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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400284

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400284

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGASIMOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2024, M. E, représenté par Me Gasimov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024, notifié le 15 janvier 2024, par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités italiennes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreurs de faits car il n'a pas franchi la frontière italienne pour se rendre en France et il n'a pas demandé l'asile en Italie ;

- il ne remplit pas les conditions pour être transféré aux autorités italiennes dans la mesure où les autorités italiennes n'ont pas donné leur accord comme prévu par l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ne permettant pas de déduire qu'elles auraient donné implicitement leur accord.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Klipfel en application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gasimov, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant pakistanais né le 15 septembre 2001. Sa demande d'asile en procédure Dublin a été enregistrée en guichet unique de la préfecture de Hauts-de-Seine le 5 avril 2023. La consultation du fichier " EURODAC " a fait ressortir qu'il avait préalablement franchi irrégulièrement les frontières italiennes dans les douze mois précédant l'introduction de sa première demande d'asile. Saisies le 1er juin 2023, la prise en charge de l'intéressé a été implicitement acceptée par les autorités de ce pays le 2 août 2023. Par un arrêté du 8 janvier 2024, notifié le 15 janvier 2024, dont il demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a décidé de son transfert aux autorités italiennes.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B D, Directeur des migrations et de l'intégration, à Mme F G, adjointe au chef de bureau, à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du fichier " EURODAC " et de son entretien individuel, que le requérant a effectivement franchi irrégulièrement les frontières italiennes. En outre, et contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le requérant ait demandé l'asile en Italie. Par suite, le moyen tiré d'erreurs de faits doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 13 du règlement du 26 juin 2003 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. () ". Aux termes de l'article 21 du même règlement : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 et du délai d'un mois prévu au paragraphe 6 équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. "

7. En l'espèce, la consultation du fichier " EURODAC " a fait ressortir que le requérant avait préalablement franchi irrégulièrement les frontières italiennes dans les douze mois précédant l'introduction de sa première demande d'asile, comme il l'a lui-même confirmé lors de son entretien avec les autorités françaises chargées de l'asile. Saisies le 1er juin 2023, la prise en charge de l'intéressé a été implicitement acceptée par les autorités italiennes le 2 août 2023. Par conséquent, il résulte des dispositions précitées que les autorités italiennes sont bien responsables de l'examen de sa demande de protection internationale. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce qu'il ne remplit pas les conditions pour être transféré aux autorités italiennes dans la mesure où les autorités italiennes n'ont pas donné leur accord comme prévu par l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ne permettant pas de déduire qu'elles auraient donné implicitement leur accord n'est pas fondé et doit donc être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Gasimov et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

La magistrate désignée,

V. Klipfel

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

N°2400284

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