jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2309207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement le 22 décembre 2023 et le 13 mai 2024, Mme G B, M. F B, M. C D et Mme A E, représentés par Me Dangel, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le maire d'Eschau a délivré un permis de démolir et un permis de construire à la société Habitat de l'Ill pour la démolition d'une maison individuelle et la construction d'un ensemble de dix-sept logements répartis en deux résidences, sur un terrain cadastré section 10 parcelles n° 237, n° 238 et n° 239 situé 11 rue du général de Gaulle, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Eschau et de la société Habitat de l'Ill une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 2.1 et du 3. de l'article 3 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 8 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 10 UCA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;
- il méconnaît les dispositions du 3. de l'article 10 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;
- il méconnaît les dispositions du 1.3 de l'article 11 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 13 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 13 UCA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mars 2024, 2 avril 2024 et 5 juin 2024, la société Habitat de l'Ill, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Habitat de l'Ill soutient que :
- aucun moyen de légalité externe n'ayant été soulevé par les requérants dans le délai de recours contentieux, ceux-ci ne sont plus recevables à invoquer de tels moyens, qui seraient alors fondés sur une cause juridique distincte et constitueraient une prétention nouvelle tardivement présentée ;
- les vices affectant la légalité de l'arrêté du l'arrêté du 29 juin 2023 ont été régularisés par l'intervention des permis de construire modificatifs en dates des 9 janvier 2024 et 23 mai 2024 ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, la commune d'Eschau conclut au rejet de la requête.
La commune d'Eschau soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction immédiate a été prononcée par une ordonnance du 30 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Malgras,
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Amizet, avocat des requérants,
- et les observations de Me Gillig, avocat de la société Habitat de l'Ill.
La commune d'Eschau n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 mai 2023, la société Habitat de l'Ill a déposé une demande de permis de construire valant démolition en vue de réaliser un ensemble de dix-sept logements après démolition d'une maison individuelle, sur un terrain cadastré section 10 parcelles n° 237, n° 238 et n° 239 situé 11 rue du Général de Gaulle à Eschau. Par un arrêté du 29 juin 2023, le maire d'Eschau a délivré le permis sollicité. M. et Mme B, propriétaires d'une maison d'habitation située 2 rue des Merles à Eschau et M. et Mme D, propriétaires d'une maison d'habitation située 2A rue des Merles à Eschau, ont formé un recours gracieux contre cet arrêté le 28 août 2023, qui a été implicitement rejeté. M. et Mme B et M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler cet arrêté du 29 juin 2023 ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme est entachée d'incompétence, qu'elle a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci est compétemment accordée pour le projet en cause, qu'elle assure le respect des règles de fond applicables à ce projet, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 3, applicable à toutes les zones, du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " () 2. Accès / 2.1. Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. L'autorisation de construire peut être subordonnée à la réalisation d'aménagements particuliers / () 3. Les stationnements sont interdits sur les voies d'accès au bâtiment, supérieure à 10 mètres linéaires, et sur les rampes d'accès aux aires de stationnements aériennes ou souterraines ". Le lexique figurant au titre VII du règlement du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg définit l'accès comme " le point de jonction, le lieu de raccordement entre la propriété riveraine d'une voie ouverte à tous et ladite voie ", qui " se poursuit sur la parcelle dans une dimension adaptée, permettant de desservir les constructions ".
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de masse joints au dossier de demande de permis de construire et des photographies versées par les parties, que le projet prévoit deux accès carrossables, dont l'un, situé au Nord, permet d'accéder à la résidence A et à son parc de stationnement comportant quinze emplacements par la rue du général de Gaulle et, l'autre, situé au Sud, à la résidence B comportant dix-sept autres emplacements de stationnement, via le parking public situé au droit de la rue du Collège, laquelle constitue une voie de desserte du terrain d'assiette du projet.
5. D'une part, la rue du général de Gaulle constitue une voie rectiligne à double sens de circulation, permettant une bonne visibilité aux conducteurs des véhicules s'y engageant depuis le terrain d'assiette du projet en dépit de la présence d'un mur clôturant la propriété voisine à l'alignement de cette rue, dont les requérants n'établissent pas qu'il engendrerait un quelconque danger, alors qu'il ressort du plan de masse PC 2 que l'accès au parking de la résidence A mesure 5,20 mètres. Au demeurant il n'est pas justifié de problèmes de stationnement ou de circulation particuliers dans la rue du général de Gaulle, ni des difficultés alléguées concernant le croisement des véhicules.
