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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2309005

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2309005

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2309005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 18 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Durgun, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023, par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

-la signataire des décisions attaquées ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée;

-les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

-elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle méconnaît l'article L.251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

-elle méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour un intérêt fondamental de la société française et ne présente pas de risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français : :

-elle méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle revêt un caractère disproportionné et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Vicard en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 décembre 2023, ont été entendus :

-le rapport de Mme Vicard, magistrate désignée ;

-et les observations de Me Durgun, avocate de M. B, qui reprend les conclusions et moyens développés dans écritures et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant allemand né en 1979, est entré sur le territoire français à une date indéterminée, après en avoir été éloigné le 25 novembre 2022, en exécution d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction d'y circuler pour une durée de trois ans, pris par la préfète du Bas-Rhin le 7 novembre 2022. Par un arrêté du 14 décembre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation pour une durée de trois ans. Le requérant a été placé en rétention le même jour au centre de rétention administrative de Geispolsheim puis mis en liberté par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Strasbourg du 17 décembre 2023. Un arrêté l'assignant à résidence a été pris le 17 décembre 2023.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F D, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme E A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions contestées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, laquelle ne se confond pas avec son bien-fondé, doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième et dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur leur légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue comprise par le requérant, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

6. Si M. B soutient que le caractère réel et actuel de la menace à un intérêt fondamental de la société française, sur laquelle s'est fondé le préfet pour l'obliger à quitter le territoire français, n'est pas établi, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du bulletin n°2 de son casier judiciaire, que le requérant a été condamné à quinze reprises entre mars 1999 et avril 2022 pour des faits de violences volontaires, d'infractions à la législation sur les stupéfiants et de vols aggravés, lui ayant valu de nombreuses incarcérations. Eloigné en novembre 2022 et revenu sur le territoire français à une date indéterminée en méconnaissance de son interdiction de circulation, il a été interpellé à Colmar le 13 décembre 2023 et placé en garde à vue, notamment pour des faits de détention de produits stupéfiants. Au cours de sa garde à vue, il a déclaré n'avoir ni revenus, ni activité professionnelle ni domicile fixe. Dans ces conditions, quand bien même le requérant n'aurait pas commis d'infractions depuis le mois d'avril 2022 comme il le soutient, le préfet du Haut-Rhin a pu légalement estimer, au regard de la multiplicité et de la gravité des condamnations prononcées, que la présence en France de M. B représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française et décider, pour ce motif, de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () ". Et aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été éloigné vers l'Allemagne le 25 novembre 2022 et qu'il est revenu en France à une date indéterminée en violation de son interdiction de circulation. Dans ces conditions, il ne justifie pas avoir résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes et ne peut dès lors se prévaloir d'un droit au séjour permanent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B se prévaut de la présence en France de sa mère, de nationalité allemande, ainsi que de deux frères et d'une sœur, de nationalité française. Toutefois, en se bornant à produire leurs documents d'identité et deux attestations d'hébergement, il ne justifie pas de l'existence et de la réalité de liens étroits et intenses entretenus avec eux. En outre, il ne démontre ni même n'allègue être dépourvu d'attaches en Allemagne, où résident d'autres membres de sa famille. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans filiation établie, n'exerce aucune activité professionnelle, ne perçoit aucun revenu et ne dispose d'aucun domicile stable en France. Ainsi, il ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

12. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 6, l'intéressé représente, de par son comportement délictuel, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il est dépourvu de domicile fixe et qu'il ne respecte pas l'interdiction qui lui a été faite de circuler sur le territoire français. Au regard de ces éléments caractérisant l'urgence à l'éloigner du territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En se bornant à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. B n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans :

14. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

15. En se bornant à se prévaloir de sa présence sur le territoire français depuis 2007 et à soutenir que la décision attaquée présente un caractère disproportionné, M. B n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet du Haut-Rhin aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile etentaché sa décision d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

La magistrate désignée,

C. VicardLa greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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