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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400508

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400508

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAJILI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 et 26 janvier 2024, M. B E, détenu au centre de détention d'Oermingen, représenté par Me Ajili-Jung, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 et 29 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lecard en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée, qui a notamment soulevé le moyen d'ordre public tiré de l'inexistence de décision préfectorale portant interdiction de retour ;

- les observations de Me Ajili-Jung, représentant M. E qui a bien confirmé attaquer uniquement la décision fixant le pays de destination et a insisté sur l'état de santé du requérant qui n'était pas ignoré des services de la préfecture et pour lequel il n'y a aucune preuve de l'existence d'un traitement disponible en Algérie ;

- les observations de M. E, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui a indiqué vouloir rester en France pour se soigner.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

La préfète du Bas-Rhin régulièrement convoquée n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant algérien, né le 15 janvier 1996 a été condamné le 28 octobre 2021 par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Draguignan devenu définitif à deux ans d'emprisonnement ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, de détention non autorisée, d'offre ou de cession non autorisée et d'acquisitions non autorisée de stupéfiants. Par un arrêté du 18 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin a fixé de pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, à Mme F G, adjointe au chef de bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait, notamment le fait qu'il a indiqué souffrir d'une grave pathologie, qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du vice de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen attentif de la situation personnelle du requérant et a notamment indiqué que l'intéressé a déclaré souffrir d'une pathologie grave. Il ne saurait être fait grief de ne pas avoir précisé la nature ou la gravité de la pathologie et les conséquences en cas de retour alors que dans le cadre de la procédure contradictoire, le requérant s'est borné à indiquer de manière générale qu'il souffrirait d'une grave pathologie sans en détailler le contenu et sans produire ou se prévaloir d'aucun certificat médical à son appui. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit, le requérant n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, sa mère étant décédée, il ne démontre pas que cet élément s'opposerait à ce que le pays de renvoi soit fixé en Algérie. Par suite, la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ni n'a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième et dernier lieu, le requérant, qui se borne à se prévaloir du fait qu'il souffrirait d'une pathologie grave nécessitant un suivi spécialisé en hôpital et des traitement lourds avec des contrôles biologiques réguliers, ne démontre pas que son état de santé s'opposerait à son retour en Algérie. Si lors de l'audience, le requérant se prévaut du traitement médicamenteux qu'il prendrait quotidiennement par voie orale, Soritane, il ne produit aucune ordonnance ou justificatif médical alors que ce traitement est disponible uniquement sur prescription médicale. Au demeurant, le 28 décembre 2023 dans le cadre de l'identification d'un état de vulnérabilité préalablement au placement en centre de rétention administrative, il a déclaré ne suivre aucun traitement médicamenteux soumis à prescription médicale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Ajili-Jung et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La magistrate désignée,

A. LecardLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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