 et 17 mai 2024, la commune d'Eckwersheim, représentée par Me Merkling, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de chacun des deux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Verdin, avocat de M. A et de la SCEA A ;
- les observations de Me Laumin, avocat de la commune d'Eckwersheim,
- et les observations de Me Gillig, avocat de la société Delt'aménagement.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 25 octobre 2022 et complétée le 15 février 2023, la société Delt'aménagement a sollicité la délivrance d'un permis d'aménager portant sur la création d'un lotissement à vocation résidentielle d'un maximum de trente lots, sur un terrain situé rue des Fleurs à Eckwersheim. Par un arrêté du 13 juin 2023, le maire de la commune d'Eckwersheim a délivré le permis d'aménager demandé. M. A et la SCEA A ont, par courrier du 7 août 2023, formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été rejeté par une décision du maire de la commune d'Eckwersheim du 12 septembre 2023. Par la présente requête, M. A et la SCEA A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 ainsi que la décision du 12 septembre 2023.
Sur la légalité de l'arrêté du 13 juin 2023 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". Aux termes de l'article R. 424-5 de ce code : " () Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée () ". Aux termes de l'article A. 424-3 de ce code : " L'arrêté indique, selon les cas () d) Si la décision est assortie de prescriptions () ". L'article A. 424-4 du même code dispose que : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours ". Si les articles L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme prévoient la motivation des prescriptions assortissant la délivrance d'un permis d'aménager, la motivation exigée peut résulter directement du contenu même des prescriptions.
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué précise, en ses articles 11, 15, 16 et 17, que le pétitionnaire devra respecter les prescriptions émises par les différents services consultés et figurant dans les avis qui lui sont annexés. Il n'est pas contesté que ces avis étaient annexés à l'arrêté attaqué. Dès lors que, pour l'application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, la motivation des prescriptions peut résulter de leur contenu même, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une motivation spécifique à cet égard s'imposait, à peine d'irrégularité d'une prescription dont la légalité conditionnerait celle du permis de construire en litige lui-même, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords et indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) La composition et l'organisation du projet, la prise en compte des constructions ou paysages avoisinants, le traitement minéral et végétal des voies et espaces publics et collectifs et les solutions retenues pour le stationnement des véhicules ; / c) L'organisation et l'aménagement des accès au projet ; / d) Le traitement des parties du terrain situées en limite du projet ; / e) Les équipements à usage collectif et notamment ceux liés à la collecte des déchets ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend également : / 1° Un plan de l'état actuel du terrain à aménager et de ses abords faisant apparaître les constructions et les plantations existantes, les équipements publics qui desservent le terrain, ainsi que, dans le cas où la demande ne concerne pas la totalité de l'unité foncière, la partie de celle-ci qui n'est pas incluse dans le projet d'aménagement ; / 2° Un plan coté dans les trois dimensions faisant apparaître la composition d'ensemble du projet et les plantations à conserver ou à créer. ".
5. La circonstance que le dossier de demande de permis d'aménager ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis d'aménager qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. Contrairement à ce qui est soutenu, le dossier de demande de permis d'aménager comporte le formulaire cerfa dûment complété ainsi que plusieurs plans suffisamment précis et lisibles, ayant notamment permis au service instructeur de se prononcer en toute connaissance de cause sur l'état actuel du terrain ainsi que sur la composition d'ensemble et l'organisation du projet. Par suite, le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis d'aménager serait entaché d'insuffisances doit être écarté.
7. En troisième lieu, selon l'article R. 441-5 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis d'aménager comprend en outre, selon les cas : / 1° L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale lorsque le projet relève du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ; (). " Selon l'article R. 122-2 du code de l'environnement : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. () ". La rubrique 39 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement prévoit que " les opérations d'aménagement dont le terrain d'assiette est compris entre 5 et 10 ha, ou dont la surface de plancher au sens de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme ou l'emprise au sol au sens de l'article R. 420-1 du même code est supérieure ou égale à 10 000 m2 " sont soumises à la procédure d'examen au cas par cas.
8. Le projet en litige consiste en une opération d'aménagement dont la surface de plancher maximale autorisée est de 12 500 mètres carrés. Contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 7 octobre 2019, le préfet de la région Grand Est, saisi du projet dans le cadre de la procédure d'examen au cas par cas, a estimé que celui-ci n'avait pas à être soumis à une évaluation environnementale. Par suite, le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis d'aménager serait incomplet au regard des dispositions précitées du code de l'urbanisme, faute de comporter une étude d'impact, doit être écarté.
