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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308224

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308224

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantWASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 9 et 22 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Wassermann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une période de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, à défaut, dans ce même délai, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas démontré que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est réuni dans les conditions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnait son droit à la vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour, méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Lors de l'audience du 23 novembre 2023, M. B a également soutenu que l'arrêté était entaché d'un défaut d'examen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le jugement du 6 décembre 2023 du magistrat désigné près le tribunal administratif de Strasbourg.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Kalt a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né en 1985, est entré en France le 17 juillet 2007. Il a été titulaire de cartes de séjour en qualité d'étudiant du 19 octobre 2007 au 18 octobre 2013, puis en qualité de salarié du 16 décembre 2016 au 22 janvier 2019, enfin en raison de sa vie privée et familiale du 13 mai 2019 au 20 septembre 2022. Le 2 mars 2023, il a sollicité son admission au séjour en faisant valoir son état de santé. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une période de deux ans.

2. Par un jugement du 23 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a annulé l'arrêté en litige en tant qu'il a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français, a enjoint au préfet, dans un délai d'un mois, de réexaminer sa situation et de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et a fait droit aux conclusions tendant à l'octroi de frais de justice. Il a renvoyé à la formation collégiale le jugement des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. C, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l'exception des circulaires, des instructions et des arrêtés d'expulsion. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C n'aurait pas été compétent pour signer la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. B et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de statuer sur sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions de l'article L. 425-9, des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 que l'interdiction faite au médecin instructeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant établi le rapport médical de siéger au collège de médecins du service médical de l'Office qui a émis l'avis le concernant est constitutive d'une garantie pour le demandeur. Par suite, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un tel moyen à l'appui de conclusions dirigées contre un refus d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9, d'apprécier si l'intéressé a été, en l'espèce, privé de cette garantie ou, à défaut, si cette irrégularité a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision.

6. En l'espèce, il ressort des mentions de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 22 septembre 2023 et de celles figurant dans le bordereau transmis le même jour au préfet de la Moselle que le médecin instructeur qui a rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII. Le requérant, qui n'a produit aucun élément de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions, n'est dès lors pas fondé à soutenir que le collège des médecins a été irrégulièrement composé. Le moyen soulevé en ce sens doit par suite être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2007, soit plus de seize ans, qu'il souffre de sévères troubles psychiatriques, qu'il réside chez ses parents et que sa sœur est également présente sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside notamment une autre de ses sœurs et dans lequel il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. S'il se prévaut de la durée de son séjour en France, les pièces versées aux débats n'établissent pas qu'il aurait créé des liens d'une particulière intensité en France. Dans ces conditions, compte tenu également de la condamnation pénale dont M. B a fait l'objet, par un arrêt de la cour d'appel de Metz du 6 juin 2023, à trois mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration de biens publics, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

10. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 8, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour du requérant ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée par des motifs exceptionnels et en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour.

D É C I D E :

Article 1 : Les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour et les conclusions qui leur sont accessoires sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Moselle.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Iggert, président,

M. Bouzar, premier conseiller,

Mme Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mai 2024.

La rapporteure,

L. KALT

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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