jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GASIMOV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Gasimov, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assignée à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle projette de se marier avec un ressortissant français ;
- elle est exposée à des risques, y compris de violence physique, en cas de retour dans son pays d'origine ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle bénéficie d'une adresse stable chez son conjoint et ne s'est jamais soustraite à de précédentes mesures d'éloignement ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle n'est pas justifiée dès lors qu'elle ne présente aucun risque de fuite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Gasimov, avocat de Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme C.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, ressortissante tunisienne née le 27 mars 1980, déclare, sans toutefois l'établir, être entrée en France le 10 août 2022 munie d'un passeport revêtu d'un visa Schengen délivré par les autorités consulaires italiennes en Tunisie, valable jusqu'au 25 août 2022. Il est constant que l'intéressée s'est ensuite maintenue irrégulièrement sur le territoire français sans chercher à régulariser sa situation administrative, et ce jusqu'à son placement en retenue administrative par les services de police pour vérification de son droit au séjour le 15 novembre 2023. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressée, qui était en possession d'une carte d'identité italienne frauduleuse, a été placée en garde à vue le même jour pour faux et usage de faux. Si Mme C fait valoir qu'elle souhaite épouser un ressortissant français avec qui elle vit depuis le 11 novembre 2023, cette relation, à la supposer même établie, demeure très récente, alors qu'il n'est pas contesté que la requérante n'est pas isolée en Tunisie, pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans, et où vivent sa mère, son frère et plusieurs de ses sœurs. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de Mme C, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts que la décision litigieuse poursuit. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
4. En second lieu, si la requérante soutient qu'elle est exposée à un risque de traitement dégradant et de violences en cas de retour en Tunisie, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Au surplus, et en tout état de cause, la réalité des risques invoqués n'est pas établie par les pièces du dossier. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité du refus de délai de départ volontaire :
5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme C, le préfet du Haut-Rhin s'est notamment fondé sur la circonstance qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement dans la mesure où elle ne justifiait pas de garanties suffisantes de représentation. Par ailleurs, et ainsi que le fait valoir le préfet du Haut-Rhin en défense, la requérante n'établit pas être entrée en France avant la date d'expiration de son visa, et entrait également dans les prévisions du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, quand bien même Mme C justifierait, par ailleurs, de garanties de représentation suffisante, ce motif tiré du maintien de l'intéressée sur le territoire français après l'expiration d'un document de séjour suffisait pour regarder comme établi le risque de fuite mentionné par les dispositions précitées. Il résulte en outre de l'instruction que le préfet du Haut-Rhin aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur le motif tiré de l'expiration du visa de la requérante, et il y a dès lors lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par l'administration, qui ne prive la requérante d'aucune garantie. Par suite, le moyen correspondant doit être écarté.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus du délai départ volontaire ne peut qu'être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
10. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à l'encontre de Mme C, le préfet a tenu compte de la faible durée de son séjour en France, du fait que l'essentiel de ses attaches familiales sont en Tunisie, de ce que sa relation avec un ressortissant français est extrêmement récente et que sa situation ne répond pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Par suite, alors même qu'elle n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il est par ailleurs constant qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
11. Il ressort de l'arrêté portant assignation à résidence que préfet du Haut-Rhin a fait obligation à la requérante de se présenter une fois par semaine auprès des services de la police aux frontières à Mulhouse et lui a interdit de quitter son département de résidence pour une durée de quarante-cinq jours. En se bornant à soutenir qu'elle ne représente aucun risque de fuite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence qu'elle conteste est disproportionnée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par Mme C à l'encontre des arrêtés du 15 novembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Gasimov et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. BLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026