6. D'autre part, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les manœuvres nécessaires pour accéder en véhicule à la résidence B ou pour en sortir à partir de l'accès situé au niveau du parking public situé face au collège Sébastien Brand seraient de nature à occasionner un danger particulier ou à rendre plus difficiles les conditions de circulation à cet endroit, alors que ce parking est aménagé avec une voie de circulation d'une largeur de plus de 6 mètres, menant à l'accès et sur laquelle, contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucun stationnement n'est permis. En outre, ceux-ci ne démontrent pas qu'une différence d'altimétrie significative entre le terrain d'assiette du projet et le parking attenant à la rue du collège compliquerait la visibilité sur ce parking pour les véhicules sortant de l'aire de stationnement de la résidence B.
7. Compte-tenu de ce qui a été exposé aux points 4 à 6, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 2.1 et du 3. de l'article 3 des dispositions du règlement applicables à toutes les zones du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole de Strasbourg et le moyen articulé en ce sens doit être écarté en toutes ses branches.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 UAA du règlement du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété : " Les constructions, aménagement et installations doivent respecter les conditions prévues au titre II : " Dispositions applicables à toutes les zones ". / Une distance d'au moins 3 mètres est imposée entre deux bâtiments non contigus ".
9. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des plans de masse et des descriptifs des modifications réalisées, figurant dans les dossiers de demande de permis de construire modificatifs correspondants, que par un arrêté du 9 janvier 2024 portant permis modificatif, confirmé sur ce point par un second permis modificatif délivré le 23 mai 2024, le maire d'Eschau a porté de 4,77 à 5,05 mètres la distance existant entre le nu de la façade du bâtiment A - élément à prendre en compte à défaut de précision au document d'urbanisme -, et le bâtiment annexe destiné à abriter un local vélos, une chaufferie et un local à ordures ménagère. En outre et en tout état de cause, il ressort du plan de masse joint au dossier de demande déposé le 2 avril 2024 et ayant donné lieu à la délivrance du second permis modificatif, que contrairement à ce que soutiennent les requérants, la distance entre le balcon situé au Sud de la résidence A et le local précité, excède 3 mètres.
10. Compte tenu du principe énoncé au point 2 et de l'intervention des permis modificatifs délivrés les 9 janvier 2024 et 23 mai 2024 dont l'illégalité n'est pas établie sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de 8 UAA du règlement du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg est inopérant et doit dès lors être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 UCA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg relatif à la hauteur maximale des constructions : " Les constructions, aménagement et installations doivent respecter les conditions prévues au titre II : " Dispositions applicables à toutes les zones ". / 1. Mode de calcul : La hauteur maximale des constructions est mesurée à l'égout principal de toiture: - par rapport au niveau moyen de la voie de desserte existante ou à créer pour les constructions implantées sur une profondeur de 20 mètres mesurée à partir de la limite d'emprise du domaine public ; - par rapport au niveau moyen du terrain d'assise de la construction pour les constructions implantées au-delà d'une profondeur de 20 mètres mesurée à partir de la limite d'emprise du domaine public. / 2. Dispositions générales : 2.1. La hauteur maximale à l'égout principal de toiture est indiquée au règlement graphique () ". Pour l'application des dispositions précitées, l'égout principal de toiture est celui de la toiture qui recueille en superficie la majorité des eaux de pluie d'un bâtiment. Le règlement graphique fixe à 7 mètres la hauteur à l'égout principal de toiture dans ce secteur. Le lexique du plan local d'urbanisme intercommunal précise que l'égout de toiture correspond, en cas de toiture en pente, à l'égout principal, c'est-à-dire " la gouttière ou au chéneau qui se situe au bas de la pente du toit ".
12. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'extrait du plan des façades et du plan de masse joints au dossier de demande de permis initial, qui n'a fait l'objet d'aucune modification ultérieure sur ce point par les arrêtés des 9 janvier 2024 et 23 mai 2024, que les gouttières des façades Est et Ouest de la résidence B, située en zone UCA5, recueillent les eaux pluviales de toitures représentant une superficie cumulée inférieure à celle du surplus de la toiture, qui recueille quant à lui une partie majoritaire des eaux de pluie et doit dès lors être regardé comme l'égout principal. Il ressort en outre de ces mêmes pièces que l'égout principal du bâtiment projeté se calcule en l'espèce par rapport au niveau moyen du terrain d'assise de la construction, dès lors que le bâtiment B projeté est implanté au-delà d'une profondeur de 20 mètres mesurée à partir de la limite d'emprise du domaine public. Le niveau de cet égout principal de toiture est de 152,10 mètres et le niveau moyen du terrain d'assise de 145,26, de sorte que la hauteur maximale de ce bâtiment, s'établissant à 6,84 mètres, respecte les dispositions citées au point 11. Dans ces conditions, la circonstance que les gouttières des façades Est et Ouest de la résidence B, constituant l'égout secondaire de toiture, se trouvent, par rapport au niveau moyen du terrain d'assise de la construction, à une hauteur supérieure aux 7 mètres prévus au plan de zonage du plan local d'urbanisme de l'Eurométropole, est sans incidence sur la légalité du projet. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 UCA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg doit être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 10 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg relatif à la hauteur maximale des constructions : " Les constructions, aménagement et installations doivent respecter les conditions prévues au titre II : " Dispositions applicables à toutes les zones " () 3. Dispositions particulières : En cas de démolition de bâtiment constituant un élément du tissu traditionnel caractéristique de la zone, la reconstruction devra se faire à la même hauteur que le bâtiment démoli ".
14. Les requérants soutiennent que la hauteur du bâtiment A projeté sur la parcelle n° 237 située rue du général de Gaulle et figurant au règlement graphique au sein d'un " ensemble d'intérêt urbain et paysager ", est supérieure à celle du bâtiment ayant vocation à être démoli sur cette parcelle, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent.
15. Il ressort des pièces du dossier que la hauteur du bâtiment A excédera, à la gouttière et au faîtage, celle de la construction préexistante ayant vocation à être démolie, située rue du général de Gaulle. S'il est vrai que le règlement graphique situe cette construction préexistante au sein d'un " ensemble d'intérêt urbain et paysager ", il ressort des photographies versées au dossier par les parties et il n'est pas contesté par les requérants que cette construction préexistante ne relève pas d'un bâti traditionnel alsacien mais constitue un pavillon d'habitation datant des années 1950 dont les caractéristiques typo-morphologiques ne correspondent pas aux formes bâties traditionnelles du centre ancien. Par suite, nonobstant sa situation au sein d'un ensemble d'intérêt urbain et paysager, la construction à démolir ne peut être regardée comme un " bâtiment constituant un élément du tissu traditionnel caractéristique de la zone " au sens du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg éclairé par le rapport de présentation. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3. de l'article 10 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg doit dès lors être écarté.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article 11 des dispositions du plan local d'urbanisme applicables à toutes les zones : " 1.3. Le projet s'inscrivant dans un " ensemble d'intérêt urbain et paysager ", repéré au règlement graphique, doit se conformer à la morphologie dominante des constructions environnantes situées à l'intérieur dudit ensemble, notamment en termes de volumétrie, de hauteur, et d'implantation ". Selon le lexique du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg, un ensemble d'intérêt urbain et paysager se définit comme un " groupe de bâtiments s'inscrivant dans une logique urbaine et paysagère issue d'un découpage parcellaire spécifique, d'une histoire urbaine, d'une conception d'ensemble ou d'un tissu urbain dont la qualité réside dans la cohérence ou dans le rapport commun établi avec l'espace public. La disparition de l'un de ces éléments peut présenter des risques pour la qualité de l'ensemble ".
