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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308877

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308877

jeudi 4 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 14 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les arrêtés contestés ont été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- il aurait dû être placé sous le régime de la garde à vue ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle faute de toute référence au contenu de son audition par les services de gendarmerie ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée au regard de l'absence de circonstances humanitaires ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant un délai de départ volontaire ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et des circonstances humanitaires dont il justifie ;

- est disproportionnée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de l'existence de circonstances humanitaires dont il justifie ;

La décision portant assignation à résidence :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant un délai de départ volontaire ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dobry en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry, magistrate désignée ;

- les observations de Me Perez, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 16 avril 2001, a été interpelé le 9 décembre 2023 et a fait l'objet de deux arrêtés du 10 décembre 2023, par lesquels la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a spécifiquement été interrogé sur sa situation administrative en France et sur les perspectives d'un éloignement futur avant l'édiction de la décision en litige lors de l'audition en retenue effectuée le 10 décembre 2023 par les services de gendarmerie. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été pris en violation de son droit d'être entendu. Le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de la prétendue illégalité de la retenue pour vérification du droit au séjour dont le requérant a fait l'objet est inopérant à l'encontre des décisions contestées.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions figurant dans la décision contestée, ni des pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. B avant de prononcer la décision litigieuse.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui indique résider en France depuis le 16 février 2022, est célibataire et sans charge de famille en France. S'il soutient travailler depuis plus d'un an sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, l'intéressé n'exerce pas cette activité de manière légale, en outre, il ne démontre pas avoir sollicité ni déposé une demande de régularisation de son séjour depuis son arrivée en France. Enfin, dès lors qu'il ne fait état d'aucun lien privé ou familial sur le territoire français et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, l'Algérie, où son frère et sa mère résident, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision en litige.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, s'agissant notamment de l'absence de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant d'édicter la décision en litige et qu'elle a régulièrement pu considérer que M. B n'établissait pas l'existence de circonstances humanitaires le concernant. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit dès lors être écarté.

17. En dernier lieu, le requérant ne fait valoir aucune circonstance humanitaire justifiant qu'en l'espèce une interdiction de retour ne soit pas prononcée, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prononcer l'assignation à résidence.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation des arrêtés du 10 décembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Perez et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2024.

La magistrate désignée,

S. Dobry

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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