mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2309040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUKARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Boukara, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, en cas de délivrance d'un titre de séjour, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dès notification du jugement à intervenir et à défaut une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxes ou une somme de 1 800 toutes taxes comprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, des articles 23 et 24 de la directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 et de
l'article 21 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- en lui refusant un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Par ordonnance du 28 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
29 janvier 2024.
Un mémoire, présenté pour M. B, a été enregistré le 31 janvier 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,
- les observations de Me Boukara, avocate de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais âgé de 54 ans, est entré en France pour la dernière fois en octobre 2022, afin d'y rejoindre son épouse et leurs deux enfants majeurs. Mme B et les deux fils du couple sont, quant à eux, entrés sur le territoire français en 2015 et ont tous trois obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 7 décembre 2015, et mis en possession de titres de séjour. Dans un premier temps, M. B a rejoint sa famille en 2016 et a également sollicité le bénéfice de la protection internationale, qui lui a été refusée par une décision du 21 juin 2017 de l'OFPRA, confirmée le 27 octobre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. L'intéressé a alors rejoint son pays d'origine afin d'y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour et d'être en mesure de rejoindre sa famille en qualité de conjoint d'une ressortissante bénéficiaire de la protection subsidiaire, dans le respect des dispositions prévues par la loi française. L'épouse de M. B a formé, par erreur, une demande de regroupement familial en juin 2019, en lieu et place d'une demande de réunification familiale, propre aux bénéficiaires de la protection subsidiaire. L'erreur de Mme B ne lui a pas été signalée par l'autorité préfectorale, qui a rejeté sa demande au motif de ressources insuffisantes. Sur le fondement de ce refus, la délivrance d'un visa de long séjour a été refusée au requérant par les autorités diplomatiques et consulaires. M. B a toutefois rejoint sa famille et est entré irrégulièrement en France en octobre 2022. Par des courriers des
20 septembre 2022 et 13 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale, sur le fondement du 1° de l'article L. 424-11 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A ce jour, sa demande n'a pas fait l'objet d'une réponse. Par ailleurs, par une demande du 10 octobre 2023, M. B a sollicité son admission au séjour au regard de la présence en France de son épouse, qui bénéficie de la protection subsidiaire depuis le 7 décembre 2015, de la présence de ses deux enfants désormais majeurs, ainsi qu'au regard de l'absence d'attache familiale en Albanie. Par l'arrêté du 14 novembre 2023 dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande.
Sur la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ". Aux termes de l'article L. 424-11 du même code : Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ", identique à la carte prévue à l'article L. 424-9 délivrée à l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, est délivrée à : / 1° Son conjoint, son partenaire avec lequel il est lié par une union civile ou à son concubin, s'il a été autorisé à séjourner en France au titre de la réunification familiale dans les conditions prévues aux articles L. 561-2 à L. 561-5 ;(). ". L'article R. 424-7 de ce code dispose : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile ". Aux termes de l'article L. 561-2 du même code, le ressortissant étranger qui s'est vu accorder la protection internationale peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale, entre autres " () par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile () ". Enfin, l'article L. 561-4 du même code dispose : " () / La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'entrée en France des membres de la famille du bénéficiaire de la protection internationale est soumise à la délivrance d'un visa de long séjour auprès des autorités diplomatiques et consulaires.
3. Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B, mariés depuis 1994, ont été séparés en 2015, lorsque Mme B a rejoint la France avec leurs deux enfants pour y solliciter le bénéfice de la protection subsidiaire. M. B a rejoint son épouse et ses enfants en 2016 et, n'ayant pas obtenu le même statut protecteur que son épouse, il a rejoint son pays d'origine en 2018 aux fins d'y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour et de solliciter de façon régulière la réunification familiale. Les époux ont alors entrepris conjointement des démarches en ce sens, qui n'ont à ce jour pas abouti, notamment du fait d'une erreur dans le choix de la procédure. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que M. B, avant d'entrer irrégulièrement en France en octobre 2022 où il réside avec son épouse, a effectué des allers-retours réguliers entre la France et l'Albanie pour rendre visite à sa famille. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'est pas fondé à soutenir que M. et Mme B n'établissent pas l'ancienneté, la matérialité et la stabilité de leur vie commune. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, et nonobstant la circonstance que la procédure prévue par les dispositions du 1° de l'article
L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit en cours, le préfet du Haut-Rhin, en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour, a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé d'admettre M. B au séjour doit être annulée. Il s'ensuit que les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard aux motifs du présent jugement et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la situation du requérant se serait modifiée, en droit ou en fait, depuis l'intervention de l'arrêté attaqué, l'exécution de ce jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer pendant ce délai une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 14 novembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Faessel, président,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 mars 2024.
La rapporteure,
L. Perabo Bonnet
Le président,
X. Faessel
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026