17. S'il est constant que la construction de la résidence A est envisagée au sein d'un " ensemble d'intérêt urbain et paysager " repéré au règlement graphique, il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies versées par les parties, du document graphique d'insertion, des plans des façades et de la notice descriptive du projet, non modifiés sur ce point par les arrêtés des 9 janvier 2024 et 23 mai 2024 portant permis de construire modificatifs, que le bâtiment A projeté est situé en zone UAA du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg correspondant à une zone urbaine à vocation mixte (habitat, commerces, services, activités diverses, d'équipements publics et/ou d'intérêt collectif), identifiant les tissus anciens villageois traditionnels, au sein d'une zone urbaine marquée par un tissu urbain composé de maisons de type R+1 ou R+1+combles. Par ailleurs, le bâtiment A projeté, ayant reçu l'accord de l'architecte des bâtiments de France et consistant à édifier, avec un recul de 30 cm par rapport au bâtiment préexistant à démolir, une résidence collective de 9 logements sur trois niveaux, présentant, pour la partie sur rue, une hauteur de 10,17 mètres, supérieure de seulement 1,6 mètres par rapport au bâtiment préexistant, et au faîtage principal, une hauteur de 11,64 mètres, et comportant principalement une couverture en tuile " tradi 12 rouge brun nuagé ", des façades réalisées en crépis brun ou blanc cassé et des boiseries de teinte sombre, n'apparaît pas en rupture avec la morphologie dominante du bâti environnant, notamment en termes de volumétrie, de hauteur, et d'implantation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1.3 de l'article 11 des dispositions applicables à toutes les zones du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg doit être écarté.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article 13 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " Les constructions, aménagement et installations doivent respecter les conditions prévues au titre II : " Dispositions applicables à toutes les zones ". / 1. 20 % au moins de la superficie du terrain doit être réservée à des aménagements paysagers réalisés en pleine terre. Cette disposition ne s'applique pas en cas : - de réhabilitation dans les volumes préexistants, y compris la création de surface de plancher sous le couvert de la toiture existante ; - de reconstruction à l'identique d'un bâtiment préexistant. / 2. Le coefficient de biotope par surface est fixé à 30 %, conformément aux paragraphes 8.1 et 8.2 de l'article 13 des " Dispositions applicables à toutes les zones () ". Aux termes des dispositions du 8. de l'article 13 applicables à toutes les zones : " () 8.1. Dispositions générales : Un coefficient de biotope par surface (CBS) est fixé pour chaque zone et se cumule avec le pourcentage de pleine terre ou d'aménagement paysager à atteindre, également fixé pour chaque zone. Le CBS s'applique aux nouveaux bâtiments et aux extensions des bâtiments existants supérieures à 25 m² de surface de plancher. Le CBS n'est pas applicable aux surélévations de bâtiments, aux reconstructions à l'identique, aux travaux d'isolation ainsi qu'à la construction de bâtiments annexes, inférieurs à 25 m² de surface de plancher. / 8.2. Mode de calcul : Le calcul du CBS permet d'évaluer la qualité environnementale d'une parcelle ou d'une unité foncière et est réalisé sur la base de la somme des différents types de surfaces pondérés par un coefficient auquel s'ajoute la somme des bonifications : CBS% = ((100 x surface favorable à la nature x valeur écologique de la surface) / surface de parcelle) + bonification % () ". Le 8.2 de l'article 13 applicable à toutes les zones précise en outre et notamment, que pour le calcul du coefficient de biotope par surface, les espaces de pleine terre ont une valeur écologique de 1 et la surface minérale perméable de 0,2, tandis que pour le calcul des bonifications, une clôture végétalisée en ml est affectée d'un bonus écologique de 0,10 % / ml.
19. La commune d'Eschau et le pétitionnaire admettent que, concernant la résidence A projetée, il ressort du plan masse joint au dossier de demande de permis de construire initial que seule une surface de 85,5 m2 de surface perméable peut être comptabilisée au titre de la surface favorable à la nature, et non 115 m2 comme l'indique à tort la fiche de calcul correspondante.
20. Compte-tenu de la formule définie par le plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg et rappelée au point 18, avec une surface minérale perméable de 85,5 m2, le CBS final s'établit, après application des bonifications, à 28,93%, soit un score du projet initial inférieur aux 30% exigés par le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.
21. Les défendeurs font valoir que ce vice a été ultérieurement régularisé par la délivrance d'un arrêté du 9 janvier 2024 portant permis modificatif et produisent en outre un second permis modificatif délivré le 23 mai 2024.
22. Il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif déposé le 2 avril 2024 et ayant donné lieu à la délivrance de l'arrêté du 23 mai 2024, que le plan PCM 2 " plan masse - état modifié " détaille les valeurs respectives des éléments composant, dans le projet modifié, les surfaces minérales perméables. Il précise à cet égard que le stationnement en pavé drainant représente une surface totale de 88,50 m2 et la terrasse extérieure au rez-de-chaussée en pavé béton poreux sur le lit de sable une surface totale de 26,55 m2, ce qui porte le total des surfaces minérales perméables à 115,05 m2, valeur coïncidant avec celle reportée sur la fiche de calcul du CBS du bâtiment A qui détaille en outre les autres données. Ainsi, dans le projet modifié, compte-tenu de la formule de calcul définie au point 18, le CBS s'établit à : (100 x ((1 x 199,2) + (0,2 x 115,05) / 964) + 6,5, soit un total de 29,55 %, inférieur aux 30% minimum requis par le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.
