mardi 16 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2309197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, M. D C, retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a maintenu en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet du territoire de Belfort de lui délivrer une attestation de demande d'asile, de lui permettre de se maintenir sur le territoire jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui remettre tout effet personnel qui serait en possession de l'administration ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- faute pour le signataire de la décision attaquée de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel a été prise la décision contestée, est incompatible avec celles de l'article 8.3 de la directive (UE) 2013/33 ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour le préfet de justifier avoir édicté cette décision postérieurement au dépôt de son dossier de demande d'asile ;
- elle est entaché d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande d'asile ne présentant pas de caractère dilatoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le préfet du territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weisse-Marchal en application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weisse-Marchal, magistrat désigné ;
- les observations de Me Elsaesser, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et insiste sur le fait que la préfecture n'a pas véritablement apprécié la situation du requérant au regard d'éléments objectifs autrement elle aurait tenu compte de l'élément nouveau qu'il produit concernant son orientation sexuelle ; que ce dernier devrait pouvoir bénéficier d'un examen plus approfondi de sa situation dès lors que la demande d'asile qu'il a déposée ne présente pas un caractère dilatoire ;
- les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète en langue albanaise, qui dit notamment ne pas avoir respecté les assignations à résidence dont il a fait l'objet car il n'en a pas compris la teneur.
Le préfet du Territoire de Belfort n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant kosovar né le 9 octobre 1996 est entré irrégulièrement en France le 28 juin 2020. Il a présenté une demande d'asile le 1er juillet 2020 qui a été rejetée le 27 octobre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 8 février 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 8 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans le 8 février 2021, il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an à laquelle il n'a pas déféré. Le 26 novembre 2022 et le 9 novembre 2023, deux autres mesures d'éloignement assorties d'assignation à résidence ont été prises à son encontre auxquelles il n'a pas non plus déféré. Le 15 décembre 2023 il a été interpellé lors d'un contrôle routier par les services de gendarmerie de Belfort et a été placé en rétention administrative. Le 20 décembre 2023, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2023, le préfet du Territoire de Belfort a décidé de le maintenir en rétention administrative. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté du 23 novembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Territoire de Belfort le 24 novembre 2023, le préfet du Territoire de Belfort a délégué sa signature à M. B, directeur de la citoyenneté et de la légalité du Territoire de Belfort, a l'effet de signer les arrêtés préfectoraux de placement en rétention des étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'était pas compétent pour signer la décision querellée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".
4. S'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions du 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L.754-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté. M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait dépourvue de base légale.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 754-7 du même code : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le récépissé de prise en compte par les services de police d'un dossier d'asile pour transmission à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides fait mention du dépôt du dossier de demande d'asile par M. C au greffe du centre de rétention de Geispolsheim le 20 décembre 2023 à 16h50 et, d'autre part, que l'arrêté litigieux a été notifié à l'intéressé le 20 décembre 2023 à 16h56. Cet arrêté a ainsi été édicté postérieurement au dépôt effectif du dossier de demande d'asile par M. C. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Territoire de Belfort aurait méconnu les dispositions de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième et dernier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. Le seul fait qu'un demandeur d'asile, au moment de l'introduction de sa demande, fasse l'objet d'une décision de retour et qu'il soit placé en rétention, ne permet pas de présumer que celui-ci a introduit cette demande dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la décision de retour et qu'il est objectivement nécessaire et proportionné de maintenir la mesure de rétention.
8. D'une part, pour prononcer le maintien en rétention de M. C, le préfet du Territoire de Belfort s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé, qui a déclaré être célibataire et sans enfant, n'a présenté aucune demande de réexamen de sa demande d'asile avant son placement en rétention et de ce qu'il n'établit pas au cours de son audition en retenue administrative être exposé à des peines ou traitements contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine dans lequel, par ailleurs, il ne justifie pas être dépourvu d'attache familiale. L'arrêté énonce également que le requérant a déclaré lors de cette audition son intention de se conformer à l'obligation de quitter le Territoire dont il fait l'objet. Le préfet a ainsi procédé à l'examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce sans se borner à se fonder sur le seul fait que la demande d'asile a été présentée en rétention.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant kosovar né le 9 octobre 1996 est entré irrégulièrement en France le 28 juin 2020. Le requérant a vu sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetée par une décision du 27 octobre 2020. La Cour nationale du droit d'asile a ensuite confirmé le rejet de sa demande par décision du 8 février 2021. Par un arrêté du 8 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans le 8 février 2021, il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an à laquelle il n'a pas déféré. Le 26 novembre 2022 et le 9 novembre 2023, deux autres mesures d'éloignement assorties d'assignation à résidence ont été prises à son encontre auxquelles il n'a pas non plus déféré. Le 15 décembre 2023 il a été interpellé lors d'un contrôle routier par les services de gendarmerie de Belfort et a été placé en rétention administrative. Il est constant qu'il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 20 décembre 2023, soit postérieurement à son placement en rétention administrative. Si l'intéressé conteste le caractère dilatoire de cette demande en faisant valoir qu'elle est justifiée par la prise de conscience de son homosexualité en avril 2023 et produit, à l'appui de ses allégations l'attestation de l'un de ses compatriotes reconnaissant avoir eu des relations sexuelles avec lui, cet unique témoignage ne suffit pas à établir son changement d'orientation sexuelle en 2023. En tout état de cause, il n'apporte pas d'éléments probants sur les risques réels et personnels qu'il encourrait en cas de retour au Kosovo. Dès lors, compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet du Territoire de Belfort a pu à bon droit estimer que la demande de réexamen de la demande d'asile présentée par M. C, laquelle, au demeurant, a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 décembre 2023, n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré d'une erreur dans l'appréciation de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Territoire de Belfort. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 16 janvier 2024.
La magistrate désignée,
C. Weisse-MarchalLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026