9. En quatrième lieu, dès lors qu'ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, l'autorité chargée de l'examen au cas par cas a, par décision du 7 octobre 2019, décidé de ne pas soumettre le projet en litige à une étude environnementale, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute de réalisation d'une telle étude d'impact. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes. () Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, une distance d'éloignement inférieure peut être autorisée par l'autorité qui délivre le permis de construire, après avis de la chambre d'agriculture, pour tenir compte des spécificités locales. Une telle dérogation n'est pas possible dans les secteurs où des règles spécifiques ont été fixées en application du deuxième alinéa. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 153.1 du règlement sanitaire départemental du Bas-Rhin : " Présentation du dossier / Toute création, extension ou réaffectation d'un bâtiment d'élevage ou d'engraissement à l'exception des bâtiments d'élevage de lapins et volailles comprenant moins de cinquante animaux de plus trente jours et des bâtiments consacrés à un élevage de type familial doit faire l'objet, de la part du maître d'ouvrage, de l'établissement d'un dossier de déclaration préalable (). ". L'article 153.4 du même règlement sanitaire prévoit, quant à lui, que " () / - les autres élevages, à l'exception des élevages de type familial et de ceux de volailles et de lapins, ne peuvent être implantés à moins de 25 mètres des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers, des zones de loisirs et de tout établissement recevant du public à l'exception des installations de camping à la ferme. (). ".
11. Il résulte de ces dispositions que les règles de distance imposées à l'implantation d'un bâtiment agricole, notamment en vertu de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, sont également applicables, par réciprocité, à la délivrance du permis de construire une habitation située à proximité d'un tel bâtiment agricole. Il appartient ainsi à l'autorité compétente pour accorder le permis de construire un bâtiment à usage d'habitation de vérifier le respect des dispositions législatives ou réglementaires fixant de telles règles de distance, quelle qu'en soit la nature. L'exigence d'éloignement imposée par ces dispositions aux projets de construction à usage d'habitation ne s'applique toutefois qu'à l'égard de bâtiments agricoles régulièrement édifiés et exploités.
12. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article R. 421-19 de ce code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 421-6 de ce code : " Le permis () d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
13. Les requérants soutiennent que la parcelle jouxtant immédiatement le terrain d'assiette du projet en litige accueille une activité d'élevage de bovins et d'ovins et caprins. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette activité d'élevage d'ovins et de bovins aurait fait l'objet des formalités préalables de déclaration, notamment celles prévues par les dispositions précitées de l'article L. 153-1 du règlement sanitaire. A cet égard, la circonstance que le bâtiment désormais dédié à l'élevage d'animaux ait été régulièrement édifié et avait d'ores et déjà une destination agricole, puisqu'il servait au stockage de matériel agricole, ne pouvait dispenser l'exploitant de l'élevage de satisfaire aux exigences de l'article L. 153-1 du règlement sanitaire, une activité d'élevage d'animaux au sein d'une exploitation agricole existante étant soumise à des règles particulières en raison, notamment, des enjeux en terme de salubrité publique dont elle s'accompagne. Par ailleurs, au vu des éléments apportés en défense par la commune, et notamment des photographies versées au dossier, il n'est pas sérieusement contesté que deux des bâtiments servant d'abris aux animaux élevés sur la parcelle jouxtant le terrain d'assiette du projet ont été édifiés sans autorisation d'urbanisme. Il n'est pas davantage sérieusement contesté que le bâtiment édifié en 1998 a fait l'objet d'une extension irrégulière. Dans ces circonstances, il n'est établi ni que les bâtiments servant pour partie d'abris à l'élevage de la SCEA A auraient été régulièrement édifiés ni que l'activité d'élevage de bovins et d'ovins de cette dernière ferait l'objet d'une exploitation régulière dans ces bâtiments. Dès lors, la règle de réciprocité énoncée à l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime n'est pas opposable et la chambre d'agriculture n'avait pas à être saisie pour avis préalablement à la décision attaquée. En tout état de cause, eu égard à la superficie du terrain d'assiette du projet d'aménagement et à la configuration des différents ilots le composant, il n'est pas sérieusement démontré que les futures constructions seront nécessairement édifiées selon les hypothèses d'implantation figurant dans les plans joints au dossier de demande de permis d'aménager et qu'ainsi la distance minimale de 25 mètres entre celles-ci et l'exploitation agricole, distance requise par les dispositions précitées du règlement sanitaire départemental du Bas-Rhin, ne pourrait pas être respectée. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.
14. En sixième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, il ne peut être fait grief au projet en litige de ne pas respecter, au niveau du lot 3, la règle imposant une distance minimale de 25 mètres entre les constructions projetées et les bâtiments abritant les animaux élevés par la SCEA A. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et celles de l'article 153.4 du règlement sanitaire départemental du Bas-Rhin ont été méconnues.
15. En septième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " Conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public / 1. Voirie / Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficiles la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie, de service hivernal ou d'enlèvement des ordures ménagères. () ".
