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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400354

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400354

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MW (2)
Avocat requérantLE GUENNEC

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2024 et le 5 mars 2024 sous le n° 2400354, Mme B E, représentée par Me Le Guennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

5°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :

- elle est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation, notamment au regard des risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- elle n'a pas été en mesure d'exposer ses observations ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques qu'elle court ;

- la décision méconnaît les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le droit à un recours effectif ; elle ne pourra pas présenter ses observations devant la Cour nationale du droit d'asile, ce qui la prive du droit à un procès équitable et à un recours effectif ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques qu'elle court ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; il ne s'agit que d'un possibilité en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- elle apporte des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur sa demande d'asile en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2024 et le 5 mars 2024 sous le n° 2400358, M. A C, représenté par Me Le Guennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour durant un an ;

2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

5°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :

- la décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée et est entaché d'un défaut d'examen suffisant de sa situation notamment au regard des risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- il n'a pas été en mesure d'exposer ses observations ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques qu'il court ;

- la décision méconnaît les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le droit à un recours effectif ; il ne pourra pas présenter ses observations devant la Cour nationale du droit d'asile, ce qui le prive du droit à un procès équitable et à un recours effectif ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des risques qu'il court ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; il ne s'agit que d'un possibilité en application de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision est illégale, par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- il apporte des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur sa demande d'asile en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Des pièces présentées pour Mme E ont été enregistrées le 6 mars 2024. En application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, ces pièces n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Wiernasz, président honoraire inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés à l'article L 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wiernasz ;

- les observations de Me Le Guennec, représentant Mme E et M. C, et de Mme E et M. C, assistés de M. D, interprète en langue géorgienne.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2400354 et n°2400358 concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les non-renouvellements des attestations de demande d'asile :

2. Le non-renouvellement des attestations de demande d'asile pris à l'encontre des requérants ne l'a pas été sur le fondement des obligations de quitter le territoire. Dès lors le moyen tiré de l'illégalité de ces obligations de quitter le territoire est inopérant et doit être écarté.

Sur les obligations de quitter le territoire :

3. En premier lieu, il ressort des termes des décisions en cause qu'elles mentionnent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées et traduisent un examen particulier de la situation des requérants par la préfète du Bas-Rhin.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions en cause que la préfète, qui a, comme il a été dit, procédé à un examen de la situation particulière des requérants, se serait crue en situation de compétence liée.

5. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français et les mesures subséquentes font suite au refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire à l'étranger et à l'absence du bénéfice du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit d'être entendu n'implique pas, dans ce cas, que l'administration ait l'obligation de mettre les intéressés à même de présenter leurs observations tant orales qu'écrites de façon spécifique en ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français qu'il est amené à prendre à leur encontre, dès lors qu'ils ont déjà été entendus, comme en l'espèce, dans le cadre de leurs demandes d'asile. Par suite, le moyen soulevé tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu issu des principes généraux du droit de l'Union européenne tel qu'énoncé au 2 de l'article 41 et à l'article 51 de la charte des droits fondamentaux doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les requérants peuvent se faire représenter devant la Cour nationale du droit d'asile pour faire valoir leurs observations et, en outre, il leur est possible de solliciter la surpension de l'exécution des mesures d'éloignement prises à leur encontre en faisant valoir des éléments sérieux en ce sens. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté, à supposer le moyen opérant.

7. En cinquième lieu, Mme E et M. C, de nationalité géorgienne, nés respectivement en 1979 et 1980, sont entrés en France le 9 septembre 2022 selon leurs déclarations, avec leur fille née en 2017. Ils y vivent isolés, de manière précaire sans domicile stable ni ressources pérennes, ni relations personnelles ou familiales particulières. Ils ne justifient pas ne plus avoir aucune famille, ni relations personnelles dans leur pays d'origine qu'il ont quitté récemment. La seule circonstance que leur fille est scolarisée en CP ne leur confère aucun droit au séjour particulier. Dans ces conditions, les décisions n'ont pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation

8. En quatrième lieu, les décisions cause n'ont pas pour effet de séparer l'enfant mineur de ses parents et, en tout état de cause, d'empêcher sa scolarisation dans son pays d'origine. Par suite, les décisions ne méconnaissent pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur les fixations du pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les obligations de quitter le territoire sont régulières. Dès lors, le moyen tiré de leur illégalité doit être écarté.

10. En deuxième lieu, Mme E et M. C, qui, au demeurant, se sont vu opposer un rejet de leurs demandes de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apportent pas, à l'appui des présentes instances, d'éléments suffisants et probants pour établir la réalité des risques personnels qu'ils courraient en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions ne méconnaissent pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les interdictions de retour :

11. En premier lieu, il ressort des termes mêmes des décisions qu'elles comportent les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées. Par suite, les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'ont pas été méconnus.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les obligations de quitter le territoire sont régulières. Dès lors, le moyen tiré de leur illégalité doit être écarté.

13. En troisième lieu, les seules circonstances que les intéressés sont entrés régulièrement en France et ne se seraient pas soustraits à leurs obligations à l'égard de l'administration ne permettent pas de contester utilement le bien-fondé des décisions en cause qui ne méconnaissent pas l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement :

14. Mme E et M. C n'apportent, à l'appui de leurs requêtes, aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de leurs demande d'asile, leur maintien sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur leurs recours. Par suite, leurs demandes de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement les concernant en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du doit d'asile ne peuvent qu'être rejetées.

15. Il résulte de ce qui précède, Mme E et M. C étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, que leurs conclusions à fin d'annulation et de suspension, et par voie de conséquence à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E et M. C sont admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de Mme E et de M. C sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. A C et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le magistrat désigné,

M. WIERNASZ

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos2400354

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