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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308634

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308634

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (2)
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2) d'annuler la décision du 10 novembre 2023 par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3) à défaut, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

4) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une attestation de demande d'asile, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

5) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Elle soutient que :

Sur le retrait de la demande d'asile :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés par cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Carraud, qui se désiste des conclusions à fin de suspension.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce et en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incompétence de l'auteur des décisions contestées :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. D, signataire des décisions contestées, était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 20 septembre 2023 régulièrement publié.

En ce qui concerne le retrait de l'attestation de demande d'asile :

3. En premier lieu, la préfète du Bas-Rhin ayant rappelé la décision du 8 août 2023 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, et mentionné l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à l'espèce, la décision contestée est régulièrement motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé ". Le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de cet article est insuffisamment articulé, et, à supposer que la requérante ait entendu soutenir que la préfète se serait crue en situation de compétence liée, cela ne ressort d'aucun des termes de la décision contestée.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision retirant une attestation de demande d'asile.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est assorti d'aucun élément, doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

8. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.

9. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun des termes de la décision contestée que celle-serait entachée d'un défaut d'examen.

10. En troisième lieu, Mme C soutient, par voie d'exception, que la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision relative au séjour sur laquelle elle se fonde. En l'espèce, par une décision du 30 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé d'admettre Mme C au séjour pour raisons médicales. Toutefois, la décision contestée du 10 novembre 2023, si elle rappelle l'existence de cette décision de refus de séjour en tant qu'élément de contexte, est exclusivement fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 611-1 (4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seules visées et mentionnées dans l'arrêté, de sorte que l'obligation de quitter le territoire français contestée n'a pas été prise sur le fondement de la décision portant refus de séjour du 30 octobre 2023, dont elle n'est pas non plus concomitante. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

11. En quatrième lieu, si Mme C invoque la méconnaissance de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'apporte aucun élément, notamment médical, de nature à remettre en cause l'avis du 3 juillet 2023 par lequel le collège des médecins de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucun des termes de la décision contestée que la préfète se serait crue en situation de compétence liée.

13. En sixième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucun élément spécifique et ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

14. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée, notamment en ce qui concerne les risques encourus dans le pays d'origine. Le moyen doit être écarté.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est assorti d'aucun élément circonstancié, doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

17. En premier lieu, le moyen tiré du défaut d'information est inopérant.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

19. En troisième lieu, l'erreur de droit alléguée n'est pas précisée, le moyen ne peut qu'être écarté.

20. En quatrième lieu, si Mme C soutient que la décision contestée emporte pour elle des " conséquences d'une exceptionnelle gravité ", elle ne l'établit par aucun élément. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en raison de la disproportion de la mesure ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

21. Il y a lieu de prendre acte du désistement des conclusions de la requérante à fin de suspension, après que la Cour nationale du droit d'asile ait, le 30 novembre 2023, rejeté son recours.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Mme C est admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est donné acte du désistement de Mme C de ses conclusions à fin de suspension.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

L. B

La greffière,

S. SIAMEY

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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