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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308683

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308683

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, M. D B A, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 15 novembre 2023 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes, à verser à son conseil, ou à défaut à lui verser directement, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée de défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 435-1 et R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dobry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1998, a déposé le 12 septembre 2023 auprès de la préfète du Bas-Rhin une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par la décision contestée du 15 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé d'enregistrer sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 8 septembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme C, cheffe du bureau de l'admission au séjour, à l'effet de signer les décisions relevant de ses attributions, au nombre desquelles figure la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son auteur doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision contestée que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'alinéa 1er de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police ". Aux termes de l'article R. 435-1 du même code : " L'étranger qui sollicite l'admission exceptionnelle au séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Cet arrêté prévoit que dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, le demandeur doit produire un justificatif de domicile de moins de six mois, qui consiste, lorsque le demandeur est hébergé chez un particulier, en une " attestation de l'hébergeant datée et signée, [une] copie de sa carte nationale d'identité ou de sa carte de séjour, et [un] justificatif de domicile si l'adresse de sa carte nationale d'identité ou de sa carte de séjour n'est plus à jour ".

7. M. B A justifie à l'appui de sa demande de titre de séjour formulée le 12 septembre 2023 d'une attestation d'hébergement chez un particulier résidant à Strasbourg, établie le 7 septembre 2023 et accompagnée du titre de séjour de l'hébergeant et d'un justificatif de domicile de ce dernier. Il produit en outre une attestation d'élection de domicile auprès de de la Croix Rouge à Strasbourg. Le requérant dispose certes d'un contrat de travail avec une société dont le siège social se situe en région parisienne. Toutefois, il produit une attestation de son employeur indiquant qu'il intervient sur des chantiers aux environs de Strasbourg, et la seule circonstance que son travail se trouve en région parisienne est, eu égard aux éléments mentionnés ci-dessus, insuffisante à établir qu'il y résiderait plutôt qu'à Strasbourg. Enfin, si la préfète du Bas-Rhin fait valoir que l'attestation d'hébergement est postérieure à la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'intéressé le 23 juin 2023, il est constant que la décision litigieuse a été prise en réponse à une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour formée le 12 septembre 2023 et à laquelle cette attestation d'hébergement était jointe. Dans ces conditions, M. B A est fondé à soutenir que la décision contestée, en ce qu'elle considère qu'il ne réside pas dans le Bas-Rhin, méconnaît l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et son annexe.

8. Il résulte toutefois de l'instruction que, sans cette erreur, la préfète du Bas-Rhin aurait néanmoins refusé d'enregistrer la demande d'admission exceptionnelle au séjour faite par M. B A dès lors que celle-ci n'était pas complète, faute de contenir une copie de son acte de naissance traduit par un traducteur assermenté. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de son annexe n'est pas de nature à entraîner l'annulation de la décision litigieuse.

9. Les autres moyens de la requête se rapportant également à la détermination du lieu de résidence du requérant, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'ils ne sont pas plus de nature à entraîner l'annulation de la décision litigieuse.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Sabatakakis. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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