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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400671

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400671

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 janvier 2024 et le 1er février 2024, M. B D, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté notifié le 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteure ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteure ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteure ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteure ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à l'existence de circonstances humanitaires ;

Sur la demande de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'entretien devant l'OFPRA ne s'est pas déroulé dans des conditions lui permettant de produire les pièces démontrant la réalité des risques de persécutions en cas de retour en Algérie ;

- sa demande d'asile a été présentée tardivement en raison des évènements récents s'étant déroulés depuis l'audience pénale au mois de septembre 2023 ;

- il encourt des risques de persécutions en cas de retour en Algérie en raison de son orientation sexuelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le préfet du Haut-Rhin a informé le tribunal, en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. D, incarcéré au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach, était susceptible d'être libéré avant qu'il soit statué sur sa requête.

Le président du tribunal a désigné Mme Jordan-Selva, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-9 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 2 février 2024 :

- le rapport de Mme Stéphanie Jordan-Selva, magistrate désignée,

- les observations de Me Thalinger, représentant M. D, qui reprend les éléments contenus dans ses écritures et soulève un moyen nouveau tiré de ce que l'incomplétude de la mention des délais et voies de recours figurant sur l'arrêté en litige, et plus particulièrement l'absence de mention de la possibilité de demander la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, l'a privé d'une garantie ;

- les observations de M. D, assisté de M. E, interprète en langue arabe,

- et les observations de M. A, représentant le préfet du Haut-Rhin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né en 1998, est entré irrégulièrement en France en janvier 2021 selon ses déclarations. Il a été placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Strasbourg le 17 janvier 2022 pour des faits initialement qualifiés de tentative de meurtre commis le 15 janvier 2022. Il a été condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Mulhouse le 7 septembre 2023 pour ces faits requalifiés en violences aggravées par deux circonstances n'excédant pas huit jours. Actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Mulhouse Lutterbach et libérable le 3 février 2024, il demande l'annulation de l'arrêté notifié le 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin, donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, à Mme C, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions contestées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions, prises le jour même de leur notification le 30 janvier 2024 selon les déclarations du représentant du préfet du Haut-Rhin à l'audience, et non le 24 janvier 2024 comme mentionné par erreur dans l'arrêté en litige. Cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, reste sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". La décision contestée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de faits qui la fondent. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

7. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. En outre, ainsi que la Cour de justice l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié d'une procédure contradictoire préalable à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin lui ayant fait parvenir le 17 janvier 2024 un formulaire de recueil de ses observations sur la possibilité d'une telle décision à son encontre. Ce formulaire en langue française était accompagné d'une copie en langue arabe, et le requérant y a répondu de manière précise et circonstanciée par écrit, le même jour, en français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents susceptibles d'avoir une influence sur le contenu de la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, le requérant ne résidait en France à la date de la décision attaquée que depuis trois ans, dont deux années passées en détention. Il n'a jamais été titulaire d'un titre de séjour ni n'a formellement déposé de demande de titre de séjour. S'il se prévaut de la présence sur le territoire français de son partenaire de pacte civil de solidarité, ce PACS a été conclu en décembre 2021, soit moins d'un mois avant l'incarcération du requérant. Les pièces versées au dossier, essentiellement composées de photographies et d'attestations de proches, ne permettent pas d'établir que, comme le soutient le requérant, cette relation aurait débuté dès le mois d'octobre 2020 et serait dès lors d'une ancienneté significative. Par ailleurs, il n'est pas établi que M. D serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement pour des faits de violences aggravées. Compte tenu de la gravité des faits commis en janvier 2022, son comportement représente une menace pour l'ordre public sur le territoire français. Les éléments versés à la présente instance ne permettent pas d'établir une particulière intégration dans la société française. Par suite, au regard des conditions de séjour en France du requérant, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de mener une vie privée et familiale normale, au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la circonstance qu'il ne soit pas fait mention, sur l'arrêté notifié le 30 janvier 2024, de la possibilité de solliciter la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement ne peut être utilement invoquée. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Par ailleurs, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (). ".

13. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait effectivement entamé des démarches aux fins de régularisation de sa situation administrative et déposé une demande de titre de séjour. Par suite, en application des dispositions précitées, l'administration pouvait légalement refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à sa situation personnelle et familiale et à son comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision en litige.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Si M. D soutient qu'il a quitté l'Algérie en 2017 et qu'en raison de son orientation sexuelle, il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans ce pays, ce n'est que le 4 janvier 2024 qu'il a formé une demande d'asile et les éléments qu'il produit ne sont pas de nature à établir le caractère réel, actuel et certain des risques invoqués en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

17. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, tenir compte des critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Par ailleurs, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

18. En l'espèce, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, notamment les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les éléments de la situation personnelle du requérant qui ont été pris en considération, notamment son incarcération, le caractère récent de sa relation avec son partenaire de pacte civil de solidarité, le caractère irrégulier de son séjour et son absence d'insertion sur le territoire français. La décision précise également que M. D ne fait état de l'existence d'aucune circonstance humanitaire particulière qui pourrait justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Ainsi, le préfet du Haut-Rhin a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées et a suffisamment motivé sa décision. Le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.

19. En second lieu, pour prononcer une interdiction de retour en France à l'encontre de M. D et fixer la durée de cette interdiction à trois ans, le préfet du Haut-Rhin a considéré que la durée de présence en France du requérant ne présentait pas de caractère d'ancienneté suffisant au regard des conditions de son séjour, que les justifications sur sa vie privée et familiale étaient insuffisantes, et que son comportement était de nature à troubler gravement l'ordre public. Il est constant que les faits pour lesquels le requérant a été condamné à la peine importante de trois ans d'emprisonnement ont été commis en janvier 2022, soit un an après son entrée sur le territoire, et concernaient des faits de violences aggravées. Au regard de la menace effective et actuelle pour l'ordre public constitué par le comportement du requérant, et de ses conditions de séjour en France, qui ne permettent pas de témoigner de son intégration ou d'une volonté en ce sens, le préfet du Haut-Rhin a légalement pu prononcer à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée de trois ans. Pour les motifs énoncés au point 15, M. D ne justifie pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit ainsi être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 5° La présence en France du demandeur constitue une menace grave pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat ; () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. " Aux termes de l'article L. 542-6 du même code : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 de ce code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes, enfin, de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

22. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

23. M. D demande, à titre subsidiaire, la suspension de la mesure d'éloignement prise à son encontre durant l'examen de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, juridiction qu'il envisage de saisir par un recours imminent, en toute hypothèse avant l'expiration du délai de recours le 1er mars 2024. Pour rejeter sa demande d'asile le 23 janvier 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'est notamment fondé sur le fait que " s'agissant de son orientation sexuelle alléguée et de son parcours sentimental, ses dires se sont avérés sommaires ", " ses propos sont demeurés particulièrement succincts " et sur le fait que " la nature de la relation l'unissant à son partenaire ne saurait [] être tenue pour établie ". Toutefois, le récit et les explications complémentaires livrés par M. D à l'audience, avec l'assistance d'un interprète en langue arabe, sont circonstanciés, convaincants et cohérents avec ses précédentes déclarations. En outre, ce récit est corroboré par les nombreuses pièces produites dans la présente instance au soutien de ses allégations. Si ces éléments ne suffisent pas, en l'état du dossier, à établir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie, ils sont de nature à créer un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision susmentionnée du 23 janvier 2024 de l'OFPRA, et par suite de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile. L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit dès lors être suspendue dans les conditions fixées à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à l'expiration du délai de recours devant cette juridiction.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

24. Aux termes de l'article L. 752-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision du juge administratif de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français met fin à l'assignation à résidence ou à la rétention administrative de l'étranger, sauf lorsque l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision de rejet et que la présence en France du demandeur d'asile constitue une menace grave pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat, comme mentionné au 5° de l'article L. 531-27. "

25. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. M. D étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Thalinger de la somme de 1 000 euros hors taxe. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français est suspendue jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros hors taxe, à Me Thalinger, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que M. D soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 (mille) euros sera versée au requérant.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Thalinger et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

La magistrate désignée,

S. Jordan-Selva

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

No 2400671

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