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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308975

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308975

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2023, et un mémoire en réplique, enregistré le 8 janvier 2024, la société Free Mobile, représentée par le cabinet PAMLWAW - Avocats, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le maire de Thionville s'est opposé aux travaux déclarés, consistant en la création d'un massif en béton enterré pour l'accueil d'un pylône, avec création d'une zone technique enterrée et clôturée ;

2°) d'enjoindre au maire de Thionville, à titre principal, de lui délivrer une décision de non opposition aux travaux en litige dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Thionville une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence à statuer est en l'espèce remplie dès lors, d'une part, que la partie du territoire sur laquelle la station relais a vocation à s'implanter n'est pas couverte par ses réseaux, d'autre part, que la réalisation des travaux refusés doit permettre à la société Free Mobile de respecter ses engagements, au niveau national, en terme de couverture réseau du territoire ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, et sont tirés de ce que :

* l'arrêté est entaché d'incompétence ;

* le maire a considéré qu'il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai les travaux portant sur le réseau public d'électricité pouvaient être réalisés, alors qu'Enedis a indiqué un délai d'exécution de 4 à 6 mois à compter de l'ordre de service, entachant ainsi sa décision d'erreur de fait ;

* le maire ne pouvait légalement se fonder sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que la société pétitionnaire s'est engagée dans le dossier de déclaration préalable à réaliser et à financer les travaux de raccordement aux réseaux, et que l'extension du réseau public d'électricité nécessaire aux travaux en litige constitue un équipement public exceptionnel au sens de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme, justifiant que le maire mette à la charge de la société pétitionnaire le coût des travaux, déjà chiffrés par Enedis ;

- l'exécution de l'ordonnance à venir implique que le maire délivre une décision de non opposition aux travaux en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, la commune de Thionville, représentée par la SELARL Soler Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Free Mobile de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite au regard de la couverture déjà satisfaisante du territoire de Thionville par la société pétitionnaire, ainsi qu'en attestent les cartes de couverture 3G et 4G consultables sur le site de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse ; en outre, la société pétitionnaire ne justifie pas de ses objectifs en matière de couverture du territoire en cause ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus opposé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête en annulation présentée par la société Free Mobile le 18 août 2023 sous le n° 2305900.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. Pouget-Vitale, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 8 janvier 2024, tenue en présence de Mme Brosé, greffier d'audience, M. Pouget-Vitale a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Candelier, avocate de la société Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et s'agissant de l'urgence, précise qu'un intérêt public s'attache à la couverture du territoire par les réseaux de téléphonie mobile, que le territoire de Thionville n'est pas couvert par le réseau de l'opérateur ainsi qu'en attestent les cartes qu'elle produit, qu'elle dispose d'un intérêt à la suspension de la décision attaquée au regard de ses objectifs de couverture fixés par les autorités ; sur le fond, que la société Enedis a indiqué dans son devis le délai dans lequel les travaux pourront être exécutés, de sorte que le maire a bien commis une erreur de fait, et que la société Free Mobile peut bénéficier de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme ;

- les observations de Me Vilchez, avocate de la commune de Thionville, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et s'agissant de l'urgence, relève que les cartes produites par la requérante ne sont pas datées et signées, et ne font pas mention de leurs sources, que les difficultés techniques invoquées, justifiant une nouvelle antenne relais, et liées au nombre d'utilisateurs et aux contrainte du terrain, ne sont pas étayées ; sur le fond, que la commune n'est pas en mesure d'indiquer sous quel délai et selon quel financement les travaux pourront être réalisés, de sorte que l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme n'est pas méconnu, et que le projet en litige, au regard de sa nature et des caractéristiques du terrain, ne nécessite pas un équipement public exceptionnel au sens de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la commune de Thionville le 8 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 juin 2023, le maire de Thionville s'est opposé aux travaux déclarés par la société Free Mobile, tendant à l'implantation d'un massif en béton enterré pour l'accueil d'un pylône destiné à accueillir une antenne relais, avec création d'une zone technique enterrée et clôturée, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, et invoquant le fait que la commune n'était pas en mesure d'indiquer à la société pétitionnaire dans quel délai les travaux portant sur les réseaux publics d'électricité pouvaient être effectués. La société Free Mobile demande la suspension des effets de cette décision.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau et à la circonstance que le territoire de la commune Thionville n'est que partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile de la société requérante, sur les réseaux 3G, 4G et 5G ainsi qu'en attestent les cartes produites par la société requérante, qui sont suffisamment probantes sur ce point, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

6. D'autre part, selon l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme : " Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d'équipements publics exceptionnels. / Lorsque la réalisation des équipements publics exceptionnels n'est pas de la compétence de l'autorité qui délivre le permis de construire, celle-ci détermine le montant de la contribution correspondante, après accord de la collectivité publique à laquelle incombent ces équipements ou de son concessionnaire. () ".

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que, au regard de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme, le maire de la commune Thionville a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme en se fondant sur celles-ci pour opposer un refus au projet de la société Free Mobile, paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 juin 2023.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier soumis au juge des référés, les autres moyens soulevés ne sont pas susceptibles de fonder la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. La présente ordonnance implique seulement nécessairement que le maire de Thionville procède au réexamen de la déclaration préalable déposée le 22 mars 2023 et complétée le 25 mai 2023 par la société Free Mobile et prenne, à titre provisoire, une nouvelle décision. Il y a donc lieu en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de procéder à cette mesure d'exécution, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Thionville au titre des frais liés au litige. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Thionville le versement de la somme de 1 500 euros à verser à la société Free Mobile.

O R D O N N E :

Article 1 : L'exécution de l'arrêté du 19 juin 2023 du maire de Thionville est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Thionville de prendre, à titre provisoire, une nouvelle décision sur la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Thionville versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Thionville présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Thionville. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 11 janvier 2024.

Le juge des référés,

V. POUGET-VITALE

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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