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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400749

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400749

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, Mme C A, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle ou au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui restituer son passeport dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Alain Laubriat en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :

- le rapport de M. B, magistrat-désigné ;

- les observations de Me Gravier, substituant Me Jeannot, représentant Mme A, également présente, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête ;

- la préfète de Meurthe-et-Moselle n'était ni présente, ni représentée.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 15 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 1er août 1987, est entrée régulièrement en France le 20 juillet 2021 munie d'un passeport revêtu d'un visa court séjour type C valide jusqu'au 21 octobre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 décembre 2021, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 20 avril 2022. A la suite d'un contrôle d'identité opéré le 16 janvier 2024 par les services de police aux frontières de Mont Saint Martin, la préfète de Meurthe-et-Moselle, par arrêté pris le 17 janvier 2024 sur le fondement du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai. Mme A demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3 []. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande de titre de séjour sur la plateforme Administration Numérique pour les Etrangers en France le 15 octobre 2023, soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Si cette circonstance ne faisait pas obstacle par principe à l'édiction d'une décision d'éloignement dès lors que Mme A, déboutée du droit d'asile, se trouvait bien dans la situation prévue par les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1, il est constant que l'arrêté contesté du 17 janvier 2024 ne fait aucune référence à sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle a, en prononçant à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français sans prendre en compte les circonstances qui ont motivé le dépôt d'une demande de titre de séjour, entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressée.

4. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2024 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision portant désignation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Mme A étant domiciliée en Moselle et non pas en Meurthe-et-Moselle, il n'y a pas lieu dans ces conditions d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui est incompétente pour ce faire, de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui restituer son passeport sans délai.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays a destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de restituer à Mme A son passeport sans délai.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Meurthe-et-Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le magistrat désigné,

A. BLa greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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