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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308679

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308679

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLENAERTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire ampliatif, enregistrés les 5 et 11 décembre 2023, M. A E, retenu en centre de rétention administratif, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pendant un an.

Il soutient que :

- le signataire des décisions attaquées n'a pas reçu délégation pour ce faire ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen individuel et approfondi de sa situation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Lenaerts, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. E.

Le préfet de la Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 10 mars 2004, déclare être entré en France en 2017. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour à deux reprises, par des arrêtés du 27 janvier 2021 du préfet de Meurthe-et-Moselle et du 10 octobre 2022 du préfet de la Moselle. Par un arrêté du 4 décembre 2023, le préfet de la Moselle l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et l'a interdit de retour pendant un an. M. E demande au tribunal l'annulation des décisions contenues dans ce dernier arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C D, directeur de l'immigration et de l'intégration, qui dispose pour ce faire d'une délégation en vertu d'un arrêté du 8 novembre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 10 suivant, lequel est au demeurant directement consultable en ligne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, au regard, s'agissant de cette dernière décision, des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen individuel et approfondi de la situation de M. E avant d'édicter les décisions contestées.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. "

6. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux conditions dans lesquelles peut être délivrée la carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger recueilli par l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, quoique cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, le requérant ne pouvant prétendre, en tant que ressortissant algérien, à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement soutenir que ces dispositions faisaient obstacle à son éloignement. D'autre part, en tout état de cause, M. E, qui n'établit pas ni n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire, ne justifie pas, par les pièces produites, du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, compte tenu notamment des nombreuses absences non justifiées, non plus que de l'absence d'attaches dans son pays d'origine ou d'une insertion notable dans la société française, alors en outre qu'il ne conteste pas, ainsi qu'il ressort des termes de l'arrêté attaqué, être défavorablement connu des services de police depuis 2020 pour des faits de vol, port d'une arme blanche ou incapacitante, évasion, violence avec usage d'arme blanche, détention non autorisée de stupéfiants, fourniture de fausse identité et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Si M. E soutient, sans autre précision, qu'il est arrivé en France alors qu'il était encore mineur, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et placé dans un foyer jusqu'à sa majorité, il ne fait ainsi valoir aucun élément, tenant à sa situation privée et familiale, faisant obstacle à la poursuite de son existence en Algérie, où il n'établit pas ni n'allègue être dépourvu de toute attache. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. E, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant son retour pendant un an n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 13 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

O. BLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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