23. Compte-tenu de ce qui a été exposé aux points 18 à 22 et du principe énoncé au point 2, le permis de construire modificatif délivré le 23 mai 2024 ne permet pas de régulariser l'illégalité de l'arrêté du 29 juin 2023 au regard des dispositions de l'article 13 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg précitées. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté du 29 juin 2023 attaqué et la décision rejetant implicitement leur recours gracieux ont été délivrés en méconnaissance de l'article 13 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg.
24. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 13 UCA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg : " Les constructions, aménagement et installations doivent respecter les conditions prévues au titre II : " Dispositions applicables à toutes les zones ". / () Conformément aux paragraphes 8.1 et 8.2 de l'article 13 des " Dispositions applicables à toutes les zones ", le coefficient de biotope par surface est fixé à : () UCA5 : 50 % () ".
25. La commune d'Eschau et le pétitionnaire admettent que, concernant la résidence B projetée, il ressort du plan masse joint au dossier de demande de permis de construire initial que seule une surface de 87,5 m2 de surface perméable peut être comptabilisée au titre de la surface correspondant à la surface minérale perméable, et non 108 m2 comme l'indique à tort la fiche de calcul correspondante, mais font valoir que ce vice a été ultérieurement régularisé par la délivrance d'un arrêté du 9 janvier 2024 portant permis modificatif et produisent en outre un deuxième permis modificatif délivré le 23 mai 2024.
26. Il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif déposé le 2 avril 2024 et ayant donné lieu à la délivrance de l'arrêté du 23 mai 2024, que le plan PCM 2 " plan masse - état modifié " détaille les valeurs respectives des éléments composant, dans le projet modifié, les surfaces minérales perméables. Il précise à cet égard que le stationnement en pavé drainant représente une surface totale de 87,50 m2 et la terrasse extérieure au rez-de-chaussée en pavé béton poreux sur le lit de sable une surface totale de 20,80 m2, ce qui porte le total des surfaces minérales perméables à 108,3 m2, valeur coïncidant avec celle reportée sur la fiche de calcul du CBS du bâtiment B. Ainsi, dans le projet modifié, compte-tenu de la formule de calcul définie au point 18, le CBS s'établit à : (100 x ((1 x 613,1) + (0,2 x 108,3) / 1530) + 16, soit un total de 57,48 %, supérieur aux 50% minimum requis par le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.
27. Compte-tenu de ce qui a été exposé aux points 24 à 26, du principe énoncé au point 2 et de l'intervention du permis modificatif délivré le 23 mai 2024 dont l'illégalité n'est pas établie sur ce point, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir d'une méconnaissance par le projet des dispositions de l'article 13 UCA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg
28. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à soutenir que l'arrêté du 29 juin 2023 attaqué et la décision rejetant implicitement leur recours gracieux méconnaissent les dispositions de l'article 13 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg, ce vice n'ayant pas donné lieu à régularisation par le permis modificatif du 23 mai 2024.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
29. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".
30. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 29 juin 2023 et la décision rejetant implicitement le recours gracieux des requérants ne sont entachés que du vice tiré de la méconnaissance l'article 13 UAA du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg, dès lors que le coefficient de biotope par surface prévu au titre de la résidence A s'établit à un taux inférieur aux 30% minimum requis par le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal. Il convient de limiter l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2023 et la décision implicite contestés à ce vice qui n'affecte qu'une partie identifiable du projet.
31. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2023 et de la décision rejetant implicitement leur recours gracieux en tant qu'ils autorisent la réalisation d'une construction en zone UAA ne respectant pas un coefficient de biotope par surface de 30 % minimum.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
32. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Eschau et de la société Habitat de l'Ill, le versement de la somme que les requérants demandent au titre des frais liés au litige.
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en outre obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Habitat de l'Ill demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 29 juin 2023 et la décision rejetant implicitement le recours gracieux de M. et Mme B, M. D et Mme E sont annulés en tant qu'ils autorisent la construction d'un bâtiment en zone UAA appliquant un coefficient de biotope par surface inférieur à 30 %.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B, représentante désignée pour l'ensemble des requérants pour l'application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune d'Eschau et à la société Habitat de l'Ill. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Malgras, première conseillère,
Mme Perabo-Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
S. MALGRAS
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026