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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400893

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400893

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLOCH-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi en date du 7 février 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Strasbourg la requête présentée par M. B E.

Par une requête, enregistrée le 3 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Nancy, M. B E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er février 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachée d'un défaut de motivation ;

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- s'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté en date du 5 février 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a assigné à résidence M. E ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milbach en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Bloch-Levy, avocat de M. E, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien né le 31 mars 1983, déclare être entré en France fin juillet 2022. Par un arrêté du 1er février 2024, la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 26 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme D F, adjointe au chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C A, cheffe de bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions contestées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C A n'aurait pas été absente ou empêchée à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence en France du requérant est limitée. Par ailleurs, depuis son entrée sur le territoire français, il s'est maintenu en situation irrégulière sans entamer de démarches visant à régulariser sa situation. Il est célibataire et sans enfant. Il est sans emploi et sans ressources. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses 39 ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, la préfète, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel ladite décision en litige a été prise. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen propre au refus de délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

6. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète s'est fondée sur le risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement en l'absence de garanties de représentations suffisantes. Ainsi le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que constituerait son comportement est inopérant. Par ailleurs, il ne conteste pas utilement qu'il n'a pas pu présenter un justificatif de domicile ou un document d'identité et qu'il ne présentait pas ainsi de garanties de représentations suffisantes au sens des dispositions précitées. Par suite, la préfète n'a pas entaché la décision attaquée d'erreur d'appréciation quant à l'existence d'un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir qu'il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen propre à l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la durée d'interdiction d'un an ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.B E, à Me Bloch-Levy et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.

La magistrate désignée,

C. Milbach

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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