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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400355

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400355

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGASIMOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Gasimov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 28 décembre 2023 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de transfert :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il n'a pas présenté de demande d'asile en Croatie;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa demande d'asile ne pouvait pas relever des dérogations prévues par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

Sur l'assignation à résidence :

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Carrier en application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Carrier, magistrat désigné ;

- les observations de Me Gasimov, avocat de M. C ;

- les observations de Mme B, représentant la préfète du Bas-Rhin ;

- les observations de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né en 2000, a présenté une demande tenant à la reconnaissance du statut de réfugié le 31 octobre 2023. La consultation du fichier Eurodac a révélé que l'intéressé avait déjà présenté une demande d'asile aux autorités croates. Le 6 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a saisi ces autorités d'une demande de reprise en charge. Les autorités croates ont explicitement donné leur accord à cette mesure le 18 novembre 2023. Par des arrêtés du 28 décembre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. C aux autorités croates et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de transfert :

4. En premier lieu, la décision qui fait apparaitre les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la consultation du fichier européen Eurodac et de la décision de réadmission des autorités croates que M. C a, contrairement à ses affirmations, bien déposée auprès des autorités croates le 11 avril 2023 une demande d'asile. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de fait sur ce point.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. En l'espèce, M. C n'apporte aucun élément précis ou probant de nature à démontrer que les autorités croates ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par ailleurs, l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 ne regarde pas un frère majeur comme un membre de la famille au sens dudit règlement. En outre, le requérant ne justifie pas qu'il aurait maintenu avec son frère des liens étroits depuis son départ pour la France. Enfin, l'attestation médicale rédigée pour les besoins de la cause, produite au dossier, eu égard notamment à son caractère très imprécis, n'est pas suffisante pour établir que l'état de santé du requérant s'opposerait à son transfert en Croatie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce susrappelées, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté dérogatoire qu'elle tient des dispositions de 17 du règlement (UE) n° 604/2013 pour ne pas procéder à son transfert en Croatie. Il n'est pas davantage établi que l'administration aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. ".

9. Il résulte des dispositions précitées que dès lors qu'un ressortissant étranger fait l'objet d'une décision de transfert, il peut faire l'objet d'une assignation à résidence. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation alors même que le requérant ne présenterait pas de risque de fuite.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 28 décembre 2023 pris à son encontre par la préfète du Bas-Rhin. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gasimov et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le magistrat désigné,

C. Carrier,

La greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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