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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308181

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308181

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MLM (4)
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'une enfant mineure refugiée, dans un délai d'un mois et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans un délai de 48 heures et durant l'instruction, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de refus de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit car elle a déposé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile le 11 octobre 2023 ; en outre, elle est éligible à la délivrance d'un titre de séjour en raison de sa qualité de parente d'une enfant réfugiée dont elle est l'unique représentante légale et dont elle supporte seule la charge ;

- elle est entachée de la méconnaissance du droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du degré de gravité des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le droit d'être entendue ;

- elle a été prise après un défaut d'examen réel et sérieux dans sa situation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, et des pièces communiquées le 7 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir qu'elle a retiré la décision portant obligation de quitter le territoire français et que la requérante peut prétendre à un titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié. Elle lui a délivré une attestation de demande d'asile en procédure normale le 21 novembre 2023.

Par un mémoire, enregistré le 5 décembre 2023, Mme A représentée par Me Elsaesser demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, ou à tout le moins, jusqu'à la délivrance du titre de séjour en qualité de parent d'enfant de réfugié, dans un délai de cinq jours et sous astreinte de cent euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de refus de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision refusant le renouvellement de l'attestation de demande d'asile est entachée d'erreur de droit et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Messe en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de Mme Messe a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, a présenté le 25 février 2022 une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 7 avril 2023. Elle a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par ailleurs, sa fille mineure a été reconnue réfugiée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 3 juillet 2023. Par l'arrêté attaqué en date du 6 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin ne lui a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu :

4. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a retiré le 1er décembre 2023, l'arrêté attaqué du 6 novembre 2023 et a remis à l'intéressée une attestation de demande d'asile en procédure normale le 21 novembre 2023.

5. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de l'arrêté du 6 novembre 2023 et pas davantage sur les conclusions aux fins d'injonction à la délivrance d'une attestation de demande d'asile.

6. Eu égard à ce que qui précède, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes que la requérante et son avocate demandent en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation et en injonction de la requête de Mme A.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023 .

La magistrate désignée,

M.L. MESSE

La greffière,

D. HIRSCHNER

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

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