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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308465

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308465

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, M. A C alias B D, retenu au centre de rétention de Geispolsheim, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- la compétence de leur signataire n'est pas établie ;

- ces décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouzar pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;

- les observations de Me Rafiei-Damneh, pour M. C alias D, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens et soutient en outre que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnait le droit à la vie privée et familiale du requérant puisqu'il est le père d'une enfant de deux ans ; qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ; qu'il ne présente pas de risque de fuite puisqu'il justifie d'une domiciliation.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, alias M. D, ressortissant algérien né en 1982 ou ressortissant tunisien né en 1977, déclare être entré en France en 2020, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Par un arrêté du 26 novembre 2023, le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. Christophe Marot, secrétaire général de la préfecture du Haut-Rhin, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions à l'exception des actes pour lesquels une délégation a été donnée à un chef de service de l'Etat dans le département, des mesures générales concernant la défense nationale et la défense interne du territoire ainsi que des réquisitions de la force armée et des arrêtés de conflit. Ainsi, les décisions contestées ne relèvent d'aucune des exceptions prévues par cat arrêté. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, les décisions contestées comportent de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui les fondent.

4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions contestées lui ont été notifiées en langue française, langue que l'intéressé sait lire, parle et comprend. Par suite, en tout état de cause, il n'est pas fondé à soutenir que ces décisions sont illégales au motif qu'elles ne lui auraient pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu pour des faits de violences volontaires aggravées, refus de se soumettre à une vérification tendant à établir l'état alcoolique, en flagrance, le 26 novembre 2022, et pour violences conjugales le 19 novembre 2022. Il a également été interpellé et placé en garde à vue le 25 novembre 2023 pour des faits de conduite en état d'ivresse, usurpation d'identité, refus de se soumettre aux vérifications et défaut de permis de conduire. S'il soutient qu'il n'a jamais été condamné pour ces faits et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet du Haut-Rhin pouvait adopter à son encontre une obligation de quitter le territoire français au seul motif, visé dans la décision, qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En second lieu, le requérant, qui a déclaré être entré en France en 2020, a déjà fait l'objet d'un arrêté du 27 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'un arrêté d'assignation à résidence, mesures qu'il n'a pas exécutées. Par un jugement du 6 décembre 2022, la magistrate désignée du tribunal a rejeté le recours exercé par le requérant contre le premier arrêté. De plus, s'il ressort des pièces produites qu'il est le père d'un enfant de deux ans, né de sa relation avec une ressortissante moldave en situation irrégulière, il ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

Sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

9. En premier lieu, à supposer même que le comportement du requérant ne puisse être regardé comme constituant une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, dès lors qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, et pouvait, pour ce motif également visé par l'arrêté attaqué, se voir refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par conséquent, le préfet a légalement pu considérer qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et refuser, par conséquent, de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant, qui soutient que la décision contestée méconnaît ces stipulations, n'apporte cependant aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la légalité de la décision prononçant son interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

13. En premier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre est entachée d'une erreur d'appréciation, il n'assortit cependant son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. En second lieu, pour les motifs exposés au point 7, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C alias D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C alias B D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 5 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. BouzarLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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