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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308593

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308593

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, M. B A, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a décidé sa remise aux autorités suisses et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de remise aux autorités suisses :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que, contrairement aux dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a pas été mis à même de présenter ses observations avant son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du même code dès lors qu'il n'était pas en situation irrégulière sur le territoire français et que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, et dès lors qu'il est rentré en Suisse où il habite ;

Sur l'interdiction de circulation :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement n'est pas de nature à menacer l'ordre public, qu'il a des amis en France ainsi qu'un projet d'investissement immobilier à Mulhouse, et que la décision fera obstacle à ce qu'il se rende à la convocation judiciaire le 4 septembre 2024 ;

Sur l'assignation à résidence :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de remise aux autorités suisses ;

- il n'y avait pas lieu de l'assigner à résidence dès lors qu'il pouvait quitter immédiatement le territoire français, ce qu'il a fait ;

- elle est illégale en ce qu'elle prévoit son renouvellement tacite pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours, méconnaissant ainsi l'obligation de motivation prévue à l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en Suisse et ne pouvait dès lors être assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouzar pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Berry, avocate de M. A, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né en 1992, titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités suisses valide jusqu'au 31 août 2027, a été interpellé et placé en garde à vue le 29 novembre 2023 par les services de police de Mulhouse pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Par un arrêté du 30 novembre 2023, le préfet du Haut-Rhin a décidé sa remise aux autorités suisses et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur les conclusions d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Et aux termes de l'article L. 311-2 de ce code, auquel il est renvoyé par l'article L. 621-2 précité : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ".

4. Pour décider la remise de M. A aux autorités suisses, le préfet du Haut-Rhin a fondé sa décision sur la menace pour l'ordre public que constituerait la présence de l'intéressé sur le territoire français, au motif tiré de son interpellation le 30 novembre 2023 pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, ainsi que la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police suisses pour des faits de vol survenus le 25 octobre 2023 à Zurich. Cependant, M. A conteste ces derniers faits. Par ailleurs, pour regrettables qu'ils soient, les premiers faits ayant justifié son interpellation, pour lesquels d'ailleurs il a été convoqué pour notification d'une ordonnance pénale délictuelle le 4 septembre 2024, ne sauraient caractériser en l'espèce une menace à l'ordre public au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a décidé sa remise aux autorités suisses a été pris en méconnaissance des dispositions précitées et à en obtenir l'annulation, ainsi que par voie de conséquence, celle des décisions portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an et assignation à résidence.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. L'Etat étant la partie perdante, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a décidé la remise aux autorités suisses de M. A et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a assigné M. A à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Colmar.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. BouzarLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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