16. Le permis d'aménager, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.
17. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive du projet et du règlement graphique PA10 joints au dossier de demande de permis d'aménager, que la desserte du projet se fera par les rues de l'Ecluse et des Fleurs. Si la desserte via ces deux rues implique d'emprunter des chemins d'exploitation appartenant à l'association foncière d'Eckwersheim, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des photographies et plans versés à l'instance, que ceux-ci ne seraient pas d'ores et déjà ouverts à la circulation publique. En tout état de cause, il ressort des éléments figurant dans la notice descriptive du projet que des protocoles d'accord seront établis entre la société Delt'aménagement et l'association foncière d'Eckwersheim relativement à ces chemins d'exploitation. Ces mêmes protocoles d'accord prévoient également que des transferts de propriété interviendront entre la société pétitionnaire et l'association foncière d'Eckwersheim.
18. D'autre part, et contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, aucun élément du dossier ne permet de démontrer que les conditions de circulation au droit de la voirie interne du futur lotissement, dont la largeur sera comprise entre 6 et 8 mètres, présenteraient des risques particuliers pour les différents usagers qui l'emprunteront. Si le projet en litige prévoit la réalisation d'un total de 116 logements, il n'est cependant pas davantage démontré que les deux voies par lesquelles il sera desservi en ses extrémités Nord et Sud, à savoir la rue des Fleurs et la rue de l'Ecluse, présenteraient des caractéristiques qui feraient obstacle à ce que le trafic supplémentaire induit par ce projet soit absorbé dans des conditions satisfaisantes pour la sécurité publique. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'un emplacement réservé a été prévu par les auteurs du plan local d'urbanisme au niveau de l'intersection entre la rue des Fleurs et la rue du Canal, afin de procéder à l'élargissement de la chaussée, tandis que les chemins d'exploitation situés de part et d'autre du terrain d'assiette du projet seront viabilisés via la pose d'enrobé, ainsi que cela ressort du plan de voirie PA08 joint au dossier de demande. Aucun élément du dossier ne permet de douter du caractère certain de ces futurs travaux.
19. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions précitées de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
21. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Par ailleurs, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
22. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige est pour partie implanté au sein d'une zone identifiée par le plan de prévention des risques d'inondation de l'Eurométropole comme susceptible d'être soumise à une remontée de nappe débordante et non débordante. Il se trouve également pour partie en zone inondable par débordement de cours d'eau, selon le programme d'actions et de prévention des inondations Zorn Aval et Landgraben. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que le permis d'aménager contesté est accordé sous réserve du respect d'un certain nombre de prescriptions destinées à prévenir les risques liés à l'implantation du projet dans un secteur pour partie exposé à des risques de remontée de nappe et d'inondations par débordement de cours d'eau. Outre que le permis d'aménager devra respecter la réglementation définie par le plan de prévention des risques d'inondation de l'Eurométropole de Strasbourg et par le programme d'actions et de préventions des inondations Zorn Aval et Landgraben, il devra ainsi tenir compte des prescriptions émises par la direction départementale des territoires dans son avis favorable du 1er juin 2023, joint à l'arrêté attaqué et définissant notamment des critères d'implantation des futures constructions dans les parties du terrain d'assiette exposées à des risques d'inondation. L'arrêté attaqué précise également, en son article 15, que les prescriptions émises par le service de gestion et prévention des risques environnementaux dans son avis favorable du 17 mai 2023 devront être respectées. Aucun élément du dossier ne permet de démontrer que l'ensemble de ces prescriptions revêtirait un caractère insuffisant et ne permettrait pas de garantir la conformité du projet à la réglementation applicable en matière de sécurité et de salubrité publiques. Il n'est pas davantage démontré qu'elles ne seraient pas en mesure de prévenir les éventuels impacts du projet sur les parcelles situées à proximité de son terrain d'assiette, dont celles de la SCEA A.
23. D'autre part, alors que l'élevage en litige est d'une consistance modeste, les requérants n'apportent aucun élément susceptible d'établir sérieusement la réalité des nuisances qu'ils invoquent. Par leurs seules allégations, ils ne justifient davantage ni de ce que l'activité de broyage de bois réalisée par la SCEA A occasionnerait des nuisances particulières ni de ce que, à supposer celles-ci avérées, il ne pourrait y être remédié par l'édiction de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
24. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à leur égard doivent être écartés.
25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Eckwersheim et de la société Delt'aménagement qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement de la somme que les requérants demandent au titre des frais liés au litige.
27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A et de la SCEA A, sur le fondement de ces mêmes dispositions, le versement, respectivement à la société Delt'aménagement et à la commune d'Eckwersheim, d'une somme globale de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la SCEA A et de M. A est rejetée.
Article 2 : La SCEA A et M. A verseront à la société Delt'aménagement une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La SCEA A et M. A verseront à la commune d'Eckwersheim une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SCEA A, à la société Delt'aménagement et à la commune d'Eckwersheim.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Perabo-Bonnet, première conseillère,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
A.-L. EYMARON
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
H. CHROAT
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026