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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308590

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308590

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantPOLIDORI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de la SAS LM (enseigne Tacos locos) demandant l'annulation de l'arrêté du maire de Saint-Louis du 16 octobre 2023, qui restreignait les horaires d'ouverture des débits de boisson et restaurants dans la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny de 23h à 1h30, du 1er novembre 2023 au 30 avril 2024. Le tribunal a jugé que le maire était compétent sur le fondement de son pouvoir de police générale (articles L. 2542-2 et L. 2542-3 du code général des collectivités territoriales) pour assurer la tranquillité publique. La mesure a été considérée comme adaptée, nécessaire et proportionnée, car limitée dans le temps (période hivernale), dans l'espace (une seule rue) et dans son objet (fermeture à 23h), ne portant pas une atteinte excessive à la liberté du commerce et de l'industrie. Les autres moyens (défaut de motivation, vice de procédure, incompétence) ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023, la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos, représentée par Me Polidori, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Louis a restreint les heures d'ouverture des débits de boisson et établissements de restauration dans la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- aucun fondement légal ne permettait à la maire de la commune de prendre l'arrêté en litige ;

- la mesure de police est générale et absolue, elle n'est pas nécessaire, adaptée et proportionnée, il n'existe pas de circonstances locales particulières et elle porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.

- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la commune de Saint-Louis, représentée par la SELARL BCCL avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

- les observations de Me Isselin, substituant Me Cereja et représentant la commune de Saint-Louis.

Considérant ce qui suit :

1. La maire de la commune de Saint-Louis a, par un arrêté du 16 octobre 2023, fixé, à compter du 1er novembre 2023 et jusqu'au 30 avril 2024, à 23 heures l'horaire de fermeture des débits de boisson et des établissements de restauration dans la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny. Par sa requête, la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2542-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire dirige la police locale. /Il lui appartient de prendre des arrêtés locaux de police en se conformant aux lois existantes. ". Aux termes de l'article L. 2542-3 du même code : " Les fonctions propres au maire sont de faire jouir les habitants des avantages d'une bonne police, notamment de la propreté, de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité dans les rues, lieux et édifices publics. / Il appartient également au maire de veiller à la tranquillité, à la salubrité et à la sécurité des campagnes. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire de la commune dispose d'un pouvoir de police générale lui permettant de prendre les arrêtés qui sont nécessaires au maintien de l'ordre public, et plus précisément au maintien de la tranquillité publique. Par suite, la maire de la commune avait compétence, en application des dispositions précitées, pour édicter l'arrêté en litige.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il n'a pas été pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique mais sur celui des pouvoirs de police générale du maire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ne peut être utilement invoqué.

5. En troisième lieu, si la société requérante soutient que la procédure prévue à l'article L. 3331-7 du code de la santé publique n'a pas été respectée, il ressort des termes mêmes de cet arrêté qu'il n'a pas été pris sur le fondement des dispositions du code de la santé publique mais sur celui tiré des pouvoirs de police générale du maire, ne prévoyant pas une telle procédure. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie ne peut être utilement invoqué.

6. En quatrième lieu, contrairement à ce soutient la société requérante, le maire disposait, en vertu de son pouvoir de police générale, de la possibilité de réduire les horaires d'ouverture de commerces. Par suite, l'erreur de droit invoquée ne peut pas être accueillie.

7. En cinquième lieu, si le maire est chargé par les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales du maintien de l'ordre public dans la commune, il doit concilier l'accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois. Il en résulte que les mesures de police que le maire édicte en vue d'assurer la tranquillité publique doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des nécessités de l'ordre public, telles qu'elles découlent des circonstances de temps et de lieu.

8. En l'espèce, il ressort des termes de l'article 1er de l'arrêté en litige que l'heure limite de fermeture fixée à 23h00 ne porte que sur la période du 1er novembre 2023 au 30 avril 2024, et pour les horaires compris entre 23 heures et 1 heures 30. Cette interdiction, qui ne s'applique au demeurant pas sur l'intégralité du territoire de la commune, et ne vise que la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny ne s'applique en tout état de cause pas les autres mois de l'année. Ainsi et contrairement à ce que soutient la société requérante, cette interdiction est de portée limitée et ne revêt donc pas un caractère général et absolu. Par ailleurs, la maire de la commune de Saint Louis, à qui il appartient, dans l'exercice de ses pouvoirs de police générale, de faire jouir les habitants de la tranquillité publique s'est appuyée sur les motifs tirés de ce qu'à partir de 2017 le nombre d'interventions de la police, notamment suite à des signalements de riverains, a fortement augmenté, particulièrement en 2023 au cours de laquelle 125 interventions de police ont été nécessaires entre le 1er janvier et le 21 décembre, ayant conduit à 33 verbalisations pour stationnement, 5 verbalisations pour tapages et 2 verbalisations pour différends sur la voie publique. En outre, la société requérante avait été destinataire le 21 juin 2022 d'un " avertissement très ferme " émis par le préfet du Haut-Rhin au regard du non-respect de ses horaires de fermeture. Par suite, et quel que soit l'intérêt commercial que présentent les horaires compris entre 23 heures et 1 heure 30, la maire de la commune de Saint-Louis n'a pas méconnu l'étendue de ses pouvoirs de police et a pu, sans porter une atteinte illégale au principe de la liberté du commerce et de l'industrie, restreindre les horaires d'ouverture du commerce par la mesure d'interdiction contestée.

9. En dernier lieu, le moyen tiré du détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

2. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Louis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

3. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Louis et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos est rejetée.

Article 2 : La SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos versera à la commune de Saint-Louis la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS LM exerçant sous l'enseigne Tacos locos et à la commune de Saint-Louis. Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

Mme Bronnenkant, première conseillère,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

S. SOUHAIT

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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