vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2400519 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LE GUENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23, 28 et 29 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Le Guennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de présentation ;
3°) d'enjoindre à la préfecture de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure, la procédure contradictoire préalable n'ayant pas été respectée, d'un défaut d'examen, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle n'a été prise que dans le but de s'opposer au mariage ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et méconnaît son droit de se marier ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, est insuffisamment motivée et porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lecard pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lecard, magistrate désignée ;
- les observations de Me Le Guennec, représentant M. D, qui a insisté sur le détournement de pouvoir du préfet dès lors que les décisions ont uniquement pour but de faire échec au mariage du requérant qui a une relation sincère avec Mme E B C ;
- les observations de M. D qui souhaite rester en France auprès de sa future épouse avec qui il veut construire sa vie.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien né le 7 février 1996, est entré en France en 2019, selon ses déclarations. Par la présente requête, il demande l'annulation des arrêtés du 22 janvier 2024 par lesquels le préfet du Haut-Rhin lui a délivré une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de renvoi, avec interdiction de retour sur le territoire français d'un an, et l'a assigné à résidence.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que préalablement à la mesure contestée, le requérant a pu faire valoir ses observations au cours de l'audition pour vérification du droit de circulation ou de séjour lors duquel il lui a été demandé d'indiquer tout élément sur sa situation personnelle à porter à connaissance de l'autorité préfectorale. Il a d'ailleurs pu faire valoir le fait qu'il est en couple avec une ressortissante française et il ne démontre pas qu'il n'aurait pas pu faire valoir tous les éléments utiles à l'appréciation de sa situation. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire préalable doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation alors même qu'il n'est pas indiqué dans l'arrêté qu'il vit chez sa compagne et aussi regrettable que soit l'erreur de date de naissance du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Le requérant fait valoir qu'il dispose de liens familiaux et personnels forts en France dès lors qu'il est en couple depuis deux ans avec une ressortissante française avec qui il vit depuis un an et va bientôt se marier. Toutefois, d'une part, s'il ressort des pièces du dossier qu'il entretient une relation amoureuse avec Mme B C avec qui il vivrait en tout état de cause depuis moins d'un an, la relation est récente. D'autre part, malgré le fait qu'il soit présent depuis quatre ans, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni même de tout effort d'intégration ou d'insertion. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine alors que ses parents, son frère et sa sœur y vivent et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté et pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
6. En quatrième et dernier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le but de la décision serait en réalité de s'opposer à son mariage que le préfet estimerait nécessairement frauduleux. En effet, s'il est constant que l'intéressé a été placé en retenue et interrogé sur son droit au séjour à la suite d'une enquête tendant à vérifier la sincérité de son mariage, la décision n'est pas motivée par l'intervention du mariage mais par le caractère irrégulier du séjour du requérant qui n'a fait aucune démarche pour tenter de régulariser sa situation administrative en France alors qu'il a déclaré être présent depuis plusieurs années. Si le préfet du Haut-Rhin a évoqué dans son arrêté sa vie privée et notamment sa relation avec sa compagne c'est uniquement dans le cadre de l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait eu connaissance de la présence en situation irrégulière du requérant antérieurement à cette date dès lors que le requérant n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée et que se serait uniquement suite à l'information relative à son mariage à venir qu'il aurait décidé de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés du détournement de pouvoir et de l'atteinte à sa liberté matrimoniale doivent être écartés.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, si le requérant dispose d'une adresse et n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement antérieure, il est constant qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, le risque de fuite au sens de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est établi en application de l'article L. 612-3 1° du même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, la décision refusant un délai de départ volontaire ne méconnaît pas le droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en prenant à son égard la mesure en cause pendant un an sur la durée de trois ans maximale prévue par les textes dès lors que le requérant n'a pas cherché à régulariser sa situation et quand bien même il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de l'atteinte à sa liberté matrimoniale doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". En l'espèce, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
14. L'arrêté attaqué a uniquement pour objet d'assigner l'intéressé à résidence pendant quarante-cinq jours, de lui interdire de sortir du département du Haut-Rhin sans autorisation et de lui enjoindre de se présenter une fois par semaine aux services de la police aux frontières de Mulhouse. Le requérant ne démontre pas que le préfet aurait entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation concernant sa proportionnalité, ni au regard de sa situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, l'ensemble des autres conclusions de la requête.
D E C I D E :
Article 1 : Le requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La magistrate désignée,
A. LecardLa greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026